Politique Internationale

Le Festival des Musiques Sacrées de Fès : A la vie !

Par L'Economiste | Edition N°:229 Le 09/05/1996 | Partager


Fès accueillera l'orchestre philharmonique de Sarajevo, qui sortira pour la première fois de sa ville après la levée du siège.
Ce sera le meilleur témoignage de "la force inaltérable de la vie après les sombres années de guerre et de douleur", affirme le directeur artistique du "Festival International des Musiques Sacrées du Monde" qui se tient cette année du 24 mai au 2 juin à Fès.
Le thème choisi pour cette 2ème édition est "Hymne à la vie". Car "vivre n'est pas un fait banal, anodin, voire absurde", rappelle le directeur général du Festival, M. Faouzi Skalli, connu pour ses écrits sur le soufisme.
Or, le contexte actuel est plutôt au mépris de la vie, de la Bosnie à l'Afrique, en passant par le Moyen-Orient et tous les fanatismes qui tuent, au nom des religions qui défendent la vie.
Les promoteurs du Festival veulent inscrire la manifestation dans les préoccupations de l'heure des hommes. Car la culture ne doit pas être enfermée dans un ghetto. C'est la condition de son succès auprès du public.
Près de 1.200 personnes sont attendues et 300 étrangers se sont inscrits pour le package séjour-spectacles, et l'association Fès-Saïss devrait s'y retrouver.
Le Festival reçoit de grands soutiens: d'abord le haut patronage de Sa Majesté Hassan II, puis le Prince Héritier Sidi Mohammed et le Prince Charles d'Angleterre ont accepté de coprésider le Comité d'honneur où l'on trouve des personnalités comme le président de la Banque Mondiale, et bien sûr un violoniste de renom, M. Yehudi Menuhin.
L'idée avait germé dans l'esprit de Faouzi Skalli en 1991, après la guerre du Golfe. Les médias qui avaient porté les divisions du monde, parfois même manipulé les opinions publiques, devaient servir au rapprochement. Il invite alors 10 cinéastes pour passer 4 jours à Fès et 3 jours à Merzouga dans le désert. La réunion d'un aréopage de l'audiovisuel se transforme en un festival grand public de musique sacrée à l'automne 1994, autour de la même philosophie. C'est un succès. L'initiateur et Fès-Saïss décident de l'organiser chaque année, au printemps, pour pouvoir donner des représentations en plein air.
Les concerts auront lieu cette année à Bab El Makina, une des entrées historiques du Palais de Fès, et au patio du musée du Batha.
Une soirée spéciale sera même donnée sur le site "son et lumière" qui surplombe la médina. Deux concerts, chants grégoriens et cantique des cantiques iront même à Volubilis. De grandes émotions en perspective.
Cette grande opération artistique et spirituel n'est pas exempte de soucis matériels. Elle coûtera près de 5 millions de Dirhams en frais et cachets.
La Banque Populaire, la BMCE et la BCM se sont portées sponsors, au même titre que la RAM qui offre des billets et l'ONMT qui prend en charge le séjour des artistes et des journalistes invités.
Plusieurs ambassades et l'Institut français soutiennent l'opération et même l'UE qui donnera 55.000 Ecus pour amener l'orchestre de Bosnie, qui sera filmé par Jacques Chancell.
Une société belge travaillera avec 2M à réaliser 10 films de 75 min. et un de 52 minutes qui seront commercialisés. Outre la musique, le Festival introduit un autre langage universel, celui de la photo. Ce seront les "images de la foi". Les témoignages actuels viendront donc se greffer sur des musiques témoignages du passé.
L'an prochain, le Festival de Fès des Musiques Sacrées devrait connaître une autre ouverture. Le thème sera "offrandes", et il tournera autour du don.
Le sacré sera relié à l'humanitaire. Les grandes organisations humanitaires y seront associées. L'apothéose pourrait être une chorale avec tous les enfants du monde et une grande cantatrice.

Khalid BELYAZID



Au programme



Drôle d'association. Randy Weston, jazzman américain, viendra jouer avec les gnawa et Sammy El Maghribi reviendra de sa terre d'accueil, le Canada, à sa terre natale pour des chants judéo-arabo-andalous avec Hadj Mohamed Bouzoubaâ.
Le Maroc sera aussi représenté par des musiques berbères.
De Syrie, Adib Dayikh et l'ensemble Al Kindi chanteront du ghazal, et, du Liban, sur Marie Keyrouz des chants religieux maronites et byzantins. Du Pakistan viendront Fateh Ali Khan pour des chants Qawwali, et Ustad Gulam et Hassan Shagan pour des chants Bhara-Kheyal; d'Allemagne viendra un choeur des musiques sacrées anciennes. Il y aura aussi des films et des conférences.

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