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    La relecture de Von Hayek: : L'économiste estuniversellementreconnu le philosophe- sociologue mérite le détour

    Par L'Economiste | Edition N°:5 Le 28/11/1991 | Partager


    Si sur le plan économique, le libéralisme "pur"prêché par Hayek, a démontré son efficacité, son "libéralisme politique" doit encore convaincre. Les exemples cependant sont là pour lui donner raison.
    Seul le Japon est aujourd'hui capable de rivaliser avec les USA. Il ne lui manque plus que le pouvoir politique. Le Japon veut y accéder; les déclarations de son nouveau ministre des affaires étrangères indiquent qu'il désire développer son arsenal militaire, au delà de ce que lui permet sa constitution actuelle. Celle-ci devra donc être modifiée. Le Japon en a une toute faite, imaginée d'ailleurs par Hayek, dont les idées sur le plan économique ont fait du Japon la première puissance économique.

    Un grand philosophe


    Les étudiants en économie ont tous connu Hayek sur les bancs de l'Université, plus exactement, Von Hayek, l'économiste néo-libéral d'origine autrichienne. Peu de "potaches" ont oublié ces graphiques de micro-économie, qui posaient tant de difficultés(1) .
    Friedrich August Von Hayek est né en 1899 à Vienne. Emigré en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis, il a surtout tenté d'expliquer les crises cycliques de surproduction en privilégiant les facteurs bancaires dans l'explication de la récession.
    Ses principales oeuvres portent sur la théorie économique. Il s'est également intéressé aux questions constitutionnelles. On lui doit, notamment: "La théorie monétaire et le cycle des affaires; "La route de la servitude"; "Profit, intérêt et investissement"; "Etude de philosophie, de politique et d'économie" et "Droit, législation et liberté." Et c'est ce dernier qui nous retient aujourd'hui.
    Mais autant ses graphiques étaient compliqués, autant son ouvrage est agréable à lire. Divisé en trois tomes, ce livre brasse un ensemble de théories. Sa thèse principale est qu'une situation où tous les individus "ont la faculté d'employer leurs connaissances à la poursuite de leurs objectifs, bornés seulement par des règles de juste conduite applicables en toute circonstance, leur fournira probablement les conditions les plus favorables à la réalisation de leurs projets"(2) . Cela a une double signification, sur le plan économique et sur le plan institutionnel.

    La revanche de Hayek


    Sur le plan économique, Hayek ressuscite le libéralisme au moment même où on le croyait perdu à jamais. Il développe en effet une critique des politiques keynesiennes, dans lesquelles il voit la principale cause de la crise contemporaine. Selon lui, ces politiques provoqueraient l'abaissement des taux d'intérêt et faciliteraient alors le recours au crédit sans contrepartie sur le plan de l'épargne. Le taux de rendement est ainsi "artificiellement" gonflé et la crise surviendrait par surinvestissements. Pour sortir de la crise, Hayek récuse alors les politiques keynésiennes, budgétaires et sociales.
    Prix Nobel d'économie en 1974, Hayek a vécu les deux grandes crises du XXème Siècle. S'il a perdu la bataille de la première face à Keynes, il a pris sa revanche avec la crise contemporaine.
    Les deux grands théoriciens s'étaient en effet déjà "affrontés" autour de l'interprétation de la crise des années 1930. Tous les éléments étaient en ce moment réunis pour que Keynes l'emportât; le taux de chômage élevé, l'interventionnisme encore limité de l'Etat et "l'inertie" préconisée par les libéraux en appelant au "laisser-faire" et au statut quo.
    Hayek postule que seul le jeu libre du marché, conduisant à la libre formation de tous les prix, y compris les salaires et les taux d'intérêt, peut permettre l'équilibre et de surcroît aboutir à l'utilisation rationnelle des facteurs. Une telle analyse à beaucoup séduit. Les institutions de Bretton Woods s'en sont inspirées et Reagan aussi en a fait l'essentiel du programme de son premier mandat.

    La constitution de la liberté


    Sur le plan institutionnel, Hayek critique la démocratie. Celle-ci, en raison de la répartition des pouvoirs, entre le législatif, le judiciaire et l'administratif a séduit et continue de séduire. Hayek affirme qu'elle n'a cependant pas atteint le but auquel elle était censée parvenir. "La première tentative en vue d'assurer la liberté individuelle par des constitutions a manifestement échoué", affirme-t-il à la première page de son ouvrage, il semble en effet que "la forme particulière de gouvernement représentatif qui actuellement prévaut dans le monde occidental, et que beaucoup croient devoir défendre parce qu'ils la considèrent à tort comme la seule forme possible de démocratie, a une tendance inhérente à s'écarter des idéaux qu'elle avait pour mission de servir"(3) .
    Pour Hayek, la raison de cet échec tient essentiellement à la concentration du pouvoir de promulguer des lois et du pouvoir gouvernemental dans les mains des mêmes assemblées. "La démocratie, dit-il, a besoin plus qu'un autre régime d'un bornage sévère des pouvoirs discrétionnaires que peut exercer le gouvernement, parce qu'elle est plus que toute autre sujette à la pression efficace d'intérêts particuliers -ceux parfois d'un petit nombre- dont l'appui est nécessaire à la majorité pour rester au pouvoir"(4) .
    L'analyse des systèmes démocratiques occidentaux n'est donc pas aussi simple qu'on l'imagine. Il est mal venu qu'ils donnent des leçons, si celles-ci confondent le fond et la forme, le fait et l'image. Ce serait, selon Hayek, un système qui "court à sa chute"(5) .
    La démocratie à l'occidentale a des limites. En France, par exemple, on ne cesse de prêcher la modération dans l'usage de la question de confiance et de la motion de censure, si chères à tous les démocrates, et qui ont toujours permis de faire adopter les lois qui n'ont pas la confiance de la majorité.
    Pour remplacer cette forme de démocratie trop en prise sur les mouvements d'humeur, Hayek propose de "confier la tâche de formuler les règles générales de juste conduite à un corps représentatif distinct de celui chargé du rôle de gouverner"(6) .

    Cela ne peut se faire que si les compositions respectives de ces deux corps sont différentes, autrement dit que les deux corps ne soient pas choisis de la même manière, ni pour la même période.
    Il préconise alors de confier la mission de légiférer à une assemblée composée de personnes d'âge mûr et élues "pour une durée assez longue"(7) .
    Il faudrait que ces personnes soient également absolument indépendantes de la discipline de parti, qu'elles ne soient pas rééligibles, et qu'elles n'aient pas le souci de leur départ.
    Cela ne peut se faire que de deux manières; ou on renforce le pouvoir du chef de l'Etat en allongeant son mandat, en l'entourant d'une solide équipe et en le dotant du pouvoir de légiférer sur les règles de "bonne conduite", ou on multiplie les chambres avec toutes les difficultés que cela peut engendrer et auxquelles d'ailleurs Hayek est très sensible.
    En France par exemple, la réflexion en cours penche pour un renforcement du pouvoir présidentiel. "Pourquoi ne pas s'engager dans un régime de séparation des pouvoirs, écrit en effet Jacques Barrot, député et Président du groupe parlementaire UDC, restituant ainsi à chacun l'autonomie nécessaire pour bien exercer sa fonction.
    Au Président, clairement responsable devant le pays, de conduire pour l'essentiel la politique économique et internationale de la nation, de la faire non plus comme aujourd'hui à travers un exécutif bicéphale, enclin à se diviser lui-même, mais par une solide équipe autour de lui" (8) .
    La conviction peut être tout aussi forte que nous avons dans nos institutions tous les ingrédients d'un système libre et pérenne. Sa Majesté le Roi n'est-il pas "le gardien vigilant, le protecteur qui veille sans répit sur ton intégrité territoriale, sur le bien-être de tes enfants, l'homme décidé à accomplir son devoir jusqu'au dernier souffle, qui consent tous les sacrifices pour assurer ta gloire et ta renommée, hisser très haut ton drapeau et le prestige de la nation"?(9) Voici la raison de notre stabilité politique et de la longévité de notre système.


    Mohamed MELIANI


    (1) En troisième année de Licence par exemple, aucun des quelques 70 à 80 candidats à l'examen de fin d'année n'a eu plus de 8/20 en "micro". Et sans l'action des représentants des étudiants et la complicité de l'Administration, qui a imposé un nouvel examen, tous auraient eu une note éliminatoire et auraient du repasser la deuxième session...

    (2) Tome 1 p 65
    (3) Tome 1 page 1
    (4) Tome 3 page 154
    (5) Volume 1 page 3
    (6) Tome 3 page 133
    (7) Tome 3 page 134
    (8) Voir Jaques BARROT «une réforme nécessaire» dans le Monde du Jeudi 7 Novembre 1991 page 3.
    (9) Discours Royal à l'occasion du 26ème anniversaire de la Marche Verte, le Matin du Sahara et du Maghreb, 8 Novembre 1991.



    ABSTRACT

    Le libéralisme "pur" prêché par Hayek, a démontré son efficacité sur le plan économique, pourquoi ne serait-il pas valable sur le plan politique?
    Hayek postule en effet que seul le jeu libre du marché, au sens le plus large du terme, conduisant à la libre formation de tous les prix, y compris les salaires et les taux d'intérêt, peut permettre l'équilibre et de surcroît aboutir à l'utilisation rationnelle des facteurs. Aussi n'hésite-t-il pas à dénoncer la forme de gouvernement représentatif qui actuellement prévaut dans le monde occidental. Il propose alors une "constitution de la liberté", dont certains grands traits se retrouvent dans notre système, au Maroc.
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