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La reprise de l'agitation sociale

Par L'Economiste | Edition N°:219 Le 29/02/1996 | Partager

Un mouvement de grève a été déclenché par solidarité. Le renvoi de l'ensemble du bureau syndical de l'UMT, soit 12 personnes, a été décidé par la direction de l'entreprise, puis celui de 40 ouvriers. L'UMT monte au créneau et veut en faire une grande bataille et "l'affaire suscite des passions dans la centrale", affirme l'un de ses cadres. Au-delà des droits syndicaux, la centrale syndicale ne peut pas laisser créer un précédent de licenciement de tout un bureau syndical, et surtout dans une entreprise de M. Karim Lamrani. Aussi est-il mis personnellement en cause. La centrale, qui a pour habitude de peser ses mots, n'a jamais été aussi agressive dans un communiqué envers un responsable depuis une attaque contre M. Abdellatif Jouahri, du temps où il présidait le GPBM. Pour la Somadir, l'UMT s'interroge "au nom de quoi la famille Karim Lamrani serait-elle au-dessus de la loi", expression chère ces derniers temps à M. Amalou pour d'autres affaires.
Elle parle "d'impunité scandaleuse", "d'incivisme", d'un "problème d'ordre public que posent à l'ensemble du pays des privilégiés prédateurs de l'économie nationale et sans souci de l'autorité de la loi et de la cohésion sociale".

Une grève à la même Somadir en 1994 avait abouti à l'intervention des forces de l'ordre. A Youssoufia, 64 militants UMT de l'OCP avaient été emprisonnés et licenciés, sous le motif de sabotage, et M. Lamrani s'était opposé à leur réintégration malgré des décisions de justice, affirme l'UMT. Pour l'affaire actuelle, la direction de la Somadir, sollicitée à plusieurs reprises, s'enferme dans le mutisme et se refuse à une quelconque explication. Elle semble déterminée au rapport de forces et transforme la grève qu'elle subit en lock-out, en fermeture pour punir le personnel récalcitrant, même si les 120 ouvriers de l'usine d'El Jadida ont arrêté le travail, en solidarité avec les 300 de Casablanca.
Pourtant, les deux usines sont connues pour être des installations ultra-modernes et automatisées et des arrêts peuvent causer des préjudices aux équipements. C'est tout le problème de la grève, droit constitutionnel, non défini par la loi qui se pose. Quoi qu'il en soit, l'arrêt de cette usine rappelle à nouveau la nécessité d'un code du travail. Réclamé par le patronat et les syndicats, le projet a dormi dans les tiroirs des Ministères, avant que la nième version ne stagne au niveau du Parlement.
Pour l'heure, les modalités de la grève (droit constitutionnel) ne sont pas définies, alors que le maintien de l'activité est obligatoire. Toute réduction d'effectif ou de fermeture (même pour congé annuel) est soumise à l'autorisation du gouverneur. Sur un plan plus global, l'UMT ne peut se cantonner dans un profil bas. Tout conflit est pour la centrale syndicale l'occasion de montrer son poids, indépendamment des tractations politiques qui rythment les actions des autres syndicats, CDT ou UGTM, rattachés respectivement à l'USFP et l'Istiqlal.
La centrale a par ailleurs déclenché une autre grève, à l'OFPPT, réputé pour être un de ses fiefs avec l'ONE et la CNSS.

Là, c'est un arrêt au lendemain de l'Aïd, vendredi 23, à Mohammadia et Casablanca. C'est une nouvelle organisation d'horaires pour les formateurs qui a déclenché le mouvement. Sur cela se sont greffées des revendications sur le statut, qui relève du niveau gouvernemental. La direction s'est dite "surprise" par une grève lancée avant les négociations qui ne démarrent que ce jeudi. L'OFPPT, malgré son sigle compliqué, n'en est pas moins aussi un nud sensible. Il regroupe 5.600 employés, répartis à travers le territoire et 50.000 élèves appelés "stagiaires", en proie à des perspectives d'emploi limitées.
L'Office est, avec la CNSS, une des expériences de gestion tripartite Etat-syndicat-patronat; l'UMT siège au conseil d'administration et les autres syndicats, CDT et UGTM, aimeraient bien y entrer à travers leur représentativité parlementaire.
Par ailleurs, l'Office a tenté des expériences innovantes, s'est branché sur les associations professionnelles (FIMME, AMITH) pour créer des instituts et placer les lauréats, alors que l'Education Nationale et l'Université peinent à trouver des ouvertures sur le marché du travail. L'Office a pourtant ses détracteurs, surtout chez le patronat qui lui verse 1,6% de la masse salariale. Cette contribution, destinée à l'origine à la formation continue du personnel des entreprises, se retrouve dans une formation de base en principe à la charge du Budget de l'Etat.
Le personnel de l'OFPPT a certainement aussi voulu emboîter le pas aux enseignants du supérieur. Ceux-ci avaient observé des arrêts de travail de 2 jours en janvier et 3 jours en février. Motif invoqué: le calendrier des réformes convenu il y a un an. En fait, il pose aussi tout le problème de leur rémunération, revue il y a déjà dix ans, et qui conduit à leur "paupérisation". Le SNE-Sup, qui regroupe les enseignants proches de l'opposition, mais surtout USFP, joue sur un terrain sensible par nature, même si l'agitation des universités vient désormais des Islamistes.

M. Driss Khalil, ministre de l'Enseignement Supérieur, veut calmer le jeu. Il explique: "Compte tenu de la réforme et des défis auxquels elle doit faire face, il me semble qu'il ne devrait pas y avoir de place à une logique de confrontation. Au contraire, du fait que les objectifs sont partagés par tous, c'est un esprit d'engagement positif qui doit prévaloir dans le milieu universitaire. Ceci n'exclut pas la critique constructive dans le cadre d'un débat responsable.
Concernant les questions actuelles du statut des enseignants-chercheurs et l'organisation des études doctorales, les textes sont l'objet, en ce moment même, d'examen diligent par le secrétaire général du gouvernement et les ministères des Finances et des Affaires administratives. Les réunions pour leur aboutissement sont continues sur instruction du Premier ministre.
Pour tout dire, il s'agit de rendre à l'université sa véritable dimension de service public, à l'enseignant-chercheur ses lettres de noblesse et à l'étudiant la passion d'apprendre et les raisons d'espérer".
Reste encore un autre secteur sensible, puisqu'il irrigue tous les autres: les banques. L'ABM Bank et l'Arab Bank ont relancé l'agitation dès le Ramadan pour des problèmes particuliers. Pour la première, l'USIB-UMT s'est retrouvée dans une bataille pour le maintien des effectifs et des activités, qui a été mêlée à celle de M. Maach pour conserver la direction de la banque. Un accord a été signé le 27 février pour le maintien des agences, du personnel et pour des augmentations en mars 1996. La nouvelle direction du personnel distribuera une "prime d'augmentation du capital" à hauteur de 50% du salaire et une prime d'intéressement du personnel au lieu de la participation au capital.
Sur un plan général, le GPBM et l'USIB se rencontrent vendredi 1er mars. En cas de désaccord sur les revendications, "une décision" sera prise par une assemblée générale.

Khalid BELYAZID

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