×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 203.440 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 254.995 articles (chiffres relevés le 29/5 sur google analytics)
Politique Internationale

La psychanalyse introduite au Maroc par accident

Par L'Economiste | Edition N°:224 Le 04/04/1996 | Partager

Le livre retrace l'histoire de la pénétration de la psychanalyse au Maroc. Son introduction est liée à René Laforgue.


Le prix Atlas de cette année sera consacré à l'Essai. "La psychanalyse au pays des saints" part favori. Cet ouvrage de M. Jalil Bennani retrace l'histoire de l'introduction de la psychanalyse au Maroc à travers la psychiatrie coloniale. Ce livre de 252 pages est enrichi par des photographies de certains pionniers et disciples de M. René Laforgue, personnage énigmatique qui a eu le mérite d'avoir involontairement introduit la discipline freudienne au Maroc.
L'auteur démarre par un aperçu sur les lieux traditionnels de guérison de certaines maladies mentales, puis aborde la colonisation et l'évolution psychiatrisante en Algérie française. Tout en posant le décor historique, l'auteur démontre que le Maroc est le seul pays du Maghreb à "avoir accueilli" la psychanalyse. Les raisons de cette particularité sont liées à l'histoire personnelle de M. René Laforgue. Ce psychanalyste, qui s'est targué d'avoir connu Freud, a été accusé de collaboration avec le nazisme qui voulait "aryaniser" la psychanalyse française. En dépit de son acquittement par le tribunal de l'épuration, M. Laforgue avait opté pour le Maroc comme terre d'exil. L'auteur, appuyé dans son raisonnement par d'autres penseurs, affirme que M. Laforgue avait introduit la psychanalyse "à son insu". Pour étayer cette thèse, il soutient que le psychanalyste n'avait pas eu d'élèves marocains susceptibles de transmettre l'héritage théorique du maître.

Prisonnier du microcosme français


Au contraire, il est resté prisonnier d'un microcosme médical composé de médecins-psychiatres français. Cette lacune explique la non-continuité de cette discipline après le retour du maître en France. L'assimilation, précise l'auteur, aurait pérennisé la psychanalyse après la fin du Protectorat.
Bien que Laforgue crée le "groupe d'études de psychologie de l'inconscient et de médecine psychosomatique" à Casablanca, sa réflexion ne s'est pas appuyée sur les traditions arabo-musulmanes. A ce titre, M. Bennani écrit: " Sa présence dans un pays à la riche tradition magico-religieuse aurait pu avoir des conséquences bénéfiques sur la réflexion théorique d'un homme (...). Laforgue avait donc le moyen de ménager des transitions entre l'attitude magico-religieuse et l'attitude rationnelle". Ses interventions théoriques conduisent, dit-il, à une psychiatrisation des patients et à la constatation d'une différence radicale entre les groupes ethniques.
Laforgue, écrit l'auteur, ignorait le contexte local et s'en tenait à la façon dont la psychiatrie occidentale avait pu en parler.
Afin de parvenir à restituer les conditions dans lesquelles la psychanalyse a franchi les frontières pour s'implanter dans des cercles réduits de Casablanca et de Rabat, l'auteur a dû dépoussiérer une multitude de documents de la bibliothèque de Sainte Anne à Paris. Ce travail minutieux, empreint de rigueur intellectuelle, a abouti à un ouvrage moins hermétique que les textes habituels traitant de la psychanalyse. Parfois, cela frise la vulgarisation, particulièrement lorsqu'il aborde la place des jnoun dans l'imaginaire en racontant la légende des femmes qui ont réussi à enfermer le diable dans une amphore. Il raconte également l'histoire de Aïcha Kandicha, célèbre "femme-démon".
En outre, l'ouvrage contient des témoignages inédits, obtenus auprès de compagnons de M. René Laforgue, encore vivants et résidant à Paris, à Lyon et à Nice.
Jalil Bennani, psychiatre-psychanalyste à Rabat, est également l'auteur de "Le corps suspect", livre paru aux Editions Galilée en 1980. Cet ouvrage a été le prolongement d'un travail universitaire sur les émigrés en milieu psychiatrique dans la région parisienne.

Mohamed.CHAOUI.

"La psychanalyse au pays des saints"
de Jalil Bennani
Editions Le Fennec
252 pages, 70 DH


Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc