×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Politique Internationale

Le féminisme entre conquêtes et soumission

Par L'Economiste | Edition N°:41 Le 06/08/1992 | Partager

Femmes du Maghreb: l'enjeu", un livre écrit par deux femmes, Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, toutes deux journalistes, curieuses de la nouveauté, du changement, de l'événement, soucieuses de précision. Au départ de leur recherche, une constatation: en 1960, les femmes du Maghreb, au lendemain des indépendances, semblaient prêtes à tous les combats et à toutes les voies de l'émancipation. Trente ans plus tard, l'islamisme vit sa progression, le hijab gagne du terrain, souvent voulu par les femmes elles-mêmes, parmi les plus jeunes, celles dont la mère s'est parfois "européanisée". D'où leur question: que s'est-il passé pour que des sociétés en mutation soient traversées par l'islamisme?

Enjeu réel et symbolique des choix de société, "masse de manoeuvre" essentielle dans leur évolution ou leur régression, les femmes sont l'objet d'un discours jamais innocent, aujourd'hui plus que jamais à l'ordre du jour. Il est donc nécessaire de savoir ce qu'elles veulent, pour peut-être déterminer, du moins deviner, le sens dans lequel risque de se développer la société maghrébine à venir.

Dans le cadre de cette réflexion, Sophie Bessis et Souhayr Belhassen envisagent un passé qui, relu à la lumière du présent, dans les trois Etats du Maghreb, (Tunisie, Algérie, Maroc) permettrait de le comprendre.
Le problème de la place des femmes dans la loi et la société est posé en Tunisie en 1930, par Tahar Haddad, qui se heurte à un refus: pour les nationalistes d'alors, en Tunisie comme ailleurs au Maghreb, la condition féminine ne fait pas partie des priorités. Pourtant la scolarisation des filles, surtout dans les villes, les initiatives politiques de Bourguiba, la participation des femmes à la résistance contre le colonialisme, font d'elles les symboles de l'espoir porté dans les nouvelles indépendances, où cependant les pouvoirs (masculins) s'obstinent à prendre de l'Occident ses outils de progrès sans vouloir bouleverser l'ordre social et culturel.

De là naissent, constatent les auteurs, des illusions, mais aussi des changements réels qui atteignent plutôt les femmes urbaines que les rurales, surtout en matière de scolarisation, où, malgré les efforts entrepris, on compte encore en 1990 au Maroc 50% de citadines analphabètes contre 95% dans les campagnes.

Le poids de la loi alourdit les changements survenus, les contredit parfois. Les femmes, qui accèdent de plus en plus nombreuses au travail salarié, à des postes de décision, n'ont pas encore accès à la vraie majorité légale sauf, avec des nuances, en Tunisie. Prises entre la tradition qui les poursuit et la modernité qui les pousse vers la sphère publique, des femmes, plus ou moins tentées par le discours islamiste issu de la déception succédant aux enthousiasmes, transportent avec elles le "mur" protecteur du hijab. Ainsi existe-t-il un féminisme voilé, spécifique de certains pays arabo-musulmans, échappant au regard extérieur: "concession vestimentaire" permettant aux filles et aux femmes d'être respectées, libres de leurs mouvements, rempart derrière lequel s'opère une relecture du texte coranique et une mise en question profonde des traditions sociales du patriarcat.
A côté de cette lutte interne au discours religieux (bien qu'en même temps marginale), coexiste celle des femmes qui ont compris que leur liberté ne sera pas arrachée par un mouvement islamiste mais ne trouvent pas le soutien nécessaire pour gagner leur autonomie. On ne peut cependant pas prétendre qu'elles ne sont pas représentatives: rien n'est simple au Maghreb, et ne se laisse rationaliser par des critères d'explication méconnaissant sa culture. D'où qu'elles viennent, ni islamistes, ni féministes, ni politisées, les Maghrébines en fait s'arriment à trois exigences qu'on pourrait résumer en trois mots: instruction, travail, contraception, élaborant ainsi, selon Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, "d'improbables synthèses entre conquêtes nouvelles et ancienne soumission".

Le livre de Sophie Bessis et Souhayr Belhassen est documenté, précis, chiffré, accordant à chaque Etat du Maghreb la spécificité de son évolution pour en tirer la substance de l'enjeu qui se joue au risque de se perdre parmi les femmes au Maghreb. S'il répète des problèmes déjà connus, son grand mérite consiste sans doute dans la synthèse historique et géographique qu'il opère, et dans la documentation et les témoignages qui l'enrichissent.

T.B.

N.B.: Sophie Bessis et Souhayr Belhassen
"Femmes du Maghreb: l'enjeu"
Eddif Maroc - 1992 - 90 DH.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc