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    La suisse, Etat multiethnique : Le consensus remplace la dictature de la majorité

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Les pays qui ont aujourd'hui des problèmes de souveraineté et de territoire pourraient se pencher sérieusement sur le modèle suisse d'Etat pluri-ethnique.


    Le Kosovo appartient-il à la Serbie ou constitue-t-il un Etat propre? Qui a le droit de régner sur Jérusalem? Les Hongrois de Roumanie dépendent-ils de la Roumanie ou de la Hongrie? Quels droits faut-il attribuer aux 25 millions de Russes résidant en dehors du territoire de la Fédération?
    Il faudra trouver demain des solutions pour permettre à un grand nombre de peuples de vivre ensemble, politiquement et démocratiquement - que ce soit dans un cadre étroit ou au niveau international, comme c'est le cas de la communauté européenne. L'Etat national homogène, avec son citoyen libre et atomisé, et son système majoritaire ne peut plus répondre à ces exigences. Il est donc indispensable de trouver des procédures et des principes de légitimation capables de concilier la diversité et l'unité.
    Peut-être l'expérience vécue par les petites communautés suisses au cours des dernières décennies pourra-t-elle inspirer de telles solutions.
    Par sa géographie, la Suisse est située aux portes de trois grands territoires linguistiques : l'allemand, le français et l'italien. Au cours des deux siècles derniers, ces territoires linguistiques se sont transformés en Etats nationaux plus ou moins homogènes, modernes et libéraux. A la jonction de ces territoires, les communautés des contreforts des Alpes ont fait exception : elles se sont rassemblées en un Etat fédéral démocratique.

    Les principes de cet Etat fier de sa diversité, facilitent l'intégration de diverses religions et langues. Les habitants du canton suisse des Grisons, à la frontière italienne, vivent dans des vallées où l'on parle italien. Mais, au même titre que les Suisses francophones, ils sont Suisses avant tout, même s'ils font partie de la sphère culturelle du peuple voisin. Pour pouvoir vivre ensemble dans un même Etat, il importe donc d'intégrer les membres des différentes religions et cultures, de telle façon que chacun puisse regarder cet Etat comme étant le sien.
    Deux principes essentiels permettent l'unité : la démocratie directe via le referendum d'initiative populaire ; et la diversité culturelle.
    La Suisse ne fonctionne pas sur des décisions démocratiques majoritaires. Au contraire, chaque canton ou commune jouit d'une large autonomie, la plus petite unité collective participant à tous les niveaux de la construction de l'Etat et de l'élaboration de la constitution. Par ailleurs, la démocratie directe oblige les politiciens à rechercher l'équilibre et le compromis. Dans un tel système, les perdants acceptent plus facilement une décision négative, puisque le même sujet peut, ultérieurement, être à nouveau soumis au vote. Aussi la démocratie directe est-elle un processus continu qui ne mène jamais à des décisions irréversibles.

    "Lorsque notre commune a l'intention de construire une nouvelle école, elle n'a besoin d'en demander l'autorisation ni à la capitale du canton ni à la capitale du pays. Elle peut en décider elle-même", explique un politicien. Il en va de même pour des décisions autrement plus fondamentales.
    Exemple, la procédure développée par le canton de Berne à l'occasion de la création du canton voisin du Jura : après s'être prononcées sur le droit à l'autodétermination, toutes les communes concernées ont pu participer à la définition des frontières du nouveau canton et décider si elles souhaitaient ou non y être rattachées.
    Ce n'est pas la moindre des étrangetés de la nation suisse : pour en acquérir la nationalité, il faut d'abord être accepté par la commune, puis devenir citoyen du canton.
    La nation suisse n'est donc pas composée de citoyens, mais de communautés citoyennes autonomes et démocratiques. Une autre interprétation de la démocratie.

    Thomas Fleiner, Switzerland

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