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    International

    Le bouclier antimissile de l’OTAN ou l’illusoire sécurité
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3387 Le 20/10/2010 | Partager

    Le prochain sommet de l’OTAN, les 19 et 20 novembre, à Lisbonne, doit décider du prochain concept stratégique de l’Alliance. Le dernier remonte à 1999. Il convient donc de renouveler l’exercice. Deux dossiers sont à l’ordre du jour: les économies à réaliser, le «bouclier antimissile». Sabrer dans les dépenses signifie alléger les effectifs, de 20.000 à 9.000, supprimer des bases, diviser par deux le nombre des seize agences. Pas facile! S’il est probable que les grands contributeurs, Grande-Bretagne, France, Allemagne, approuveront ces réductions sans états d’âme, d’autres pays, en revanche, vont crier qu’on les assassine. Le rôle politique des implantations de l’Alliance est souvent important pour les petits Etats, nouveaux venus dans la constellation atlantique. Il est de plus pénible pour leurs militaires de voir supprimés postes et implantations. Au demeurant, peu importe! Ces économies, si elles sont décidées, ne mettront pas en péril la sécurité de l’Europe. Cette sécurité, justement, constituera l’essentiel du sommet. Le vieux continent doit-il se doter d’une défense antimissile de «territoire» (voir encadré)? A cette question, le secrétaire général de l’OTAN, par le biais d’un article dans la presse, a déjà répondu. Il a dit «oui», et sans nuance(1). Compte tenu des moyens financiers de l’OTAN, un bouclier anti-missile hypothéquerait les autres capacités de l’Alliance. Celle-ci se verrait alors réduite à guetter, à l’abri de son armure électronique, les missiles tirés par un adversaire quasi virtuel, peu porté à se manifester de la sorte.Le premier argument des partisans du «bouclier» est la prolifération balistique. Celle-ci est avérée, mais elle n’est pas aussi inquiétante que certains le pensent. Une trentaine d’Etats possèdent des missiles. Plusieurs d’entre eux sont passés de vieux missiles soviétiques à courte portée, à la mise au point d’engins, capables, pour les plus élaborés, d’atteindre 3.000 km. Toutefois, le nombre de pays importe peu, seuls comptent les adversaires potentiels. Ils sont rares. On peut les énumérer, même si la liste est discutable: Corée du Nord, Syrie, Soudan, Libye, Iran… On voit mal pourquoi ces pays s’en prendraient à l’Europe. Pyongyang par exemple! Ses Taepodong-2, à trois étages, d’une portée de 4.000 km(?), ne peuvent atteindre le vieux continent. La Syrie et le Soudan, a fortiori Israël, l’Inde, le Pakistan,… ont d’autres soucis et d’autres adversaires. La Libye est l’auteur, le 14 avril 1986, d’un tir de Scud manqué contre une installation militaire américaine sise sur l’île italienne de Lampedusa. Cependant, Tripoli s’est engagé en 2003 à limiter les capacités de ses engins balistiques au seuil du MTCR (Missile Technology Export Control Regime) soit 300 km de portée pour une charge utile de 500 kg. Il y a l’Iran. En dépit d’une économie à bout de souffle, ce pays pourrait devenir un acteur majeur de la prolifération balistique. Son président a donné la priorité à la mise au point de missiles d’une portée supérieure à 2.000 km. En février, l’Iran a placé un satellite sur orbite. «On ne juge pas un adversaire sur ses intentions, mais sur ses capacités», disait Napoléon. L’Iran présente donc pour l’Europe une menace balistique possible. L’ennui, si l’on peut dire, est que ce pays est seul en ce cas. Ni la Chine, ni la Russie ne sont incluses dans cette courte liste. A juste titre! Le secrétaire général de l’OTAN, mais aussi la France et l’Allemagne, appellent de leurs vœux une coopération avec Moscou, invité à partager les «avantages» du système antimissile. Quant à la Chine, on ne la croit vraiment pas, à Bruxelles, désireuse d’anéantir la planète. Un autre argument des promoteurs du bouclier est l’emploi d’armes de destruction massive (ADM). Des trois types d’ADM, chimiques, biologiques et nucléaires, seul le dernier constitue un système d’arme, le seul existant vraiment. Les missiles volent, leur précision s’accroît sans cesse, leurs ogives nucléaires peuvent exploser. Pour l’heure, l’Iran ne possède pas «l’arme ultime»; quant à ses missiles de 4 à 6.000 km de portée, en cours de développement, ils pourraient un jour, théoriquement, atteindre l’Europe.Telle est la menace. Elle n’est ni immédiate, ni démesurée, pas non plus probable. Justifie-t-elle l’acquisition d’un bouclier? La principale objection au projet est qu’il est déraisonnable. Pour se prémunir contre un risque unique, pour le moins incertain, l’Europe devrait sacrifier nombre de ses capacités d’action au profit de l’édification d’un système antimissile pas forcément imparable et dont le coût serait très élevé. L’appellation «bouclier» est en effet trompeuse tant elle peut laisser croire à un taux d’efficacité extraordinaire. Celui-ci, à vue humaine, n’atteindra pas un niveau tel que le dispositif garantirait la protection de l’Europe. Autre objection de taille, le système nie la dissuasion nucléaire. Certes la France, d’accord avec le secrétaire général de l’OTAN, voit dans le bouclier, auquel elle se dit favorable, un complément de la dissuasion. Voilà la doctrine prise à revers. Comme les Etats-Unis et l’URSS l’avaient bien perçu, les anti-missiles rendent la guerre possible quand la dissuasion entend l’empêcher. Certes, un bouclier efficace constitue une capacité dissuasive propre. Reste que cette dissuasion peut aussi être obtenue par l’éventualité de frappes conventionnelles, sélectives et précises contre des objectifs majeurs de l’Etat iranien. Les missiles de croisière, tirés de navires de surface, de sous-marins, ou bien d’avions, sont conçus pour cet usage. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en disposent, la France aussi. Rien n’empêcherait l’Europe de s’en doter collectivement. Cela suffirait sans doute à décourager les ayatollahs de tenter une aventure dont on perçoit mal où serait leur intérêt.Pour des motifs industriels, financiers, commerciaux, tout autant que stratégiques, les Etats-Unis poussent depuis des années en faveur de ce bouclier antimissile balistique qui leur permettrait de protéger l’Europe à bon compte. En la matière, cependant, et quelle que soit une évidente communauté d’intérêt, le problème de l’Amérique n’est pas, ou n’est plus, celui du vieux continent.Au moins l’OTAN est-elle le bon cénacle pour en discuter. L’acquisition d’une défense antimissile continentale comprend nécessairement une dimension internationale. Elle impose un investissement financier considérable, hors de portée des moyens de chacun des Etats du continent. A Lisbonne, fin novembre, gageons que les Européens, faute d’oser dire non à l’Oncle Sam, et sous couvert d’une approbation unanime de principe, décideront qu’il est urgent d’attendre. Peut-être aussi se préoccuperont-ils d’améliorer leur défense antimissile de «théâtre» au cas où une intervention de rétablissement de la paix exigerait qu’on en disposât. Peut-être à Lisbonne, les Européens prendront-ils conscience de l’utilité qu’il y aurait pour leur Union à s’affirmer vraiment autonome, y compris dans le domaine de la défense.


    La défense antimissile balistique (DAMB)

    Il est question de défense antimissile balistique (DAMB) depuis le déploiement de missiles balistiques intercontinentaux, vers la fin des années 1950. Pendant la guerre froide, Américains et Soviétiques ont beaucoup investi dans ce domaine ; ils ont chacun mis en service un système antimissile, jusqu’à aboutir au traité ABM, qui limitait l’emploi de ces engins de manière à ne pas nuire à la dissuasion nucléaire, autant dire à l’équilibre de la terreur… …L’appellation «défense antimissile» recouvre (…) des systèmes très différents, en termes de performances mais également de superficie protégée: faut-il choisir une défense antimissile dite de «théâtre», capable de défendre quelques centaines de kilomètres carrés (une ville, des forces déployées) ou rechercher une défense de «territoire» visant à protéger un pays, voire même un continent, l’européen en l’occurrence. D’après l’amiral François de Lastic, Centre d’études supérieures de la marine, Bulletin d’études de la marine, actes du séminaire «Défense antimissile balistique et contribution navale». Paris, octobre 2010


    Missiles balistiques

    «Un missile balistique est un projectile qui, en dehors de sa phase propulsée, suit une trajectoire balistique, c’est-à-dire une trajectoire qui obéit aux seules forces de gravitation. Quand le missile est encore dans l’atmosphère, il est bien sûr également soumis aux forces aérodynamiques. La trajectoire d’un missile balistique est constituée de trois phases: une phase propulsée qui est guidée, une phase balistique et une phase terminale de rentrée dans l’atmosphère. La trajectoire balistique en dehors de l’atmosphère obéit aux lois de Kepler, elle est donc parfaitement prédictible.La précision du missile à l’arrivée dépend pour l’essentiel de la précision du guidage lors de la phase propulsée. Avec l’allongement des portées, cette précision a tendance à se dégrader; une solution pour améliorer la précision est de corriger la trajectoire du missile en phase terminale».Emmanuel Nourdin, ingénieur en chef des études et techniques d’armement, «menaces balistiques et réponses technologiques», in Bulletin d’études de la marine, op. cit.----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) En particulier dans Le Monde, du 14 octobre: Anders Fogh Rasmussen, «L’OTAN a besoin d’une défense anti-missile. L’Europe doit se protéger contre la menace posée par la prolifération».

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