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Le bon capitalisme et le mauvais capitalisme
Par William Baumol, Robert E. Litan et Carl Schramm

Par L'Economiste | Edition N°:2761 Le 22/04/2008 | Partager

William Baumol est professeur d’économie et directeur du Berkeley Entrepreneurship Center à l’Université de New York. (Ph. Université de New York)Robert E. Litan est vice-président du département de recherches et politique de la fondation Kauffman et membre émérite de la Brookings Institution pour les études économiques. (Ph. Kauffman Foundation)Carl Schramm est président-directeur général de la fondation Kauffman et récipiendaire d’une Batten Fellowhip à la Darden School of Bussiness de l’Université de Virginie. (Ph. Kauffman Foundation)Lorsque le Mur de Berlin est tombé en 1989, nombreux furent ceux à penser que le «capitalisme» avait gagné et que le «communisme» avait perdu. Mais bien que le «capitalisme» - défini comme un système économique basé sur la propriété privée des biens de production - l’ait clairement emporté, il existe de grandes différences entre les quelque 200 pays qui le pratiquent aujourd’hui sous une forme ou une autre. Nous pouvons diviser les économies capitalistes en quatre grandes catégories, deux qui réussissent et deux qui ne vont pas très loin. Bien que de nombreuses économies soient à cheval sur plusieurs catégories, la plupart tombent principalement dans l’une ou l’autre. La classification suivante permet de comprendre pourquoi certaines économies ont une croissance plus rapide que d’autres.Le capitalisme managérial se distingue par des économies où de grandes sociétés - souvent les soi-disant «fleurons nationaux» - dominent la production et l’emploi. Les entreprises plus petites existent également, mais ce sont en général des commerces de détail ou de services avec seulement quelques employés. Ces sociétés grandissent en réalisant des économies d’échelle, en raffinant et en produisant en série les innovations radicales des entrepreneurs (voir plus bas). Les économies d’Europe occidentale et du Japon sont les principaux exemples du capitalisme managérial, qui, comme le capitalisme d’Etat, ont donné lieu à de fortes performances économiques. Mais le capitalisme managérial a lui aussi son talon d’Achille. Les entreprises bureaucratiques sont typiquement réticentes à prendre de gros risques – c’est-à-dire à développer et à commercialiser les innovations radicales qui repoussent la frontière des possibilités de production, produisant des sauts de productivité importants et durables et, de ce fait, une croissance économique soutenue. Les grosses entreprises ne répugnent pas seulement à prendre des risques parce qu’elles sont bureaucratiques, avec plusieurs échelons de direction nécessaires pour approuver toute innovation, mais aussi parce qu’elles hésitent à soutenir de nouveaux projets qui pourraient rendre obsolètes les produits ou les services qui sont à l’origine de leurs profits présents. A notre avis, les limites du capitalisme managérial expliquent pourquoi l’Europe occidentale et le Japon, après avoir approché le niveau américain de revenu par personne à la fin des années 1980, n’ont pas profité comme les Etats-Unis du rebond de productivité lié aux nouvelles technologies à la fin des années 1990. Ce qui nous amène à la quatrième forme de capitalisme: le capitalisme entrepreneurial. Les économies dont le dynamisme tient à la création de nouvelles entreprises, ont toujours commercialisé les innovations qui repoussent la frontière des possibilités de production. Les exemples des deux derniers siècles comprennent les innovations et les produits à effet transformateur tels que les trains, les voitures et les avions; le télégraphe, téléphone, radio et télévision; la climatisation; et, comme mentionné plus haut, les nouvelles technologies ayant permis la révolution de l’information, que ce soit les ordinateurs portables ou les serveurs centraux, les routeurs wifi et autres matériels informatiques, et tous les logiciels qui permettent de s’en servir.Copyright: Project Syndicate, 2008 Traduit de l’anglais par Julia Gallin


Deux capitalismes voués à l’échec: l’étatisme et l’oligarchie

Le capitalisme oligarchique se caractérise par une forte concentration du pouvoir et de l’argent aux mains d’un petit nombre. C’est la pire forme de capitalisme, non seulement par les inégalités extrêmes de revenus et de richesses qu’il engendre, mais également parce que les élites ne font pas de la croissance l’objectif central de la politique économique. Les oligarques définissent essentiellement des règles pour optimiser au maximum leurs propres richesses. Ce type de capitalisme est courant en Amérique latine, dans le Moyen-Orient arabe et en Afrique. Le capitalisme d’Etat décrit des économies dont la croissance est l’objectif principal (comme dans les deux formes suivantes de capitalisme) et qui l’encourage en favorisant des entreprises ou des industries spécifiques. Les gouvernements offrent des crédits (directement par l’entremise de la Banque centrale ou en définissant les clauses de crédit des banques privées), fournissent des subventions directes et/ou des incitations fiscales, assurent une protection commerciale et utilisent d’autres mesures de réglementation pour tenter de «trouver les gagnants». Les économies du sud-est asiatique ont rencontré un succès indéniable avec des États dirigistes, et jusqu’à la fin des années 1990, certains ont suggéré de copier ce modèle aux Etats-Unis. Mais le talon d’Achille des économies dirigées est que, lorsqu’elles se rapprochent de la frontière des possibilités de production, les décisionnaires sont à court d’industries ou de technologies à copier. Lorsque ce sont les fonctionnaires, plutôt que le marché, qui doivent choisir les prochains gagnants, ils risquent de se décider pour les mauvaises industries, ou d’investir trop lourdement dans des secteurs existants – qui arrivent en surcapacité. Cette tendance a pesé lourdement dans la crise financière asiatique de 1997-1998.


Trouver le bon dosage

Il est certain qu’aucune économie ne peut réaliser tout son potentiel en n’étant qu’entrepreneuriale. La combinaison optimale d’entreprises comprend une bonne dose de grandes sociétés, qui ont les ressources financières et humaines pour raffiner et produire en série les innovations radicales, avec une pincée de nouvelles entreprises.Il a par exemple fallu Boeing et d’autres avionneurs importants pour commercialiser ce que les frères Wright avaient inventé, et Ford et General Motors pour fabriquer les automobiles en série, etc. Mais, sans les entrepreneurs, seule une fraction des inventions les plus osées, qui ont modelé nos vies et l’économie moderne, aurait vu le jour. Le défi est donc, pour toutes les économies qui cherchent à optimiser leur potentiel de croissance, de trouver le dosage idéal entre capitalisme managérial et capitalisme entrepreneurial. Les économies dont les entrepreneurs sont prospères doivent éviter de se reposer sur leurs lauriers. Les économies dirigées peuvent connaître une croissance positive et rapide pendant un certain temps, mais doivent tôt ou tard faire une transition vers une combinaison adéquate entre les deux formes de «bon capitalisme» si elles veulent maintenir cette croissance.L’Inde et la Chine, chacun à sa manière, effectuent déjà cette transition. Ce sont les économies engluées dans un capitalisme oligarchique qui auront le plus de peine à réaliser une transition similaire. Il faudra peut-être une révolution – idéalement pacifique, bien sûr – pour remplacer les élites qui dominent aujourd’hui ces économies et sociétés, et pour lesquelles la croissance n’est pas l’objectif principal.

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