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La soif de pétrole de l’Amérique va-t-elle continuer longtemps?
Par Joseph S. Nye, enseignant à Harvard

Par L'Economiste | Edition N°:2136 Le 24/10/2005 | Partager

Joseph S. Nye enseigne à Harvard. Il est l’auteur de «Soft Power: The Means of Success in World Politics» LES Etats-Unis consomment un quart du pétrole mondial, la Chine 8%. Malgré la croissance chinoise prévue pour les prochaines années, le monde ne va pas manquer de pétrole à court terme. Les réserves se montent à plus d’un billion de barils, et on en trouvera sans doute encore davantage. Mais les deux tiers de ces réserves, dont l’existence est avérée, se trouvent dans le golfe Persique et sont donc soumis à de possibles perturbations. Dans le passé, l’augmentation des prix a eu de grandes répercussions sur la consommation de pétrole des Etats-Unis. Depuis les pics tarifaires des années 70, la consommation américaine de pétrole par dollar de PIB a diminué de moitié, ce qui reflète aussi le déplacement général des productions industrielles vers des secteurs moins intensifs en termes d’énergie. Après tout, il faut beaucoup moins d’énergie pour créer un logiciel que pour produire une tonne d’acier. . Une nouveauté, les «geo-green»Au début des années 80, les coûts d’énergie représentaient 14% de l’économie américaine. Aujourd’hui ils sont descendus à 7%. Corrigé de l’inflation, le prix du pétrole devrait atteindre 80 dollars par baril (ou 3,12 dollars par gallon d’essence) pour atteindre le niveau enregistré en mars 1981. Selon le gouvernement américain, si l’offre n’est pas perturbée et que l’économie américaine connaît une croissance annuelle de 3%, le prix du baril va descendre à 25 dollars (en dollars de 2003) en 2010 puis remonter à 30 dollars en 2025. L’intensité énergétique de l’économie continuera de décliner à un taux annuel de 1,6%, alors que les gains d’efficacité et les changements structurels compenseront une partie de l’augmentation générale de la demande. Cependant, la dépendance par rapport au pétrole connaîtra une croissance annuelle de 1,5%, passant de 20 millions de barils par jour en 2003 à 27,9 millions en 2025. Le système politique américain peine à trouver un compromis sur une politique énergétique cohérente. Mais au cours de la décennie à venir, celle-ci pourrait bien se mettre à évoluer. Certains observateurs ont détecté une nouvelle coalition “geo-green” de faucons partisans d’une politique étrangère conservatrice que la dépendance américaine au pétrole du golfe Persique angoisse, et d’environnementalistes libéraux. Pour ces faucons, le vrai problème n’est pas l’absence de réserves de pétrole, mais le fait que ces réserves soient concentrées dans une zone délicate. La solution consiste à mettre un frein à la soif de pétrole de l’Amérique plutôt qu’à augmenter ses importations. Les Verts avancent que même si les stocks de pétrole sont abondants, la capacité de l’environnement à supporter les taux actuels de consommation est limitée. Parmi les scénarios envisagés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les prévisions moyennes estiment que les concentrations de CO2 atmosphérique atteindront pratiquement trois fois leur niveau préindustriel en 2100. Alors que l’administration Bush reste sceptique quant au fondement scientifique de ces prévisions, certains gouvernements locaux ou d’Etats mettent en œuvre des mesures visant à réduire les émissions de CO2. Plus important encore, des entreprises comme General Electric se fixent des objectifs écologiques qui vont bien au-delà des réglementations gouvernementales. . De gros changements d’infrastructuresUn récent rapport par la Commission bipartite nationale sur la politique énergétique sert d’exemple à la nouvelle coalition. Alors que le président Bush explique que les avancées technologiques dans le domaine des combustibles à hydrogène et des piles à combustible vont, à long terme, faire diminuer les importations de pétrole, de telles mesures requièrent des changements importants en termes d’infrastructures de transports, dont la mise en place demandera des décennies. La commission suggère, elle, des politiques qui pourraient être mises en œuvre plus tôt. Par exemple, lors d’une récente déclaration devant le Congrès, James Woolsey, membre de cette commission et ancien directeur de la CIA, a préconisé l’utilisation de véhicules hybrides essence/électriques qui pourraient recharger leurs batteries pendant la nuit avec l’électricité peu onéreuse fournie hors des pics de consommation; du méthanol qui servirait de combustible, fait à partir de cellulose; et une augmentation de 10 miles (16 km) par gallon (3,78 l) de l’efficacité des carburants. Selon lui, grâce à ce programme la consommation d’essence devrait diminuer de façon significative en quelques années plutôt qu’en décennies. Cela éviterait aussi la nécessité d’une augmentation conséquente des taxes sur l’essence ou le carbone, largement acceptées en Europe ou au Japon, mais qui restent le baiser de la mort aux yeux des hommes politiques américains. . Qui pilote vraiment les changements?Mais les politiques gouvernementales américaines ne modifieront sans doute pas la consommation énergétique des Américains de façon significative au cours des quelques années à venir. Même si une nouvelle administration mettait en œuvre des mesures différentes après le départ de Bush en 2008, il resterait néanmoins un décalage entre ces mesures et leurs effets sur la consommation réelle. Au cours des prochaines années, les forces du marché influenceront sans doute davantage les schémas de consommation que les politiques gouvernementales. Mais sur dix ans, l’association du marché et de ces mesures pourrait bien faire une énorme différence. Par exemple, entre 1978 et 1987, les réglementations gouvernementales ont débouché sur une amélioration de 40% de l’efficacité des carburants des nouvelles voitures de fabrication américaine.Dans un monde sans surprises, l’administration Bush aurait sans doute raison d’avancer que la soif de pétrole des Etats-Unis connaîtra une croissance annuelle de 1,5% au cours des vingt prochaines années. Mais des troubles politiques dans le golfe Persique ou une nouvelle attaque terroriste aux Etats-Unis feraient flamber les prix du pétrole, et le climat politique américain pourrait aussi changer rapidement. La probabilité d’une telle éventualité n’est pas à négliger. L’indépendance énergétique est sans doute impossible à atteindre par un pays qui consomme un quart du pétrole mondial mais ne dispose que de 3% de ses réserves. Et pourtant, un fort déclin de la soif de pétrole américaine n’est pas hors de question à long terme.


Sorros, Project Syndicate et L’Economiste

L'Economiste vient de s’associer à une opération de diffusion des idées, organisée par Project Syndicate. PS est une création du financier Georges Sorros, qui met ses moyens au service du développement des idées et de la liberté. Donc grâce à cette association, les lecteurs de L’Economiste pourront avoir accès aussi régulièrement que possible à des textes, des prises de position ou des analyses, qui ne sont pas aisément accessibles. De Sorros, chacun connaît la puissance financière, laquelle sent parfois le soufre. On connaît moins son implication personnelle dans des actions de développement, spécialement auprès des pays qui ont eu à sortir du système communiste. Sa philosophie est que les citoyens accélèreront eux-mêmes la transition vers la démocratie et la croissance économique. Copyright: Project Syndicate, 2005www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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