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    Economie

    La place des anciennes halles de Casablanca : Des petits commerces en mutation

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    Le transfert des halles aux fruits et légumes de Casablanca à Sidi Othmane, en 1986, a causé une rupture dramatique dans la vie des commerces de l'ancienne place du Belvédère. La nouvelle situation a été gérée avec des fortunes diverses. Témoignages.

    Avant 1986, la place agro-commerciale la plus importante du Maroc, dont les anciennes halles ont fait la réputation, débordait d'activités sur le boulevard Abdellah ben Yacine et essaimait, à travers les places de la Gare, Al Yassir et Dakar, jusqu'aux caisseries de la rue Bazas. Bourse où se négociaient les cargaisons de fruits et légumes, convoyées de toutes les régions du pays et vers toutes destinations, elle était aussi le lieu d'approvisionnement de tous les agriculteurs en semences et produits de traitement, petit matériel, outillages et accessoires.

    A l'annonce du transfert en 1986, un profond malaise a plané sur la place et on a craint le pire pour l'avenir des nombreuses drogueries agricoles et autres quincailleries. Certes, l'effet d'entraînement de la demande induit par la proximité des halles semble compromis à jamais, mais la rupture n'a déstabilisé, outre mesure, que les plus vulnérables. Passé le choc, les entreprises dynamiques ont pu trouver les ressources nécessaires pour dédramatiser la situation et engager une restructuration devenue impérative

    De pères en fils

    Les commerces de la place sont des affaires familiales, ayant pignon sur rue et s'héritaient, pour la plupart, de pères en fils, en toute légitimité. Pour avoir maintenu le métier contre vents et marées, les "papas" n'en sont pas moins traumatisés par la crise. Eux qui ont vécu facilement de cette corne de fortune, comment en vivre sans? A l'actif de ces jeunes entrepreneurs, dépositaires du fonds commercial et acquis aux vertus de la modernité, le mérite d'avoir réformé le statut des boutiques en PME patentées (SARL ou SA), réaménagé l'ergonomie des locaux avec force bureautique, enrichi les catalogues des produits, entretenu les réseaux de relations établies ne serait-ce encore que par le "bouche-à-oreille" et préféré au gain immédiat, la fidélisation d'une clientèle avisée et impliquée dans la spécification de la demande. "Quand le centre de recherche de l'INRA de Settat vient s'approvisionner à la place, n'est ce pas un gage de crédibilité et de performance?", s'interroge Hassan de Phytosouss. Ce jeune patron d'une société de produits phytosanitaires et de semences, créée en 1990, rappelle que "durant les trois premières années qui ont suivi le transfert, les commerçants sont restés dans l'expectative, pour constater que la demande n'a pas fléchi sensiblement. Par la suite, les va-et-vient entre Sidi Othmane et le Belvédère étant coûteux en carburant et en temps, une part de la clientèle a été interceptée par les drogueries nouvellement installées aux entrées-sorties de Casablanca (Bouznika, Médiouna, Had Soualem, Mohammadia...). A défaut de solvabilité et de garanties commerciales exigées par les grands fournisseurs, celles ci sont devenues, tout normalement, nos clients revendeurs, au même titre que ceux de Aït Melloul à Agadir".

    Faute de pouvoir assimiler cette mutation, que tout un chacun reconnaît urgente, les commerces "forfaitaires" s'échinent inutilement à sauver une situation à ce point compromise. Tel est le cas des Ets Chaouiagri, installés voilà 27 ans, dont "l'activité a chuté de presque 60% et le marasme est devenu tel qu'une reconversion douloureuse s'impose à court terme", un peu pour avoir confondu réorganisation et ravalement de devanture. Dans la rue du Chevalier Bayard d'à côté, les Ets Hakkam restent un cas d'espèce menacée qui illustre à merveille le "métier" dans tout son atavisme. Cette épicerie "bazar" perdure depuis 1954, avec ses valeurs "tiroir caisse", son corporatisme rigoriste, ses compagnons et ses maîtres passéistes, recroquevillés sur le trésor de guerre de toute une vie. Elle n'en a pas moins le mérite d'être la plus célèbre des pépinières de la place, dont beaucoup de nouvelles sociétés se réclament de ses rudes pratiques initiatiques que sous-tend un esprit de clan solidaire.

    En face, par contre, la société Cogepra a procédé dès 1960 au recentrage de ses opérations commerciales, en tant qu'importateur de petit matériel et d'outillage agricoles, sur l'installation d'un des premiers réseaux de revendeurs, parallèlement à la vente au comptoir.

    Dans ce microcosme commercial, où toutes les cases sont occupées pour pas moins de 20.000DH le m2, les nouvelles installations peuvent être autant de mésaventures. Abdellatif, jeune patron de Sonabil, société d'outillage agricole, en témoigne: "installé à gros frais près des halles de Sidi Othmane, je me suis rendu compte, après 6 mois, qu'un quartier populaire n'est pas forcément une place commerçante". Echaudé par cet exode, il revient dare dare, en 1990, acquérir le magasin d'un négociant en fruits de la place.

    Mohamed SAKIB

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