Société

Le coup de gueule de Noureddine Ayouch

Par L'Economiste | Edition N°:3482 Le 09/03/2011 | Partager

«Je prends cette position d’abord comme simple citoyen et tous les citoyens doivent se mobiliser. Je parle aussi au nom du Collectif démocratie et modernité. Nous allons prochainement publier un communiqué pour dénoncer cette affaire»

Depuis quelques jours, l’affaire Yasmina Baddou défraye la chronique. Des photos privées des enfants de la ministre circulent sur les réseaux sociaux, accompagnées d’appels à la haine ciblant cette famille. Noureddine Ayouch, du Collectif démocratie et modernité, s’insurge contre ces pratiques et appelle à une mobilisation de tous les citoyens. Coup de gueule.

- L’Economiste: Pourquoi prenez-vous position sur cette affaire?

- Noureddine Ayouch: Je suis connu pour être une personne coup de gueule. Beaucoup me voient comme étant quelqu’un d’impulsif. En effet, je n’aime pas garder les choses pour moi. Je dois exprimer ce que je pense et ce que je ressens. Cela ne veut pas dire que je ne me remets pas en question. La seule chose sur laquelle je ne change pas d’avis ce sont les valeurs auxquelles je crois. Je déteste toute forme de racisme. Je suis pour la démocratie et la transparence. J’ai été heureux de voir ces jeunes, que l’on croyait hors du coup, impliqués et prêts à se battre. Et leurs revendications sont raisonnables et normales. Ce qu’ils ont fait de manière pacifiste. En revanche, il est scandaleux que des voyous tentent d’« écraser » les valeurs humaines. Qu’on ne soit pas d’accord avec la politique de Yasmina Baddou, c’est un droit de tout un chacun. Mais nous n’acceptons pas que l’image d’une personne soit salie avec des méthodes honteuses. Dans cette affaire, ce sont des enfants qu’on a bafoués et toute une famille trainée dans la boue. Nous n’avons pas le droit de laisser passer cela. Je prends cette position d’abord comme simple citoyen mais aussi au nom du Collectif démocratie et modernité. Nous allons prochainement publier un communiqué pour dénoncer cette affaire.

- Qui tire les ficelles dans cette affaire, d’après vous?

- Je ne diabolise personne. Je ne suis pas d’accord avec toutes les idéologies mais je les respecte. Mais derrière cette affaire, il y a des gens qui ne veulent pas de démocratie dans le pays. Ils étaient contre la marche du 20 février et veulent semer la zizanie, d’où des abus et des débordements. Ils veulent que le système reste tel qu’il est, que la corruption persiste, ainsi que le clientélisme, les passe-droits, la spéculation. Ils sont partout, pas seulement dans les courants extrémistes. J’ai beaucoup réfléchi avant de descendre dans la rue car j’avais peur d’une quelconque instrumentalisation. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas.
Les débordements sont venus d’ailleurs. Ceux qui ont saccagé les banques, ce sont des voyous. En tout cas, ces débordements ne viennent pas des jeunes du 20 février. Maintenant, il faut écouter ces jeunes, le gouvernement et SM le Roi. Je leur ai conseillé à présent de réfléchir à un programme, de développer des idées et de les soumettre au gouvernement. Car ils veulent des changements justes.

- Il y a beaucoup d’intox en ce moment. Comment l’expliquez-vous?

- Il y a eu beaucoup de changements depuis 3 ans. Le Maroc n’a pas vu venir ces changements. Ce qui s’est passé dernièrement dans le sud a révélé nos failles. Le Maroc n’a pas su communiquer autour de ces évènements. Nous sommes dans l’ère de la communication rapide. De plus, il ne fallait pas interdire aux journalistes de couvrir, car cela suscite des interrogations. Les jeunes ont montré qu’avec internet, il est possible d’arriver à d’excellentes choses. On a bien vu avec la Tunisie où la jeunesse a fait tomber un grand dictateur. Mais internet ne remplacera jamais la télévision ou la presse. Nous avons des presses dignes. Seulement, il faut lancer des débats, donner aux gens et aux jeunes la possibilité de s’exprimer, il faut encourager la lecture, il faut promouvoir la culture et l’identité nationale. Il y a des jeunes au pouvoir qui sont honnêtes et qu’il faut saluer et d’autres qui n’ont pas ce pouvoir. Il faut les écouter et les mettre en avant. Nous avons des droits et des obligations aussi, ceux de respecter la dignité des gens. Il faut être plus responsable, ne pas faire des propagandes inutiles comme l’annonce de changements de premier ministre, de faire des scandales. Quand il s’agit d’insultes, la justice doit sévir. Quand il y a des personnes qui appellent à la révolution et à la haine, la justice doit faire respecter le droit de tout un chacun dans le cadre de la loi.

Propos recueillis par J.K.

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