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Economie

L'agro-industrie face au libre-échange
UE-USA: Le Maroc électrocuté ou électrisé?

Par L'Economiste | Edition N°:1728 Le 18/03/2004 | Partager

. En France, on critique beaucoup l'accord Maroc-USA. Rabat ne fera pas l'économie d'une grosse réforme. Des groupes européens intéressés par les terres marocainesUn sourire qui en dit long (à la Mona Lisa). C'est ce sourire que l'on retrouve chez des interlocuteurs français à l'évocation de l'accord de libre-échange conclu entre les Etats-Unis et le Maroc. «Vos producteurs sont menacés par l'invasion des produits américains, notamment le soja et la farine de soja, le poulet», dit un président de chambre d'agriculture française pour commenter l'accord. «Pourquoi avoir conclu si rapidement et dans ces termes puisque vous êtes encore très fragile sur beaucoup de produits?» s'interroge un haut fonctionnaire de Paris, qui travaille au ministère de l'Agriculture. «Votre position est désormais délicate», affirme un autre. «Vous avez compliqué encore plus les choses avec cet accord en ce qui concerne la question agricole, d'autant plus que sa configuration ne laisse pas de place à l'erreur, contrairement au nôtre (c'est-à-dire celui qui a été conclu entre le Maroc et l'Union européenne) qui prévoit des rendez-vous de négociations par produits», explique un observateur. Toutes ces remarques et tous ces commentaires pessimistes ne sont pas sans rappeler l'impair diplomatique de François Loos, ministre français délégué au Commerce extérieur, lors d'une visite officielle au Maroc, l'année dernière. Il avait exhorté le Royaume à «choisir son partenaire», UE ou USA? Son ambassade s'était employée à expliquer que les journalistes avaient mal interprété… Mais tout le monde avait compris que Paris n'aimait pas trop l'idée d'un accord Maroc-USA. Ce qui n'a pas changé.. Maroc, le 53e Etat!Au cours d'une mission d'information (du 4 au 14 mars 2004) portant sur «la Politique agricole commune et ses implications», le ministère des Affaires étrangères français a convié neuf journalistes des quatre coins du monde (Turquie, Australie, Maroc, Nouvelle-Zélande, Egypte, Kenya, Brésil, Pologne et Thaïlande). Les officiels français, tout comme les chefs de file des syndicats agricoles ou encore des exploitants inscrits au programme, ont relevé avec plus ou moins d'ironie leurs «inquiétudes» quant à l'avenir de l'agriculture marocaine suite à la conclusion de cet accord. Officiellement, la mission était destinée à bien comprendre la dernière réforme de la PAC, ses implications pour les agriculteurs français, mais aussi sur le plan des négociations internationales à l'OMC (Organisation mondiale du commerce), qui devraient reprendre dans les semaines qui viennent. Mais bien des conversations ont roulé sur l'accord Maroc/Etats-Unis, dont les négociations venaient juste de se terminer.Il est un fait que les idées sont très arrêtées sur ce sujet. Un journaliste australien a même lancé avec humour et dans un français approximatif: «Dorénavant, vous êtes le 53e Etat des Etats-Unis!» Une pique pas très sympa, mais qui a fait rire le groupe de journalistes. Bien sûr, la boutade est exagérée, un peu vexante même. Mais l'Australien a ainsi bien résumé l'étrange sentiment qui entoure l'accord: il s'y mêle incompréhension, interrogations et parfois même un “soupçon” de trahison. Le Maroc devait être trop faible, trop petit pour pouvoir bien négocier, et quelque part, il a trahi la position de la Méditerranée, du Tiers Monde francophone, de l'Histoire…Le ministre marocain délégué aux Affaires étrangères et à la Coopération, Taïeb El Fassi Fihri aura beau dire et répéter que cet accord n'est en rien un accord politique, que son contenu est strictement économique, rien n'y fait. Le ministre ajoute qu'il ne «s'inscrit en rien dans la logique du projet américain de faire un accord de libre-échange avec le Grand Moyen-Orient d'ici à 2013». En fait personne, dans cette mission, ne doute que l'Union européenne est et restera un partenaire stratégique du Maroc… Mais il en faudra plus pour effacer de ces visages les moues dubitatives et des allusions pas toujours sympathiques pour le pays.. Approche politique ou pas?L'accord, qui n'est pas encore disponible dans sa pleine version, est perçu comme une approche politique pour tenter d'équilibrer le pouvoir de négociation avec l'UE de la part du Maroc. Ce qui n'est pas faux si l'on s'en tient aux informations officielles. Mais les négociateurs ont été si décriés, si fréquemment présentés comme sans poids face au géant américain…C'est une question que se posent également les membres de la mission, ne voyant dans cet accord qu'un «artifice politique de la part des Etats-Unis pour titiller une fois de plus les susceptibilités européennes et particulièrement françaises» et appliquer le projet de Georges W. Bush (MEFTA), qui lui aussi provoque des sourires «entendus». Mais il y a un gros bémol: la production nationale est toujours «pillée» de son identité (www.leconomiste.com). Un cas très connu, celui des sardines pêchées au Maroc qui deviennent «portugaises» parce que ce sont ces sardines-là qui se vendent le mieux. Parmi les denrées alimentaires, les phénomènes «d'emprunt» sont courants. C'est là où la «labellisation» des terroirs, idée chère à la politique agricole française, peut être un instrument puissant. Il s'agit de sauvegarder une identité «agriculturelle» pour reprendre le concept forgé pour l'occasion.Jusqu'à il y a quelques semaines, les responsables ministériels de l'Agriculture déploraient la négligence de la Primature vis-à-vis des projets de réforme qui lui ont été soumis. Mais depuis l'officialisation de l'accord avec les Etats-Unis (pas ratification par les Parlements), la réactivité est plus vive à en croire les affirmations du ministère de l'Agriculture. Entre l'arrivée des produits américains et les desseins des groupes privés étrangers, ce ne sont que quelques menus millions de producteurs, pas très performants, qui se retrouvent entre le marteau et l'enclume. Que deviendront-ils? Trouveront-ils l'alternative en ville sachant que plus de la moitié des ruraux sont analphabètes? Une question réccurrente dont la réponse se fait toujours attendre… La pression foncière dans le monde rural est un phénomène réel et la croissance économique a du mal à prendre en charge «l'aubaine démographique» constituée de beaucoup de jeunes diplômés…Quel sera donc le visage de cette nouvelle réforme agricole? Comment la financera-t-on? Car c'est cela le gros problème, longtemps décrié par les responsables marocains. L'Etat n'a pas assez d'argent dans ses caisses pour affronter trois décennies d'échec de réformes agraire et d'éducation puisque ce sont les deux réformes qu'il faut réussir le plus tôt possible et à tout prix. La planche de salut pour le Maroc actuellement, réside dans l'accélération du rythme de ses réformes et ne pas donner raison à la fameuse phrase de Chou En Lai: «Que deux éléphants se battent ou qu'ils fassent l'amour, c'est toujours l'herbe au-dessous qui est écrasée». En fait, le Maroc se trouve comme dans un bain entre deux électrodes: UE d'un côté et USA de l'autre. Le Royaume sera-t-il électrocuté ou électrisé?


L'Espagne, la nouvelle donne

Les élections, qui ont donné le pouvoir espagnol à Zapatero, ont changé la donne tant pour la Méditerranée que pour l'Europe, ou encore dans les rapports USA-UE.En premier lieu, le nouveau chef du gouvernement espagnol a été très clair: il veut rétablir une relation «magnifique» avec le Maroc. Il est évident que diplomatiquement, les relations vont se détendre, et le Maroc ne demande que cela. Pour ce qui est spécifiquement des dossiers agricoles, leur difficulté ne disparaîtra pas pour autant. Aussi bien sous le mandat de Gonzales (PSOE) que sous celui de Aznar (PP), les motifs de dispute ont été nombreux: droit au transit, formalités douanières, normes sanitaires… Tout est bon pour gêner la concurrence des fruits et légumes marocains sur le marché européen. Mais la différence entre les deux gouvernements se situe dans le traitement des litiges: plus rigide avec Aznar, plus souple avec Gonzales. D'un point de vue plus large, c'est une Espagne qui se replace sur les positions européennes, surtout françaises et allemandes. La décision de Zapatero, juste après son élection, du retrait des troupes espagnoles de l ‘Irak est le signe de rupture le plus fort avec la position américaine. Pour l'agriculture, les responsables français ont dit et répété que l'Union européenne comptait se concentrer d'abord sur les débouchés communautaires, avant de considérer la bataille agricole internationale.


Stop au «pillage du label!»

La «labellisation» des terroirs est une pratique courante en France, très attachée à son exception culturelle. Elle commence à s'ancrer sérieusement dans d'autres pays: l'Australie, l'Argentine (Mendosa) pour leurs vins, les Etats-Unis (Californie), la Thaïlande (qui a adopté une loi en 2003 pour protéger son riz au jasmin et sa soie, qui trouvaient des difficultés à se différencier sur les marchés étrangers), la Chine en 2000 pour son alcool Chaochin.L'Institut français des appellations d'origine (INAO) travaille en ce moment sur un projet de «labellisation» de l'huile d'argane marocaine. Son directeur, Philippe Mauguin, a même accusé des multinationales de «pillage de l'arganeraie marocaine». Il les rend responsables de «la déforestation de l'une des dernières ressources en arganiers dans le monde». Si ce n'était que l'huile d'argane qui était détournée au profit d'une autre identité! Il y a les vins, les truffes, les arômes, les thés, les olives, les savons… et tout un panel de produits de qualité soumis à ce régime qui deviennent anglais, espagnols, grecs ou encore français du simple fait de leur acquisition par des groupes étrangers, qui ne sont pas assez impliqués dans la production locale. «Labelliser un terroir» ne pousse certainement pas les grands groupes à se détourner de ces richesses, au contraire, cela écartera les petits du fait de la surenchère du foncier mais au moins, il protégera l'origine. Des débats sont déjà lancés au Maroc et il y a fort à parier que beaucoup de nos régions bénéficieront de ces appellations d'origine, vu la richesse et la diversité des terroirs du Royaume.Ce concept permet de sauvegarder l'identité du produit et, pour le cas du Maroc, le faire connaître un peu plus. Les indications géographiques figurent également sur la table des négociations à l'OMC. L'objectif qui paraît prioritaire actuellement est de mettre en place un registre mondial sur les indications en vins, spiritueux et agroalimentaire. Mais encore une fois, ce dessein se heurte aux objections de pays qui refusent d'accorder l'exclusivité de la production de fromage Feta uniquement à la Grèce ou du vin Champagne pour le cas de la France.


Les terres de la Sodea-Sogeta au centre des spéculations

Les critiques et les sourires à la Mona Lisa sont si nombreux qu'il faut s'interroger sur les motivations de ces inquiétudes ainsi exprimées contre l'accord, autant que l'on s'interroge sur les motivations américaines en faveur de l'accord.Comme l'ont indiqué les journalistes de l'hebdomadaire La France agricole, il y a un grand intérêt français pour les terres agricoles de la Sodea-Sogeta, privatisables dès le début de cet été. Le conseiller pour l'Agriculture et la Ruralité auprès du président de la République, Hervé Lejeune, a confirmé cet intérêt. D'autres groupes agricoles espagnols, mais aussi portugais semblent aussi intéressés que les groupes français. «C'est la loi du marché, les décisions gouvernementales n'ont rien à faire là-dedans» insiste Hervé Lejeune, soucieux de toute ambiguïté sur ce sujet. Il est vrai que ce sont des groupes privés qui ont trouvé la solution aux problèmes politiques. Par exemple, la tomate a toujours été un motif de discorde entre le Maroc et l'Espagne, notamment pour l'accès au marché français (www.leconomiste.com). Le Maroc est même accusé par un responsable de court-circuiter les relations entre Paris et Madrid sur ce plan-là! Ce n'est donc sans aucun d'Etat d'âme et en toute logique capitalistique que, par exemple, un fameux groupe breton de producteurs de tomate, avait investi en masse il y a quelques années déjà au Maroc. A en croire les affirmations des interlocuteurs français et les rumeurs de plus en plus persistantes au Maroc, ce n'est que le début. L'Espagne a déjà largement étendu ses plantations de caroubes et de câpres au Maroc et aux îles Canaries pour avoir plus de récoltes, et par là même, raccourcir les délais dépendants du rythme des saisons (www.leconomiste.com). Le bénéfice avec l'arrivée plus forte de ces groupes, c'est l'accélération de l'industrialisation de l'agriculture marocaine, en panne depuis deux décennies déjà. Couplée aux importations américaines, la baisse des prix profitera aux consommateurs. Le transfert de technologie accompagnera aussi la réforme agricole que le ministère compte déployer d'une manière plus offensive cette fois. Mouna KADIRI

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