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    Economie Internationale

    Le cinquantenaire de la République Populaire de Chine fêté en grandes pompes

    Par L'Economiste | Edition N°:609 Le 05/10/1999 | Partager

    · 100.000 civils et militaires, 400 chars et 130 avions de chasse ont défilé devant les dirigeants communistes réunis à Pékin, place Tiananmen
    · La Chine a fait un prodigieux bond en avant sur le plan économique. Les droits humains sont cependant encore trop souvent bafoués


    Pékin en état de siège, Pékin en état de fête. La capitale chinoise se prépare depuis des semaines pour cet événement: la célébration de 50 ans de régime communiste, à un moment de son histoire où le pays est engagé dans une marche forcée vers la prospérité et la puissance. Rarement, en tout cas, un régime n'aura consacré autant d'énergie à marquer son anniversaire, destiné à montrer à sa propre population comme au reste du monde que la Chine, après plus d'un siècle d'intrusions étrangères et la période des convulsions maoïstes, est en passe de conquérir la place qui revient à un pays de culture plusieurs fois millénaire, et qui "pèse" 1,25 milliard d'habitants. Un message que porteront haut et fort plus de 100.000 civils et militaires, 400 chars et 130 avions de combat, qui ont défilé dans la matinée du vendredi 1er octobre devant les dirigeants communistes réunis place Tiananmen, à l'endroit même où Mao Zedong proclama la République Populaire en 1949.
    D'un côté, une atmosphère festive a gagné la population, alimentée par des hausses de salaires et des jours de congés exceptionnels. Les
    familles se promènent dans les grandes artères totalement rénovées et décorées de lampions et de panneaux de propagande célébrant les grandes réalisations du régime depuis cinquante ans. De l'autre, les autorités ont procédé à un gigantesque "nettoyage": des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes indésirables (vendeurs à la sauvette, SDF, handicapés ou marginaux) ont été expulsées de la capitale. Pour beaucoup, elles sont enfermées dans des camps de détention le temps des festivités. Un rapport de l'Organisation de défense des droits de l'Homme (Human Rights in China) publié mercredi, dénonce cette pratique "arbitraire" et affirme que "des centaines de milliers de personnes passeront la fête nationale dans l'un des quelque 700 centres de détention à travers la Chine".
    Les autorités redoutent, à l'occasion de cet anniversaire, de possibles attentats de séparatistes musulmans ouïgours de la Province du Xinjiang. Pékin craint aussi de possibles manifestations de défiance des adeptes de la secte Falungong, bannie après sa manifestation du printemps, mais dont on sait qu'elle compte encore des partisans devenus clandestins.
    Pour prévenir tout risque, l'accès aux abords de la place Tiananmen et plus généralement le long du parcours du défilé a été restreint.
    Si ce climat sécuritaire ne donne pas une image très sereine, le pouvoir a tout fait pour que ces 50 ans soient un succès. Le début de la semaine dernière a ainsi été marqué par le Forum du magazine américain Fortune à Shanghai, qui a permis au Président chinois Jiang Zemin de rencontrer 300 patrons de multinationales venus cautionner les réformes économiques de l'"économie socialiste de marché" mise en place en Chine. La machine de propagande officielle s'est également mise en mouvement: films historiques à la télévision, panneaux lumineux à tous les coins de rue, pour donner aux Chinois une fierté nationale retrouvée.
    Cinquante ans après l'instauration du régime communiste, peu de choses ont en apparence bougé dans le système politique chinois. Le pays reste gouverné par un parti unique, et la classe politique, même si elle s'est rajeunie et technocratisée ces dernières années, reste issue du sérail. Les dissidents sont toujours réprimés et toutes les tentatives de créer des mouvements indépendants, comme le Parti démocrate chinois l'an dernier, ont été tuées dans l'oeuf.
    Cependant, des évolutions se font, sous la pression de cette nouvelle génération des 30 à 40 ans, qui évolue dans le secteur privé, réunissant intellectuels, artistes, scientifiques et entrepreneurs. Un secteur privé qui n'existait guère il y a six ans, mais dont l'existence a été reconnue officiellement cette année et intégrée dans la Constitution. L'économie et la société vivent le plus grand chambardement qu'un gouvernement puisse imaginer. Il s'agit de l'émergence d'une économie qui emprunte beaucoup au capitalisme le plus sauvage, rebaptisé ici du doux nom d'"économie socialiste de marché", qui permet une véritable révolution de la société, laquelle donne plus de droits à l'individu. Ce découplage de la politique et de l'économie a doublement porté ses fruits: le Parti communiste chinois s'est maintenu au pouvoir alors que l'Union soviétique et ses satellites ont été balayés dans la foulée de la chute du mur de Berlin. Mais surtout, il a permis le prodigieux bond en avant de l'économie chinoise, devenue en vingt ans de réformes la dixième du monde, avant de devenir un jour la première, une belle revanche sur l'histoire. Le niveau de vie des Chinois a connu une réelle amélioration, même si elle est profondément inégale selon les régions et selon les couches sociales.
    Ce triomphe apparent du régime, célébré à satiété à l'occasion de cet anniversaire, a, bien sûr, ses revers de médaille.
    La réussite économique a, elle aussi, un coût. Cette marche forcée vers la modernité a créé une immense masse de laissés-pour-compte: nouveaux chômeurs d'un secteur d'Etat dégraissé sans ménagement ou paysans pauvres attirés par l'éclat des villes. Des dizaines de millions de personnes qui pourraient menacer la stabilité du pays si la croissance économique rapide des dernières années ne permettait plus de les absorber dans son sillage. Le développement anarchique a également produit ses fruits amers: corruption effrénée, retour de la prostitution ou de la criminalité. Ce décalage entre les sphères politique et économique constitue le principal pari de la Chine actuelle.
    Beaucoup voient en fait dans l'émergence d'une nouvelle génération de responsables politiques, administratifs et dans la société civile, l'espoir d'une évolution progressive du régime vers plus d'ouverture. Un processus graduel qui se ferait, aussi, par le biais de l'insertion de la Chine dans une communauté internationale avec laquelle elle a longtemps entretenu une méfiance réciproque. Certains voient dans l'adhésion du pays à l'Organisation Mondiale du Commerce la clé de son insertion dans un corps de règles qui garantirait sa modernisation à long terme. Pour la première fois de son histoire, la Chine s'ouvrirait ainsi volontairement au monde.

    Pierre HASKI et Caroline PUEL (à Pékin)
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

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