×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique

    La Russie de Poutine: Reconstruire la puissance

    Par L'Economiste | Edition N°:2356 Le 07/09/2006 | Partager

    . Politiquement incorrect mais efficace. Après une déliquescence à peine imaginable. Les délices de la rente pétrolièreQuand, en 1989, les Berlinois détruisent leur Mur, il déjà est évident que la perestroïka ne va pas marcher: au lieu de réformer, elle a détruit l’appareil soviétique. Dans ce pays, bureaucratisé au point d’avoir des passeports intérieurs et d’avoir encore aujourd’hui un incroyable système de visas pour les touristes étrangers, apparaissent alors les plus folles idées de politique économique. On privatise, mais pas avec des étrangers, dit la doctrine du moment. Seuls des apparatchiks et les mafieux ont un peu d’argent pour racheter, donc l’Etat leur brade tout ce qu’il possède, avec la bénédiction du FMI, qui pourtant ne pouvait pas ne pas savoir ce qui se passait réellement. Le Fonds (doit-on dire les Etats-Unis?) ont soutenu dix folles années de dépeçage de cette ex-super puissance, sous la conduite d’Eltsine. L’histoire en retient pour l’instant l’image d’un démocrate ivrogne. Un jour peut-être le classera-t-elle parmi les pires des corrompus… et ivrognes, en recherchant comment une personnalité de cette étoffe a pu faire son chemin dans le communisme puis dans le libéralisme à la russe. La déliquescence russe est à peine imaginable: territoire dépecé, hydrocarbures dilapidés, milices privées... On trouvera dans les numéros de L’Economiste des années 1990, sous couvert d’un programme d’aide de l’Union européenne aux PME, des annonces offrant du matériel militaire russe, type masques à gaz, et quelques objets plus ou moins sensibles, «à peine usagés». Quand Poutine succède à Eltsine, sur la base d’une révolution de palais pas vraiment démocratique, partout les analystes prédisent la fin du libéralisme politique et économique, et l’arrivée d’un Etat policier. Son premier travail, rétablir la discipline et le paiement des soldes au sein des corps de sécurité et stopper le dépeçage du territoire. Beslan, la Tchétchénie, la prise d’otages de Moscou… tout le monde comprend que Poutine se moque du politiquement correct. Ensuite vient le tour des oligarques qui s’étaient comme Ioukos, taillé des empires d’envergure mondiale dans les richesses naturelles russes. Et qui, comme lui, refusaient de payer les impôts correspondants. Dix-huit mois de batailles judicaires plus tard, Moscou a en main toutes les cartes énergétiques. Ce qui déplait souverainement Washington et Londres. Celles-ci, par presse de leurs pays interposée, ont tenté, sans succès, d’enlever à la Russie l’organisation du Congrès mondial des journaux. Dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a pas de guerre si petite qu’elle ne mérite d’être menée!La Russie goûte les délices des facilités financières que donne la rente pétrolière: on repeint, on réhabilite… Saint Pétersbourg est si apprêtée qu’on dirait un gâteau en sucres colorés. A Moscou, les «derb» deviennent des résidences chic les uns après les autres... Quant aux médias, bien sincèrement, ils ne sont pas de la qualité de ceux du Maroc: dix ans d’oligarchie après 70 ans de communisme, ce n’est pas fait pour tremper une bonne presse. Et il reste aujourd’hui une multitude de règlements régionaux et nationaux qui empêchent que les journaux deviennent de vraies grandes entreprises. Une anecdote entre mille: c’est la directrice de cabinet de la gouverneure de Saint Pétersbourg -poste électif, qui la prépare peut-être à succéder à Poutine - qui est l’unique concessionnaire privée de la vente du papier-journal dans la région… C’était déjà ainsi du temps des tsars ; on ne se refait pas…


    Des yeux glacés et un si gentil sourire…

    Il a le regard glacial, peut-être à cause de ses yeux un peu trop bleus, ou à cause de sa carrière dans la police. Mais il a un charmant sourire, presque celui d’un adolescent sage et gentil, qui le ferait croire timide. Erreur, Vladimir Poutine, en visite officielle au Maroc depuis hier soir, est peut-être timide dans le privé, mais en politique, il ne craint rien ni personne. Pas même des Américains et de leurs amis britanniques, ce qui n’est pas sans risque par les temps qui courent: on peut se faire bombarder, occuper ou être boycotté pour bien peu.Pas même de faire attendre une heure et demie, plus 2.000 patrons et rédacteurs en chef de la presse mondiale, sans compter les membres de son gouvernement et les diplomates accrédités à Moscou. Faire attendre le Congrès mondial des journaux, dont le président, O’Reilly, est reçu partout comme s’il était un chef d’Etat? De quoi se faire incendier tout autour de la planète! Le président russe n’en a cure, au contraire. L’occasion est bonne (sans doute bien amenée, comme un mat aux échecs?). Il fonce.Le message de Poutine est on ne peut plus clair: «je suis le maître chez moi, j’ai bien l’intention de refaire de la Russie une grande puissance, et si cela gène certains des intérêts de vos pays respectifs, tant pis pour vous». C’est d’ailleurs ce qu’il dit, presque mot pour mot, dans son discours, avec son gentil sourire et son regard glacial, dans le grand amphithéâtre des congrès au cœur du Kremlin. Les mosaïques célébrant la splendeur de l’Union des Républiques socialistes soviétiques sont toujours là, bien entretenues, ornant l’amphi géant. Il ne manque que les républiques socialistes soviétiques. Et pourtant, pour accueillir, canaliser, faire se déplacer, faire asseoir entre 2 et 3.000 personnes en moins d’une heure, il faut avoir gardé intact le génie de l’organisation des foules qu’avaient les Soviétiques. Et après, il faudra les faire déjeuner puis les ramener, sans en perdre, à leur propre congrès professionnel. Génial! Pour la communication, par contre, ce n’est pas génial. En effet, ne voilà-t-il pas qu’au milieu des auditeurs, juste quand Poutine entame son discours, trois ou quatre énergumènes se dressent, hurlent des slogans, jettent des tracts… Qui parmi les 2 à 3.000 auditeurs a cru qu’ils étaient de vrais manifestants, avec de vraies revendications? Pas grand monde sans doute: l’organisation est trop bien faite pour que des clandestins aient pu s’y glisser. Du «pipeau» donc, pour faire comme les pays démocratiques.Ce 5 juin 2006 (www.leconomiste.com), il y avait au-dessus du Kremlin, un dieu facétieux, bien décidé à offrir un raccourci humoristique de la politique russe sous Poutine.Nadia SALAH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc