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Politique Internationale

Le droit: une course aux idoles

Par L'Economiste | Edition N°:49 Le 15/10/1992 | Partager

Yadh Ben Achour. "Politique, Religion et Droit dans le Monde Arabe"
Cerès Productions (Tunis) / Eddif Maroc 1992 (Casablanca).

A chacun son sacré ... Le droit ... en lui-même est vacant. Il représente ce que dit, fait ou pense une société". C'est ce que veut démontrer Yadh Ben Achour, professeur de droit à la Faculté des Sciences Juridiques de Tunis, dans son livre "Politique, religion et droit dans le Monde Arabe" (co-édition Cerès-Productions Tunis, centre d'Etudes de Recherches et de Publications Tunis, Eddif - Maroc Casablanca). Un livre dense, docu-menté sans ostentation, où le Monde Arabe, la Tunisie en particulier, sert d'expérience à une réflexion maîtrisée.
Loin de répéter les discours classiques sur l'univers normatif du droit, Yadh Ben Achour l'interroge d'un regard neuf, et l'analyse à la fois comme enjeu et comme langage: enjeu qu'il partage avec le pouvoir politique, et qui se joue aujourd'hui entre religieux et non-religieux (ou dans la distinction entre citoyenneté et spiritualité), croyance intégrale et interprétation historique, art jurisprudentiel raisonnant par analogie et organisation rationnelle des lois - concept introduit par le côtoiement de cultures différentes, en particulier occidentales, qui restent "l'opium du Monde Arabe". Dans ce monde en pleine transition, susceptible de sombrer dans la violence de l'autodestruction, ce que Bertrand Badie appelle "culture de l'émeute" opposée à une "culture citoyenne"*, le droit s'exprime à travers un langage et exprime, dans son langage, chaque étape de la "course aux idoles" qu'il vit et traduit. Il en est ainsi de trois notions-types essentielles de la modernité qu'analyse Yadh Ben Achour: le rôle de l'intellectuel, les droits de l'homme, la démocratie. L'intellectuel (dont on retrouve un équivalent approximatif en arabe dans le Adib) est, dit Yadh Ben Achour, un "être conjoncturel de la langue française": il pense les affaires de la société, les analyse, s'y engage tout en se situant hors de cette société. Il est "homme de politique", non pas "homme politique". Pour ce faire il a besoin de liberté. Or l'intellectuel du Monde Arabe est piégé par la société, prisonnier de ses angles de fermeture et de ses crispations, de sa résistance à l'esprit critique et au dépassement des "admissibles". Que recouvre le concept moderne des "droits de l'hom-me", aujourd'hui mis à l'honneur dans la récente réforme constitutionnelle marocaine? L'Hom-me dont il est question est l'individu par rapport à son groupe et à l'Etat. Il ne s'agit plus, dans la conception moderne, de l'Homme en tant qu'élément du cosmos, mais d'une finalité à découvrir, à produire, loin de toutes certitudes. D'où la nécessité de lutter contre les dogmatismes au nom d'une raison tolérante, de retrouver le sens critique, l'intelligence des Ibn Rushd, Farabi, Ibn Khaldun..., en réinventant péda-gogie, volontarisme, sens du futur.

Enfin le terme "démocratie" exprime le fondement de tout système politique au Maghreb, tout en se concrétisant dans des régimes différents. La démocratie, entendue dans la conjoncture actuelle comme "ambition émancipatrice "et bien-être du développement, peut-elle cohabiter avec la religion et engendrer le bonheur? A ces questions Yadh Ben Achour répond sans hésiter: la démocratie ne peut se réaliser que dans un monde où les gouvernements suivent des règles éthiques; là où la liberté religieuse (le croyant du "for intérieur") est respectée; là où l'on peut rire librement avec joie sans souci du regard d'autrui, et où l'intellectuel reprend ses droits à part entière pour veiller sur la société. Or, écrit Yadh Ben Achour, "les conditions sociales et culturelles du Monde Arabe, telles qu'elles se profilent à l'horizon du devenir le plus proche, nous conduisent, en fait de démocratie, à ce dilemme: quelle dictature serait pour nous la plus supportable?". Mais la question ne s'adresse pas à qui l'on croit: ... "Questionnons la société arabe. Le Dictateur, c'est elle!".
Yadh Ben Achour a déjà publié à Tunis "l'Etat nouveau et la philosophie politique et juridique occidentale" (CERP 1980) et "Droit administratif " (CNUDST/CERP 1982). Son dernier livre interroge, pose un regard critique, faussement naïf, sur l'univers normatif, et met en garde contre les risques de la transition dans le Monde Arabe en affirmant, ultime élément à notre réflexion, cette revendication: "la démocratie et la modernité ne signifient rien d'autre que la fin des absolus, y compris les leurs. La démocratie est née pour convaincre, bien plutôt que pour gouverner".o

Thérèse BENJELLOUN.
* Bertrand Badie: les deux Etats (Fayard 1986)

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