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    Economie

    La voiture économique risque d'avorter

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Rien n'est encore arrêté, mais plusieurs simulations sont à l'étude, explique M. Driss Jettou, ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, concernant le taux de douane: 12,5%, 17,5%, 25% ou 35% (taux actuel). Selon le ministre, "il ne s'agit pas de renoncer au projet de la "voiture économique" dans lequel je me suis moi-même impliqué(1) , mais "d'assainir le marché de l'automobile en favorisant le neuf par rapport à l'occasion".

    Des mesures devraient accompagner cette éventuelle baisse des droits de douane. Il s'agit d'une révision des taux d'abattement de manière à décourager l'importation de véhicules âgés et de l'institution d'un prix plancher, expliquent le ministre du Commerce et son homologue des Finances.

    Néanmoins, les membres de la Commission Technique affirment que des simulations ont déjà été réalisées: "elles ont démontré qu'à partir d'un taux de droit de douane de 25%, le projet de la "voiture économique" n'est plus viable".

    Par ailleurs, il a été convenu avec le constructeur que le niveau de protection sera maintenu par des mesures compensatoires si les taux de douane étaient appelés à être modifiés. Aujourd'hui, il est question d'abaissement de droits de douane mais d'aucune mesure compensatoire, s'insurgent les promoteurs de la petite voiture.

    Fiat Auto se refuse à tout commentaire avant d'avoir reçu une proposition précise de taux de douane de la part du Ministère, se limitant à rappeler que "pour consolider les transferts de technologie et les joint-ventures avec des équipementiers européens, il serait bon que le projet de la voiture économique puisse évoluer dans la continuité d'un environnement économique stable pendant les 8 ans prévus par la Convention avec l'Etat marocain".

    Langage diplomatique qui n'est pas fait pour rassurer les promoteurs marocains de la petite voiture.

    Par ailleurs, selon le Ministre du Commerce et de l'Industrie, "il n'est pas question d'imposer à tous les Marocains un seul modèle, celui de la voiture économique". Toutefois, selon la profession, le projet n'impose en aucun cas un modèle unique, "puisque les autres modèles de la marque Fiat ou des autres marques pourront être toujours montés à la Somaca selon les dispositions en vigueur ou être importés comme cela se pratique aujourd'hui". Un professionnel précise que, déjà, quasiment l'ensemble des marques étrangères sont représentées localement avec un taux de droits de douane de 35%,"que demande en plus l'administration", dit-il.

    Avec un taux de droits de douane inférieur à 35%, les professionnels de l'automobile craignent que 1'occasion importée soit favorisée.

    Ils rappellent que l'Administration des Douanes, pour des objectifs de recettes, a modifié dernièrement les valeurs taxables même s'il était du ressort du Ministère du Commerce et de l'Industrie d'effectuer les actualisations de la cote.

    Pôle industriel remis en cause

    De plus, "la circulaire instituant le taux maximum d'abattement à 60% n'a pu être appliquée que pendant quelques mois", ajoutent-ils. Ils considèrent, par ailleurs, que "le prix plancher ne peut être qu'une mesure provisoire", d'ailleurs condamnée par le GATT.

    Ces derniers estiment que la demande initiale du segment C, à savoir celui de la voiture économique, sera transféré, avec la baisse des droits de douane, vers les segments supérieurs mais d'occasion, alors que l'esprit du projet de la "voiture économique" consiste à déplacer la demande des voitures d'occasion vers une voiture neuve produite localement à un prix abordable.

    Le projet, comme affirmé à plusieurs reprises par les cadres du Ministère du Commerce et de l'Industrie en charge du dossier, est avant tout industriel. Il s'agit, par l'effet de volume, de développer l'intégration locale. Le cahier des charges prévoit que le taux d'intégration atteindra 50% dans un délai de 36 mois après le démarrage du projet.

    Ce taux d'intégration ne peut être effectivement atteint que si les séries sont longues, sinon il y aurait renchérissement du prix des pièces et partant de la voiture elle-même. C'est ce volume qui est aujourd'hui menacé.

    Pour les membres de l'AMICA, qui font également partie de la Commission technique en charge du dossier, "on ne peut pas demander le beurre et l'argent du beurre: développer un pôle industriel automobile et encourager en même temps l'importation de véhicules".

    Baisse des droits de douane: Le flou

    Les membres de la profession se disent "abasourdis par la nouvelle". Selon eux, cette annonce de révision des droits de douane "met en cause la crédibilité du pays vis-à-vis des investisseurs étrangers". Ils relèvent un retour en arrière de la part de l'Etat après les missions d'affaires chez différents constructeurs asiatiques (février 1994) et européens (mars 1994) pour vendre le projet, après le lancement d'un appel d'offres international et le choix de Fiat comme adjudicataire du marché, et enfin après la négociation des modalités de la concrétisation du projet.

    Ils ne saisissent pas l'objet de la révision des droits de douane: "C'est écrit noir sur blanc au niveau de l'appel d'offres que l'environnement ne sera pas modifié", précise un des membres de la profession.

    L'AMICA s'interroge sur la portée de la révision des droits de douane. Elle affirme "ne pas en comprendre la logique". La baisse éventuelle des droits de douane a-t-elle des objectifs de rentrée de recettes? Si oui, "il faudrait que les Marocains importent 300.000 véhicules d'occasion et 7.500 véhicules built-up par an pour obtenir les mêmes recettes en 1995 avec un taux de 12,5%", calculent-ils. "Nous ne pensons pas que le marché puisse assimiler un aussi grand nombre de véhicules. Les infrastructures du pays sont déjà saturées", continuent-ils sur le même raisonnement.

    Autre interrogation soulevée par ces derniers: "Quel serait l'objectif de faire échouer le projet de la voiture économique à un moment où les parts du Trésor dans la Sormaca devront être cédées?".

    Laïla TRIKI

    (1) Notons que le projet de la "voiture économique" avait reçu l'aval d'un Conseil de Gouvernement réuni en août 1993 sous la présidence de l'ex-Premier ministre, M. Karim-Lamrani (Cf L'Economiste du 23 décembre 1993). Au cours de ce Conseil, il était question d'éliminer l'importation des voitures d'occasion en proposant une voiture à un prix accessible.

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