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Le combat de Gandhi “n’a pas changé le monde pour toujours”
Par Shashi Tharoor

Par L'Economiste | Edition N°:3427 Le 20/12/2010 | Partager

Alors que le lauréat du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, le dissident chinois emprisonné pour subversion, était absent lors de la remise du prix, il peut être intéressant de penser à l’homme qui n’a jamais obtenu ce prix: le mahatma Gandhi. Malgré cela, son importance pour le monde – y compris pour Liu – ne fait aucun doute.L’image de Gandhi apparaît aujourd’hui dans des campagnes de publicité, des ordinateurs Apple aux stylos à plume Montblanc. Lorsque le film Gandhi de Richard Attenborough a raflé les Oscars en 1983, les affiches du film proclamaient que «le triomphe de Gandhi a changé le monde pour toujours». Mais est-ce vraiment le cas?L’argument en faveur d’un changement mondial initié par Gandhi repose essentiellement sur les épaules du défenseur américain des droits civiques Martin Luther King Jr., qui a assisté à une conférence de Gandhi, lu plusieurs de ses livres, et adopté le satyagraha, ou le principe de non violence, à la fois comme précepte et comme méthode. A la tête de la lutte pour mettre fin à la ségrégation dans le sud des Etats-Unis, King a plus efficacement utilisé la non-violence que quiconque en dehors de l’Inde. «La haine engendre la haine. La violence engendre la violence», a-t-il dit de manière mémorable, «Nous devons vaincre les forces du mal avec la force de notre âme».King a plus tard avoué que «la méthode gandhienne de résistance non violente… est devenue le flambeau qui a guidé notre mouvement. Le Christ nous a donné l’esprit et la motivation et Gandhi nous a donné la méthode». Le mois dernier, le président Obama a déclaré devant le Parlement indien que sans Gandhi, il ne serait pas là, en tant que président des Etats-Unis.Donc, oui, Gandhi a contribué à changer les Etats-Unis de manière irrévocable. Mais il est difficile de trouver d’autres exemples démontrant le succès de sa vision. L’indépendance de l’Inde a marqué le début de la période de la décolonisation, mais beaucoup de pays se sont affranchis du joug de l’oppresseur au prix de luttes violentes et sanglantes. Depuis lors, d’autres peuples ont succombé aux armées d’invasion, ont été dépossédés de leurs terres ou chassés de leurs foyers par la terreur. La non-violence n’a pas été une réponse à leurs malheurs.En fait, la non-violence n’est une solution envisageable que contre des adversaires sensibles à la perte d’autorité morale, c’est-à-dire des gouvernements sensibles à l’opinion publique nationale et internationale et donc en mesure d’être poussés par la honte à avouer leur défaite. A l’époque même où vivait Gandhi, la non-violence n’aurait rien pu faire pour éviter l’extermination des Juifs par Hitler.La force de la non-violence préconisée par Gandhi tient à la capacité qu’à quelqu’un de dire à son adversaire «pour te démontrer que tu as tort, je me punis moi-même». Mais ce principe n’aura que peu d’effet sur ceux qui ne s’inquiètent pas d’avoir tort et qui cherchent déjà à vous punir. Que vous soyez prêt à subir un châtiment ne fait que hâter leur victoire. Il ne faut pas s’étonner que Nelson Mandela, qui m’a confié que Gandhi avait toujours été «une grande source d’inspiration» pour lui, ait explicitement considéré la non-violence comme inefficace dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.A vrai dire, Gandhi semble parfois irréaliste de manière inquiétante: «Le sacrifice volontaire de l’innocent est la réponse la plus forte conçue à ce jour par l’homme ou Dieu à la tyrannie insolente. La désobéissance, pour être «civile» doit être sincère, respectueuse, mesurée, jamais provocante, et elle ne doit pas être motivée par une mauvaise volonté ou par la haine. Il ne doit pas non plus y avoir d’excitation dans la désobéissance civile, qui est une préparation à une souffrance muette». Pour ceux dans le monde qui souffrent sous des régimes autoritaires, un tel précepte équivaut à une invitation à la sainteté – ou à l’impuissance. La souffrance muette est acceptable comme principe moral, mais seul Gandhi a pu s’en servir pour induire des changements significatifs.La triste vérité est que la violence organisée l’emporte presque toujours sur la non-violence. Gandhi pensait que l’on pouvait «convaincre un adversaire de son erreur par la patience, la sympathie et la souffrance subie». Mais même si cette approche a valu à Aung San Suu Kyi le prix Nobel de la paix qui a échappé au Mahatma lui-même, les souffrances qu’elle a subies pour faire valoir les revendications du peuple birman se sont révélées bien moins efficaces que la violence du régime pour empêcher tout changement. Et comme l’a démontré l’attentat terroriste de Mumbai de novembre 2008, l’Inde est aujourd’hui confrontée à la menace d’un terrorisme transfrontalier auquel la réponse probable de Gandhi – un jeûne de protestation – aurait sans doute laissé ses auteurs totalement indifférents.En Inde comme ailleurs, les méthodes gandhiennes ont été perverties par des terroristes qui entament des grèves de la faim quand leurs sentences sont rendues. Le gandhisme sans autorité morale est comme le marxisme sans prolétariat. Ceux qui ont appliqué ses méthodes dans le monde ont rarement eu sa stature morale ou son intégrité.Pourtant, aucun de ces efforts malavisés ou cyniques n’a entamé la grandeur de Gandhi, ou l’extraordinaire résonance de sa vie et de son message. Tandis que le monde était en proie au fascisme, à la violence et à la guerre, le Mahatma enseignait les vertus de la vérité, de la non-violence et de la paix. Il a détruit la crédibilité du colonialisme en opposant le principe à la force. Et il se fixa et suivit un niveau de courage et de conviction que peu sont à même d’égaler. Il était ce rare type de leader à ne pas être entravé par les insuffisances de ses disciples. Et pourtant la vérité de Gandhi était essentiellement la sienne. Il a formulé les paramètres de cette vérité et le champ de son application dans un contexte historique spécifique. Il est inévitable que peu sont aujourd’hui en mesure d’égaler sa stature ou de suivre ses préceptes.L’originalité de la pensée de Gandhi et l’exemple de sa vie continuent à inspirer les défenseurs de la liberté dans le monde – comme Liu Xiaobo l’admettrait sûrement. Mais son triomphe n’a pas «changé le monde pour toujours». Je me demande si le Mahatma, en voyant le monde tel qu’il est aujourd’hui, aurait même le sentiment d’avoir triomphé.


Plus d’un million de fois la puissance de la bombe d’Hiroshima

Dans la dimension internationaliste de sa pensée, Gandhi a exprimé des idéaux auxquels on ne peut qu’adhérer. Mais les décennies écoulées depuis sa mort ont confirmé qu’on ne peut échapper aux conflits liés à la souveraineté des États. Près de 20 millions de personnes ont été tuées par des conflits ou des insurrections depuis l’assassinat de Gandhi. Dans un nombre effrayant de pays, dont son propre pays, l’Inde, les gouvernements dépensent plus pour la défense que pour la santé et l’éducation réunies. L’arsenal actuel d’armes nucléaires représente plus d’un million de fois la puissance de la bombe qui a détruit Hiroshima, un événement qui avait bouleversé le Mahatma.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Julia Gallin

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