×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

La véritable armée de l’Iran
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2762 Le 23/04/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)Jeudi dernier, 17 avril, l’Iran a fêté son armée en présence du président Mahmoud Ahmadinejad. Conviés, les attachés militaires occidentaux se sont abstenus de paraître. Cela valait mieux: un des missiles présentés portait sur ses flancs un «mort à Israël», fort peu diplomatique.Quelque deux cents avions et hélicoptères ont survolé Téhéran au moment où défilaient les forces terrestres. Des avions de combat F5, acquis aux Etats-Unis il y a plus de trente ans, des MIG 29 soviétiques, plus récents, étaient de la revue, tout comme plusieurs chasseurs Saegheh, de fabrication nationale, une adaptation du F5. Les spectateurs ont été frappés par le nouveau missile à moyenne portée (1.800 km), Ghadr-1, capable d’atteindre la totalité des bases américaines au Moyen-Orient et, bien entendu, le territoire israélien. Le programme balistique de Téhéran en préoccupe plus d’un. Les Etats-Unis, Israël, les pays arabes du Golfe, d’autres encore, redoutent le jour où un missile iranien pourra être doté d’une tête nucléaire. Le président Ahmadinejad a même déclaré que «la région et le monde devaient se préparer à de grandes évolutions, notamment la disparition des puissances sataniques». Vaste programme! Pourtant, les attachés de défense auraient tort de regretter de n’avoir pas été là. L’essentiel de la puissance des mollahs n’était pas visible le 17 avril. La véritable force de l’Iran ne réside pas dans ces restes repeints d’une armée conventionnelle démodée, non plus que dans des missiles, certes inquiétants mais imprécis et peu fiables. Dans un Iran très vaste où s’entremêlent plusieurs minorités dispersées aux confins montagneux du pays, l’armée a surtout pour tâche d’aider à garder le peuple sous contrôle. La puissance perse est ailleurs. Les véritables capacités offensives de l’Iran résident dans les forces par procuration que le pays a entrepris de se ménager depuis qu’il y a cinq ans l’Amérique a envahi l’Irak.. «Les bataillons du Hezbollah en Irak»(1)La chute de Saddam Hussein a amené le pouvoir iranien à se constituer, dans les pays du Moyen-Orient, voire au-delà, une sorte de «cinquième colonne». Dûment recrutés, des éléments chiites mais aussi parfois sunnites, ont reçu mission de miner les régimes arabes traditionnellement hostiles à l’influence perse. Si le Liban et l’Irak demeurent les incontestables points forts de son implantation politique, l’Iran étend aussi sa toile à plusieurs autres pays musulmans à forte minorité (ou même majorité) chiite: Bahreïn (chiite à 75%), Koweït (30%), Arabie saoudite (15%), Afghanistan (19%), Qatar (16%). Certes, l’entreprise se heurte à une vraie résistance de la part des Etats concernés, très conscients depuis des siècles de l’existence d’une menace iranienne. Il n’empêche! Téhéran pousse actuellement ses feux pour enrôler sous sa bannière des populations chiites, peu soucieuses, au demeurant, de déplaire aux autorités de leurs pays de résidence.En Irak, où il lui faut asseoir une influence sans cesse compromise par les divisions profondes de la communauté chiite, Téhéran a créé et finance «les bataillons du Hezbollah en Irak». Cette nouvelle formation est constituée, entre autres, d’éléments venus de l’ «Armée du Mahdi» d’un Moktada al-Sadr tellement affaibli qu’il en appelle à l’insurrection contre le gouvernement chiite de Bagdad. Les miliciens, qui doivent cacher leur appartenance militante sous l’apparence d’une activité professionnelle normale, reçoivent une formation militaire dispensée par des instructeurs issus du Hezbollah libanais. L’Iran se réserverait la possibilité d’employer ces hommes pour attaquer les Américains en Irak au cas où ses relations avec les Etats-Unis tendraient à franchement s’envenimer.Au Koweït, l’Iran aurait entrepris de créer une branche locale du Hezbollah en collaboration avec des chiites libanais. Il y a quinze jours, plusieurs dizaines de chiites, originaires du Koweït, auraient été dirigés sur un camp d’entraînement, situé dans le nord de la plaine de la Bekaa (Liban), pour y parfaire leur instruction tactique. Un projet semblable serait en cours d’exécution dans les territoires palestiniens où un responsable du Hezbollah libanais, Hajj Ibrahim Akil, aurait reçu mandat de créer, au sein des brigades des Martyrs d’al-Aqsa, une branche palestinienne du Hezbollah, sunnite celle-ci. De cette manière, Téhéran pourrait affronter sinon directement, du moins sous son contrôle, et en tout cas sans grand risque, les Forces de Défense d’Israël. Le Hezbollah libanais a également organisé une active contrebande d’héroïne en direction de l’Etat hébreu, pour affaiblir son adversaire mais, surtout, pour financer la création d’un Hezbollah palestinien.Le problème est d’évaluer la valeur de ces informations. Sans doute le Hezbollah peut-il être soupçonné d’en rajouter. Il est également permis de se demander si l’Iran est capable de conduire simultanément les multiples actions évoquées plus haut, en même temps que des négociations avec Washington, l’édification d’une force de frappe nucléaire, le désir de pousser à une nouvelle confrontation entre Israël et le Hezbollah… A force de multiplier les provocations, l’Iran veut-il pousser les Etats-Unis à bombarder son territoire? C’est peu probable! En revanche, que règne un certain désordre dans les hautes sphères de la Perse contemporaine est loin d’être inimaginable. Peut-être, après tout, certains groupes, tels les puissants Pasdarans (voir encadré), ont-ils entrepris de mener leur propre politique, y compris celle du pire!


Les Pasdarans, presque un Etat dans l’Etat

Les Pasdarans ou Gardiens de la Révolution sont la première force militaire existant en Iran. Leurs effectifs sont estimés à plus de cent mille hommes, mieux armés, équipés et entraînés que l’armée régulière. Créés en 1979 par le fondateur de la Révolution islamique, l’ayatollah Khomeiny, leur mission première est la défense de la Révolution. La décision américaine, prise en août 2006, d’inclure les Pasdarans dans la catégorie des organisations terroristes, visait le soutien apporté par les Gardiens de la Révolution aux insurgés irakiens, aux Talibans en Afghanistan, au Hamas et au Djihad islamique contre Israël.Au-delà de leurs activités militantes et terroristes, les Pasdarans jouent également un rôle dans l’élaboration et le suivi des programmes nucléaires et balistiques iraniens. Ils gèrent aussi d’importants intérêts économiques, après avoir été chargés de participer à la reconstruction du pays qui a suivi la guerre contre l’Irak (1980-1989). Présents initialement dans l’industrie d’armement, les Gardiens de la Révolution ont diversifié leurs activités, avant de se voir attribuer des contrats substantiels sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. En juin 2006, ils ont obtenu le contrat de développement pour deux phases de l’immense champ gazier de Pars-Sud, d’un montant évalué à deux milliards de dollars.Ces derniers jours, les Pasdarans ont harcelé, sans autre conséquence que des tirs de semonce américains, des bâtiments de l’US Navy. Ils avaient enlevé l’année dernière une douzaine de marins britanniques en train de patrouiller dans les eaux du Golfe, à proximité des côtes iraniennes.----------------------------------------------------(1) Ou «Kata’eb Hezbollah fil Iraq».

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc