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Le chômage nécessite un traitement économique le traitement social n'est qu'un appoint

Par L'Economiste | Edition N°:62 Le 14/01/1993 | Partager

Une nouvelle mesure pour la relance de l'emploi a été promulguée ces jours-ci. Il s'agit de la loi sur la formation-insertion exonérant les entreprises des charges patronales sur les indemnités de stages. Elle s'inscrit dans le cadre des mesures globales impulsées par le CNJA. L'ensemble des dispositions pour l'emploi sont analysées ici avec leurs résultats, leurs limites. Elles sont replacées dans leurs contextes de croissance démographique, de développement et de lutte contre la pauvreté.

S'il y a un thème qui attire l'attention de tous, c'est bel et bien celui de l'explosion démographique et ses multiples implications aux niveaux de la santé, de l'éducation, du logement urbain, de la pauvreté et de l'emploi. En effet, notre planète ne cesse de se densifier. Avec un total de 5,4 milliards d'êtres humains en 1991, la population mondiale, selon les dernières projections de l'office du recensement des Etats-Unis, grimpera à 8,2 milliards en l'an 2020, soit une augmentation de presque 52% au cours des vingt-huit prochaines années. Note de pessimisme, 83% des humains appartiendront au "Tiers-Monde" contre 78% en 1991 et 68% en 1950 avec tout ce que cela implique comme complications dans la recherche de nouvelles voies de développement fondées sur le flux libéral des biens et des capitaux. Pis, notre continent détient à ce niveau le record absolu, celui du rythme le plus rapide d'accroissement de la population en raison des taux élevés de fécondité.

125 millions de Maghrébins

Heureusement, les pays du Maghreb(1) présentent des taux plus modérés, au demeurant supérieurs à la moyenne des PVD sur toute la période 1950-1985.

Néanmoins l'on constate que ces mêmes pays d'Afrique du Nord de niveaux de développement plus ou moins comparables, des traditions quasi-identiques, et de cultures presque semblables. Ils ne présentent que des différences liées principalement au statut personnel rénové et au niveau général d'éducation et de vulgarisation des techniques de contraception.

Ainsi, pour l'année 1990, le taux de croissance démographique se situe dans une fourchette de 2,4 à 3,1% , soit des indices de fécondité presque toujours supérieurs à 3 enfants par femme . Sur ces bases, des projections alarmistes avancent le chiffre de 125 millions de Maghrébins vers l'an 2025

En chiffres absolus, le Maroc, avec un taux qu'on peut qualifier d'intermédiaire, comptera presque 37 millions de citoyens à l'aube du siècle prochain.

Atout et facteur de richesse ou plutôt fardeau économique? Le débat à propos de cette croissance démographique et ses impacts n'est pas clos et risque d'être toujours diversement évalué. Néanmoins, sa corrélation surtout avec la pauvreté et le chômage dans les PVD est apparente.

C'est d'ailleurs pour cette raison que, spécialement, cette question pluridimensionnelle revient à la discussion assez souvent, tant au sein de la sphère gouvernementale qu'à celle des chercheurs.

La question de la pauvreté n'est pas simple à l'analyse. Elle est la résultante de plusieurs facteurs. Le plus cité d'entre eux est sûrement l'explosion démographique engendrée principalement par l'amélioration des conditions de médication. En toute objectivité, l'on ne peut aucunement espérer contrôler ce fléau si complexe et améliorer ainsi les conditions d'existence des citoyens, sans avoir entrepris au préalable au moins deux mesures: d'abord la maîtrise de la fécondité, opération en bonne voie grâce aux efforts déployés dans le cadre du Programme National de la Planification Familiale, ensuite la résorption du sous-emploi actuellement massif.

En effet, l'emploi stable non seulement permet d'échapper à la pauvreté dite absolue(2), mais en plus constitue le moyen tout indiqué pour l'épanouissement de la personnalité et la sauvegarde de la dignité.

3 millions d'emplois à créer

C'est justement dans ce cadre qu'intervient le Discours Royal du 8 Juillet 1990 à l'occasion de la fête de la jeunesse, Discours consacré par Le Souverain aux questions de l'emploi et de la jeunesse, thème qualifié par S.M. le Roi d'extrêmement important, grave même.

Pour la période 1990-1995 la demande additionnelle d'emploi s'élèvera à 263.000 personnes par an contre 300.000 pour la période 1996-2000, soit presque trois millions de demandeurs d'emplois de plus d'ici la fin du siècle. Déjà maintenant, on observe chez les jeunes un sentiment de faiblesse, voire d'incapacité, devant cette impasse avec comme toile de fond le désespoir.

C'est précisément pour apporter des réponses adéquates, rapides et efficaces à ce problème tant préoccupant que S.M. Le Roi a annoncé la création du Conseil National de la Jeunesse et de l'Avenir (CNJA). Le Dahir du 20 Février 1991 portant création du CNJA prévoit ce conseil comme un cadre institutionnel très large regroupant l'ensemble des potentialités politiques, économiques et intellectuelles du pays. De ce fait, le CNJA est le lieu tout indiqué pour le dialogue, la concertation et la cumulisation d'une réflexion collective et objective à propos de l'emploi et de la jeunesse. Mieux, il est l'espace d'une nouvelle culture sans tabou. A ce niveau, peut-on espérer atteindre le plein-emploi?

A vrai dire, il est illusoire de poser la question dans ces termes, car tout un chacun admet l'existence d'un certain taux structurel incompressible. Certaines études l'ont mis en exergue à une certaine époque pour le cas de quelques économies industrialisées. C'est plutôt sur le chômage dit keynésien qu'on peut agir grâce à une croissance économique soutenue, laquelle est intimement liée à l'inflation. A cet égard, le taux d'inflation est d'une importance toute particulière, car une inflation à "deux chiffres" réduit le pouvoir d'achat réel des ménages et, de plus, ne peut que compromettre l'investissement futur. Il en découlera des difficultés d'écoulement de la production et par là une correction vers le bas de la quantité de travail à utiliser. D'ailleurs, la courbe de "Philips" est là pour prouver l'obligation de trouver un équilibre judicieux entre le taux de chômage et le taux d'inflation.

L'emploi ne se décrète pas

Le premier mérite revenant aux hommes du CNJA, c'est d'avoir littéralement exploré le problème dans toutes ses dimensions, et ce en quittant les sentiers battus des réunions routinières pour ouvrir la voie aux discussions approfondies et détaillées, le tout dans le but de dégager des mesures concrètes. D'où le fameux recensement effectué, qui a profité des grands moyens humains et matériels de l'Etat et qui a bénéficié d'une large campagne médiatique de sensibilisation. Les résultats dudit recensement prouvent, une fois de plus, combien la tâche est complexe. Contre les 21.700 postes d'emploi offerts par le secteur privé, il y a un peu plus de 100.000 demandes, soit un taux de couverture d'à peine 21,7%.

Ce contexte rend très délicat, voire inconcevable, l'adoption par l'administration d'une politique de recrutement perpétuellement massif sans que cela ne remette en cause les acquis louables au niveau du rétablissement des équilibres fondamentaux, surtout budgétaires, et ce en continuant, en tout état de cause d'assumer les fonctions éminemment démographiques de l'éducation et de la santé.

Par ailleurs, pour le côté privé, tout le monde admet que l'emploi ne se décrète pas. Néanmoins, il peut être relancé par le biais d'une politique cohérente d'incitation. D'où toute mesure coercitive est à écarter, car elle ne peut qu'amener des résultats pervers. D'ailleurs, la seule crainte de cette possibilité avait amené les entreprises à sous-estimer leurs besoins en cadres lors de l'enquête CNJA. En somme, si recrutement il y a, il doit répondre à un besoin réel, c'est-à-dire être économique, alors que le traitement social du chômage ne peut être qu'un appoint, bien que curatif, nécessaire

Abandon de l'attentisme

Partant du postulat que l'on ne peut espérer une quelconque extirpation de ce fléau sans avoir au préalable "effacé" l'essentiel de "l'ardoise", le CNJA a d'emblée recommandé la création de 85.000 postes d'emplois avant Décembre 1991. Selon cet ambitieux programme, 37.000 jeunes seront recrutés par les collectivités locales et 25.000 par l'administration publique dont 13.000 sur le budget 1992. Le reste incombe au secteur privé.

Si l'Etat et les collectivités locales ont honoré l'essentiel de leurs engagements, il s'est avéré que le recrutement par le privé s'est heurté à d'énormes difficultés, objectives selon certains, superficielles selon d'autres. Ce retard a suscité l'appel Royal lancé par S.M. Le Roi lors d'un de Ses Discours pour que le privé prenne ses responsabilités historiques Maintenant, il incombe à la CGEM de démontrer sa représentativité en faisant accepter à ses membres l'abandon de l'attentisme, attitude tant passive que nuisible.

Mesures incohérentes et compliquées

Plusieurs directions sont à retenir, à savoir l'investissement privé, les jeunes promoteurs, la formation-insertion, et le stage-insertion.

* La promotion de l'investissement: L'ère de l'Etat-providence, Etat omniprésent est révolue. Actuellement on tend vers un libéralisme économique généralisé. Sur ce point, le Maroc dispose de toute une batterie de mesures dont le but ultime est d'encourager le secteur privé telles que les codes d'investissements sectoriels, etc....

Au fil du temps; il s'est avéré progressivement que ces mesures sont relativement disparates, incohérentes et compliquées, impliquant des retards flagrants d'exécution, etc... Ces insuffisances ont été à l'origine de la Lettre Royale du 14 Juin 1989 adressée par S.M. Le Roi au Premier ministre. Le Souverain a manifesté ainsi, personnellement, l'appui que le Maroc doit accorder aux investisseurs en assouplissant au maximum le formalisme administratif.

Sur la base de ces données, et partant des recommandations Royales, le CNJA a adopté à l'unanimité un programme dit d'urgence, articulant en vingt et un points.

* Jeunes promoteurs: Heureusement aux côtés des jeunes demandeurs d'emplois, il y a une frange, limitée certes, mais substantielle, qui manifeste le désir de fonder sa propre "affaire". Désirant encourager ce groupe dynamique de jeunes diplômés, l'Etat a adopté la loi 36/87 dite loi jeunes promoteurs et l'a promulguée en 1988. Les prévisions de départ tablaient sur la réalisation de 1.000 affaires par année.

Dès le début, un retard a été constaté, dû principalement à la lenteur du traitement des dossiers au sein du Trésor et à la méfiance exagérée des banquiers. De plus, l'on avait remarqué que les candidats exerçaient, pour la plupart d'entre eux, des professions libérales, par essence peu ou pas génératrices d'emplois.

Bilan peu flatteur

Ainsi, le bilan de 4 années d'existence est peu flatteur. Jusqu'au 31 Décembre 1991 seuls 2.513 dossiers ont été traités, soit en moyenne 628 dossiers par an. Les professions libérales en ont représenté 61%, soit près de 1.532 dossiers, les 981 autres ont concerné la création de PME-PMI.

Le CNJA a mis sur pied un Programme d'Information et d'Assistance à la Création d'Entreprises (PIACE) dont le rôle est d'aider les jeunes promoteurs à réaliser leurs projets. Actuellement, le PIACE bénéficie de l'appui des chambres professionnelles grâce à la convention signée. Néanmoins, la nature du résultat dépendra de la qualité des encadreurs qui, en tout état de cause, doivent être des juristes ou économistes spécialistes en création d'entreprises et études de marché. Il n'y a pas de place ici au "psychologue"...etc, l'avenir de trop de jeunes en dépend. Quant au financement, une étude détaillée, réalisée par les services concernés du CNJA, a révélé que le coût moyen de l'affaire est peu élevé: 300.000DH.

Profil incompatible avec le marché

*) Formation et Stage pour l'Insertion: Pour ceux qui n'ont d'ambition que de trouver un emploi stable. Il y a nécessité de revoir l'ensemble du dossier enseignement en vue d'accommoder le contenu et de suivre ainsi l'évolution de la réalité vécue. Problème, que faire pour ceux qui sont déjà diplômés, sachant que le marché est demandeur de techniciens à hauteur de 58% contre seulement 6% de licenciés et 1% de médecins et disciplines paramédicales?

La formation complémentaire a été l'objet d'une convention entre le MEN et le CNJA, celle-ci constitue le cadre général devant aboutir à la concrétisation du Programme National de Formation-Insertion (PNFI). Le ministre des Finances a proposé la formule de cofinancement du PNFI, qui engagera en premier lieu l'Etat.

A côté de la convention formation-insertion, il y a la formule stage-insertion qualifiée par tous de révolutionnaire. La loi réglementant cette formule stipule que l'employeur est exonéré de l'intégralité des cotisations sociales afférentes au stagiaire tout en sachant qu'il n'y a aucun engagement de la part de l'entreprise quant au recrutement définitif. De ce côté, le stagiaire a droit à un salaire mensuel exonéré de l'IGR allant de 1.600 à 2000DH. Après les 18 mois que dure le stage, si satisfaction mutuelle il y a, il en découlera un recrutement classique soumis aux cotisations sociales et à l'IGR.

Maîtrise de l'exode rural

En dépit de ces mesures toutes louables, si rien n'est engagé dans l'immédiat pour stopper l'hémorragie des campagnes en ressources humaines, le déséquilibre du marché de l'emploi ne sera pas contrôlé. Car le phénomène exode rural a pris une dimension structurelle, et ce depuis fort longtemps. Déjà sous le protectorat I'implantation des colons sur les terres fertiles soit par le procès d'achat direct auprès des fellahs, soit par la jouissance perpétuelle des terres collectives une fois accaparées par le directeur des affaires indigènes conjuguée à la politique dite du "Maroc utile" a produit et suscité des vagues d'exode rural.

Se penchant sur ce thème qui nécessite une instrumentation spéciale, le CNJA a élaboré lors de sa deuxième session un Programme d'Action pour le Monde Rural (PAMR). Celui-ci s'articule autour de 33 mesures allant toutes dans le sens d'une "conciliation de l'environnement productif et d'une recherche d'un meilleur encadrement social". Constatant que le morcellement est la principale cause de l'exode, les experts du CNJA préconisent d'essayer d'élaborer une définition de la taille optimale de l'exploitation marocaine, taille qui doit être "la plus favorable à la productivité du sol et la plus capable à retenir les familles paysannes à la campagne". D'où, le foncier se trouve en plein centre de la bataille avec comme but ultime la jugulation de la tendance à l'émiettement.

En guise de conclusion, grâce à la Volonté Royale clairement et solennellement exprimée, le débat sur les thèmes sociaux est bel et bien engagé; l'action est sérieusement menée. Maintenant, les résultats que tout un chacun d'entre nous espère dépendent du dévouement et du patriotisme des acteurs engagés. A cet égard, le secteur privé a un rôle historique à jouer. Et en Histoire, rien ne s'oublie, tout se conserve.

Par M. Mohamed Rachid AASRI, Enseignant-chercheur
M.R.A.

(1) Maroc, Algérie et Tunisie.
(2) Un citadin est dit pauvre absolu, selon les normes de la Banque Mondiale, s'il ne dispose pas d'au moins 2.557DH par an pour subvenir à ses besoins contre 1.827DH par an pour un paysan.

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