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Le défi de l'environnement : Recyclage: Une histoire de couche-culottes

Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

Qu'est-ce qui pollue le plus : les bouteilles recyclables ou les cartons jetables ? La réponse est étonnante, ce sont les bouteilles. Une nouvelle technique, l'analyse du cycle de vie des produits, ouvre des perpectives surprenantes et aide les entreprises à nettoyer l'environnement.


Tout a commencé avec les couches-culottes.
Il y a quelques années, les écologistes ont fait surgir l'image d'immenses décharges, débordantes de couches jetables nauséabondes. Procter & Gamble, qui arrive en tête sur ce marché avec Pampers, a riposté par des études qui démontraient que les couches en tissu causaient tout autant de pollution, à cause de l'énergie et de l'eau nécessaires pour les nettoyer.
Ce système de défense typique du monde industriel a cependant introduit une nouvelle manière de considérer l'environnement : " l'analyse du cycle de vie d'un produit ". Au lieu d'examiner uniquement les conséquences immédiates de l'emploi de leur produit - dans le cas qui nous intéresse, les couches jetables qui encombrent la poubelle - ils ont examiné les effets écologiques, depuis l'extraction de la matière première, jusqu'à ses modes de distribution et d'élimination, en passant par sa production.
"Notre vision des choses était bien trop simpliste", avoue Celeste Kuta, directeur de l'environnement chez Procter & Gamble. "Ce nouveau type d'analyse est un outil plus perfectionné".
Les résultats obtenus par cette méthode sont souvent déconcertants. Peter Menell de l'Université de Californie a étudié diverses sortes de jus d'orange et découvert que le jus d'orange concentré congelé - celui qui semble le moins naturel- était celui qui, écologiquement parlant, a le moins de conséquences néfastes. Une autre étude, comparant les tasses en carton et en polystyrène, a révélé que le polystyrène polluait moins l'air et l'eau, utilisait moins d'énergie et produisait moins de déchets.

Plus de cinquante entreprises de l'Union européenne ont mené des études sur le cycle de vie de plus de cent produits pour un coût total d'environ 70 millions de Francs (14,5 millions de Dollars) par an. Les sociétés utilisent cette méthode pour justifier leurs publicités "vertes" et pour parer à d'importunes pressions légales, ainsi que pour réduire la pollution réellement causée par leurs produits.
Le recyclage, très à la mode en Europe, est souvent une médiocre stratégie. Lors d'un atelier de réflexion de l'OCDE qui s'est tenu à Paris en 1994, les études présentées sur les automobiles en Suède et le papier journal au Canada ont démontré que si le recyclage est une politique populaire, elle est cependant moins efficace que d'autres solutions. Le Canada exporte la majeure partie de son papier-journal. Aux termes d'une proposition de loi, les fabricants de papier canadiens se verraient obligés d'importer du papier journal usagé afin de le recycler. Le coût de cette opération en pollution due aux transports serait énorme.
"Les distances à considérer ici sont immenses", selon Jeffrey Eliot de la société Noranda Forest Paper. "L'obligation de recycler donne une mauvaise image au public".
Ces études commencent à modifier les politiques gouvernementales. Lorsque le gouvernement danois a exigé que les bouteilles soient réutilisables, la société d'emballage Tetra Pak a comparé les conséquences induites par les bouteilles et ses emballages carton à usage unique. Les emballages en carton se rangent plus facilement que les bouteilles de verre et réduit donc le nombre de camions (polluants) nécessaires à leur transport. En outre, il faut moins d'énergie pour les frigorifier et elle provoque moins de pollution des eaux que le verre qu'il faut nettoyer. Enfin, quand ces bouteilles sont mises au rebut elles mobilisent plus d'espace dans les décharges que des cartons légers. Devant cette argumentation, le gouvernement danois a levé l'interdiction portant sur les cartons et même supprimé la taxe qui les frappait.

Cependant l'analyse du cycle de vie est loin d'être parfaite. Les résultats dépendent des hypothèses initiales, la distance de transport des produits, par exemple. Il se peut que le recyclage soit adapté à de petits pays comme le Danemark ou la Suisse, mais inadapté à l'échelle du continent américain. Tout dépend en fait du nombre de réutilisations de la bouteille. Il vaut mieux un carton si on la réutilise dix fois, mais tout change si c'est cent fois.
Selon Richard Denison, un responsable scientifique du Fonds pour la Protection de l'Environnement, à Washington " la plupart des études font la part belle aux hypothèses. On peut se demander si les entreprises utilisent cette méthode en vue de protéger réellement l'environnement ou s'il s'agit d'une manière fantaisiste de justifier leurs pratiques".
Plus le sujet étudié est étroit plus les chances de succès sont grandes.
L'analyse du cycle de vie offre peu de réponses à certains problèmes fondamentaux. Elle ne permet pas de savoir si nous devons être plus attentifs à la pollution atmosphérique ou à la pollution de l'eau, aux C.F.C. ou au réchauffement planétaire.
Certains gestionnaires lucides de l'environnement disent surtout employer cette technique pour découvrir si le produit est plus nuisible à l 'environnement au cours de la production, de la consommation ou de l'élimination. Ainsi, Procter & Gamble a cherché des moyens de réduire l'énergie utilisée dans la fabrication de sa lessive Tide, dans ce but il a expérimenté différents composés chimiques. Mais une analyse du cycle de vie a plus tard révélé que 80 à 90 % de l'énergie consommée au cours de la vie du produit l'était bien après que la lessive n'avait quitté l'usine : elle servait à chauffer l'eau de la machine à laver. La société a réagi en mettant au point un détergent actif dans l'eau froide, qu'il présente fièrement comme une lessive vraiment écologique.
De nombreuses entreprises s'inspirent de cette idée. Paul Willer d'Andersen Consulting fait la promotion du " service cycle de vie" auprès des industries aérospatiales et des producteurs d'énergie.
Selon lui, "dans le passé on vendait une turbine et oubliait son existence jusqu'à sa mise au rebut, mais maintenant on effectue des tests de fonctionnement pendant que la machine est en place. On remplace des pièces et on allonge la durée de vie du produit, ce qui est plus économique et plus écologique".

William Echikson, World Media Coordination


Le cas Big Mac

En 1990, McDonalds a accepté l'aide du Fond américain pour la protection de l'environnement en vue d'étudier les coquilles de polystyrène qui enveloppent leurs fameux "Big Mac". La société se proposait de mettre au point un polystyrène recyclable. Les protecteurs de l'environnement étaient eux convaincus que la solution résidait dans la diminution de la masse des déchets, point de vue corroboré par l'analyse du cycle de vie du produit. C'est à la suite de cela que McDonalds a remplacé ses coques par un emballage léger fait de papier et de polyéthylène.
Tout cela est bel et bon. Mais essayons d'étudier les conséquences qu'entraîne le "Big Mac" lui-même et non plus seulement son emballage. Faut-il commencer par la transformation de forêts en prairies? Et quelle importance faut-il donner au facteur-santé? Dirk Long de l'Institut de gestion de l'environnement et du commerce à Washington avoue que "l'idée d'analyser le cycle de vie d'un "Big Mac" est terrifiante. Les vaches défèquent, ce qui détériore la qualité de l'eau. Elles éructent, ce qui produit du méthane qui contribue au réchauffement planétaire. Les effets possibles se comptent par centaines".

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