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    Courrier des Lecteurs

    L'agonie du marché des pièces d'or, l'oublié de la réforme de la Bourse

    Par L'Economiste | Edition N°:599 Le 21/09/1999 | Partager

    · Les pièces circulent en dehors de la Bourse

    · Elles sont vendues à des bijoutiers avec une grande décote

    · La Bourse garde le silence

    Le marché des pièces d'or brille de ses derniers éclats. Il agonise. En cause, la réforme de la Bourse de Casablanca intervenue en 1993 qui l'avait entièrement ignoré.
    Dès lors, la circulation des pièces se fait en dehors du marché boursier. Faute de communication entre les détenteurs de pièces et les acquéreurs, les pièces d'or sont de moins en moins négociées en bourse. Non pas qu'il n'y a plus d'offre et de demande d'or, mais le manque d'intérêt dont a fait preuve la réforme de la Bourse à l'égard de ce marché a arrêté son développement. Conséquence, les cours sont devenus plus élevés au Maroc qu'en France alors qu'avant la privatisation de la Bourse c'était l'inverse.
    Résultat: pour céder leurs pièces, les détenteurs s'orientent vers les bijoutiers lesquels les achètent à une valeur bien inférieure à leur valeur réelle.
    Mais la réforme de la Bourse n'a pas seulement arrêté le développement du marché des pièces d'or. Elle a également écarté, voire ignoré les acteurs de ce marché. En effet, les nouvelles dispositions régissant la place de Casablanca n'ont pas prévu de statut pour les experts qui certifient l'authenticité des pièces.
    Plus précisément, la privatisation de la Bourse n'a pas prévu de statut pour le seul et unique expert qui assure encore bénévolement la fonction de certification de l'authenticité des pièces.

    Pas de pièces marocaines


    En fait, il y avait deux experts dans tous le pays. Mais après le départ à la retraite de l'un d'entre eux, il en est resté un seul.
    Avant la privatisation de la place de Casablanca, cet expert était rémunéré par les autorités gérant la Bourse et par le GPBM.
    Après la réforme, il ne percevait plus de rémunération. Ce qui était censé le mettre à l'écart et par là-même arrêter le développement du marché des pièces d'or, puisque cet expert était et demeure la seule personne dont la certification est «reconnue» par les différents acteurs de ce marché.
    Cette personne est M. Abdennaji Eddahar qui a appris ce métier auprès d'experts étrangers qui vivaient au Maroc à l'époque du Protectorat. M. Eddahar exerce ce métier depuis une trentaine d'années et a réalisé des milliers d'expertises. «Il faudrait former d'autres experts pour que le marché des pièces d'or puisse avancer au même rythme que celui des valeurs mobilières», souligne-t-il. «D'ailleurs, comme il n'existe qu'un seul expert, plusieurs pièces sont fondues pour en faire des bijoux, ce qui les démunit de leur authenticité», ajoute M. Eddahar.
    De plus, ces pièces sont vendues aux bijoutiers avec une grande décote que si elles étaient cédées sur le marché boursier. En outre, les personnes morales ou physiques recourent, en l'absence de M. Eddahar, aux bijoutiers pour certifier les pièces qu'elles désirent acheter. «Mais un bijoutier ne dispose pas de la compétence nécessaire pour accomplir une telle tâche», affirment quelques banquiers. Ceci est d'autant plus important que les banques commencent à s'intéresser davantage aux pièces d'or. D'ailleurs, deux grandes opérations d'achat de pièces ont eu lieu ces dernières semaines. Et M. Eddahar a dû expertiser, à lui seul, toutes les pièces.Mais là où le bât blesse, c'est que cet expert, qui est le seul dont la certification soit acceptée par les intéressés, ne dispose pas encore d'agrément. Autrement dit, ses expertises ne sont pas reconnues légalement. «Mais je suis en train de demander un agrément pour remédier à ce problème. De plus, l'expérience que j'ai acquise au fil des années fait que je suis sollicité par tous ceux qui veulent acquérir des pièces d'or», affirme M. Eddahar qui déplore que les pièces marocaines ne soient pas cotées en bourse bien que leur valeur ait progressé à travers les années.


    Vide juridique


    Les pièces livrées par les dépositaires doivent normalement être cotées en bourse.
    Ceci implique que ces pièces doivent être expertisées et plastifiées, ce qui garantit leur authenticité. En effet, une pièce expertisée et plastifiée porte le cachet de la Bourse sur les bords de son sachet.
    Ceci lui garantit le cours du marché boursier qui est toujours plus élevé que celui des pièces qui existent chez les bijoutiers.
    En effet, cette dernière catégorie de pièces n'est pas intacte, ce qui en réduit la valeur. «C'est la plastification qui permet à la pièce expertisée de rester intacte et de ne pas être endommagée», explique M. Abdelmajid Matti, chef du Centre de Conservation des Titres à la BMCI.
    «Pourtant, il n'existe aucun texte de loi qui stipule que les pièces d'or cotées en bourse doivent être expertisées et plastifiées», ajoute-il. Aucun texte n'oblige donc la Bourse à expertiser et plastifier les pièces cotées.
    Ainsi, même un acheteur averti peut être victime de ce vide juridique. Il peut passer un ordre d'achat pour acquérir des pièces authentiques, mais se retrouve après avec des pièces qui ne le sont pas et qui par dessus le marché lui auront été cédées au cours du marché boursier. Et cela, tout en sachant que les pièces peuvent être acquises auprès des bijoutiers à un prix inférieur. Pourtant, la place de Casablanca perçoit une commission sur la plastification des pièces de marché.


    Un seul expert et en plus non agréé


    Outre le fait qu'il existe un seul expert reconnu sur la place pour expertiser les pièces d'or, ce dernier n'est même pas agréé officiellement par la Bourse. Ce qui peut même remettre en question, sur le plan juridique, son expertise. Pourtant, ce n'était pas le cas avant la privatisation de la Société de Bourse. Cet expert était à l'époque reconnu par les autorités et rémunéré en partie par la Bourse et par le GPBM. Mais la réforme l'a ignoré et ce, même si elle reconnaît implicitement l'existence du marché des pièces d'or, puisque des pièces sont cotées et négociées quotidiennement.
    Dès lors, se pose le problème du règlement de cet expert par ses clients. En effet, ne disposant pas d'agrément, il ne peut délivrer aucune facture et, partant de ce principe, ses clients se prêtent à des acrobaties comptables pour justifier sa rémunération sur le plan comptable.
    Pour remédier à ce problème, l'expert en question, M. Abdennaji Eddahar, compte bientôt déposer une demande d'agrément.
    Agé de 55 ans, M. Abdennaji Eddahar dispose d'une expérience de 34 ans dans le domaine bancaire où il exerce toujours au sein du Département Financier des Titres et Bourse.
    Il a également été président de la Commission des valeurs mobilières au GPBM pendant trois ans avant la privatisation de la Bourse. Il a commencé à expertiser les pièces d'or depuis une trentaine d'années après avoir appris les règles du métier auprès d'experts européens qui vivaient au Maroc.

    Rafik IKRAM

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