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    L'année des petits soucis et des grands retards

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    En regardant par dessus les frontières, il apparaît finalement que les grands soucis marocains sont de petits soucis par rapport à ceux qui retiennent l'attention mondiale.

    Pour les individus et leur famille, l'horreur ou l'injustice ne se quantifient pas, elles sont ou bien elles ne sont pas. Pourtant, il faut bien faire des comparaisons pour se situer sur l'échelle.

    Marrakech: Deux morts, deux touristes espagnols, assassinés simplement parce qu'ils se trouvaient là: une attaque à main armée, conduite par des malfrats de énième zone qui jouaient aux terroristes. Question: Que veulent dire les tolérances douanières et policières, pour "motifs socio-économiques" quand elles mettent en jeu la sécurité des gens?

    Agadir, un avion tombe: 44 morts; un pilote qui avait perdu la raison. Question: Comment rétablir la crédibilité des experts lorsque ceux-ci sont contestés par des insinuations et des rumeurs?

    Fès: Un groupe intégriste moleste gravement des étudiants qui ne sont pas d'accord avec leur vision du monde. Question: Comment faire pour que les droits de l'Homme deviennent une pratique quotidienne?

    Perdu "Alternance", prière de rapporter

    Rabat: Une jeune fille défigurée à vie par un agresseur qui se croyait un fiancé éconduit; une petite bonne martyrisée par sa maîtresse. Question: Y a-t-il un traitement social pour contrôler les pulsions de l'individu?

    A vouloir replacer ces faits sur l'échelle mondiale, les événements marocains paraissent bien petits: combien d'assassinats les intégristes algériens ont-ils perpétrés? Combien de morts par hasard à cause du terrorisme, le vrai, celui qui sait s'organiser? Combien d'accidents d'avions cette année? Combien d'enfants esclaves et martyrs? Combien d'Etats voyous se sont-ils mis à exterminer une partie des populations dont ils avaient la responsabilité?

    Les soucis marocains paraissent donc minces en regard de ces enjeux. Pourtant, ils ont bel et bien occupé notre année.

    En matière politique, 1994 restera l'année de l'annonce d'un gouvernement d'alternance, qui doit au préalable façonner le profil de sa capacité à obtenir une majorité au Parlement, et aussi peut-être façonner l'intérieur des partis candidats. L'année s'achève sans évolution sur ce dossier, hormis l'appel réitéré de SM le Roi pour la formation de cette équipe gouvernementale.

    En attendant, l'équipe actuelle a été remaniée: M. Abdellatif Filali, tout en conservant son portefeuille des Affaires étrangères, a succédé à M. Mohamed Karim-Lamrani. Ce changement à la tête du gouvernement a rassuré les milieux d'affaires, surtout à l'étranger, où ils s'inquiétaient de voir revenir les usages d'avant 1983 (Budget non-maîtrisé, programmation non tenue de réformes de structures et résistance sourde à la libéralisation). Quelques semaines plus tard, c'est M. Mohammed Sagou qui cédait son portefeuille des Finances à M. Mourad Chérif. Pas d'explication officielle sur ce qui ressemblait à un limogeage. La mémoire est ingrate: bien qu'il ait tenté de s'y opposer, M. Sagou restera le ministre des Finances sous la responsabilité duquel a été voté puis mis en application l'un des budgets les plus fantaisistes qu'ait connus le Maroc. Et cela ne s'invente pas: le Bulletin Officiel qui l'a publié est daté du 1er avril 1994.

    La Bourse acclamée, le PIB hué

    En quittant le Ministère des Finances, le Pr Sagou a retrouvé ses étudiants mais aussi a monté une société de Bourse: l'explosion de la Bourse est le grand événement économique de l'année.

    L'augmentation de capital de l'ONA au printemps, mais surtout l'introduction de titres d'entreprises privatisées expliquent l'accroissement du chiffre d'affaires de la Bourse. Cependant, la réforme, qui est en chantier depuis plus de cinq ans, tarde. Pour l'année 1994, le seul pas franchi est celui de l'agrément des sociétés de bourse.

    La privatisation a donné lieu à de belles batailles au sommet et à plusieurs rappels à l'ordre de la part du Souverain Lui-même.

    Du côté de la politique monétaire, l'année avait commencé par un retour en arrière avec un système de fixation des taux débiteurs, avec la perspective d'un dérapage budgétaire colossal. L'année se termine avec une reprise en main du Budget (dotations réservées du mois d'août) et une déclaration du président du Groupement Professionnel des Banques du Maroc qui entérine une certaine liberté des banques.

    Celles-ci accusent toujours un excédent de liquidités: la croissance de 11% provenant d'une campagne céréalière record a le même effet d'entraînement sur le reste de l'économie que l'avait eu un an auparavant la baisse de près de 3% du PIB, en raison de la campagne céréalière désastreuse. Ainsi, deux fois de suite, il est apparu que le niveau réel de l'activité économique, dans un sens comme dans l'autre, n'est plus aussi dépendant qu'autrefois de l'agriculture céréalière. Les agrégats tels qu'ils sont constitués ne reflètent pas cette réalité. Les statistiques devront pourtant fournir une donnée majeure, dans les premières semaines de 1995: combien sommes-nous? Un recensement général a eu lieu en septembre 1994, avec deux ans de retard sur le calendrier initial. Cette fois, comme en 1982, l'opération permettra de connaître aussi l'habitat et le niveau d'instruction. Des données essentielles, mais il faudra être patient: le dépouillement complet prendra au moins deux ans.

    Politique sociale: Encéphalogramme plat

    Si les agrégats du PIB, trop appuyés sur une partie de l'agriculture, ne veulent pas dire grand-chose, c'est parce que des changements de structures sont maintenant bien ancrés dans le tissu productif. Services et industrie comptent plus que ne le disent les agrégats.

    Dans le domaine industriel, 1994 restera l'année du projet "petite voiture": compétition au finish entre constructeurs pour le marché (gagné par Fiat), aménagements réglementaires, longues négociations...

    1994, enfin, aurait dû être l'année de la rénovation sociale: rien n'est venu et le seul point saillant reste une augmentation de salaires, vexante pour les bénéficiaires, dramatique pour les finances publiques. Le reste (Code du travail, extension de l'assurance-maladie, redressement de l'appareil judiciaire....) attend toujours. Il est vrai qu'on a l'habitude... Bonne année quand même!

    Nadia SALAH

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