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    Economie

    La nouvelle politique économique de l'Espagne : Aznar veut un remède de cheval

    Par L'Economiste | Edition N°:232 Le 30/05/1996 | Partager

    De notre correspondante à Madrid
    Pascale BOURGAUX

    C'est la première fois que le nouveau Premier ministre espagnol se rend en visite officielle hors d'Espagne. Pendant ce temps, le plan économique-choc de son gouvernement se poursuit, entre autres le processus de privatisation.

    Le nouveau programme économique de l'équipe de José Maria Aznar continue de faire du bruit. Dès le premier conseil des ministres, une série de mesures-choc ont été annoncées: une coupe de 200 milliards de Pésètes dans le budget actuel, le licenciement d'un tiers des haut fonctionnaires et un programme accéléré de privatisations. C'est la course, il reste à peine 18 mois à l'équipe du Parti Populaire pour accomplir la convergence européenne, et elle est prête à tout pour y arriver.
    Cette précipitation ainsi que la confusion créée par les déclarations contradictoires des ministres novices ont provoqué un certain malaise dans la société espagnole, surtout du côté des syndicats. Du côté de l'organisation patronale, par contre, les mesures annoncées par le gouvernement sont applaudies.

    Tout privatiser

    "Mon idée initiale était de privatiser pendant cette législature toutes les entreprises publiques avec, à moyen terme, la disparition du holding public Teneo", a déclaré Josep Piqué, à peine installé dans son fauteuil du Ministère de l'Industrie. Le Parti Populaire n'a jamais caché sa volonté d'accélérer le processus de privatisations mis en route par le précédent gouvernement socialiste, mais personne ne s'attendait à ce spectaculaire "coup d'accélérateur", attribué par les experts à l'influence croissante des nationalistes catalans.
    En fait, la privatisation a commencé sous l'ère de Felipe Gonzalez qui est parvenu à situer le secteur public espagnol en dessous de la moyenne européenne. Depuis 1982, la mise en vente d'une trentaine d'entreprises parmi les plus rentables du pays (90% de la compagnie pétrolière Repsol, 80% de la compagnie de téléphone Telefonica, 74% de la banque Argentaria) ont permis de renflouer considérablement les caisses publiques. Rien que lors de la dernière législature 1993-1996, les privatisations ont rapporté à l'Etat plus de 1.120 milliards de Pésètes.
    Achever la privatisation de ce groupe d'entreprises rentables communément appelées les "joyaux de la couronne" ne devrait poser aucun problème au nouveau gouvernement. Par contre, la mise en vente de certaines entreprises du holding public Teneo et surtout de celle déficitaire de l'Agence Industrielle de l'Etat risque d'être beaucoup plus délicate.

    "Les joyaux de la couronne"

    Le groupe Teneo englobe des sociétés aussi diverses que la compagnie aérienne Iberia, la très rentable compagnie électrique Endesa, le fabricant de pâte à papier ENCF, la société ultra-moderne d'électronique-informatique Indra et le constructeur aéronautique Casa. Pour leur privatisation, le ministère assure qu'il "cherchera des solutions au cas par cas", n'excluant aucune des modalités possibles: l'alliance stratégique, la vente d'actions ou le placement de capital en bourse.
    Cette dernière option est cependant conditionnée par la capacité d'achat du marché espagnol, évalué par les experts à environ 500 milliards de Pésètes par an. Or la valeur totale des actions que détient encore l'Etat dans ces entreprises est évaluée à 2.300 milliards de Pésètes. Et cette année, quelque 200 milliards de Pésètes ont déjà été placés lors des opérations de Argentaria et Repsol. D'où la faible marge de manoeuvre, pour cette année en tout cas. Le ministre de l'Economie, Rodrigo Rato, a assuré que le processus se ferait "dans la transparence la plus totale" et en "concertation avec les interlocuteurs sociaux", notamment pour que "les travailleurs soient intégrés dans le noyau d'actionnaires".

    Incidences sociales

    La "privatisation" de l'Agence Industrielle de l'Etat est, quant à elle, tout à fait impensable, car elle regroupe toutes les entreprises déficitaires des secteurs traditionnels du charbon (groupe sidérurgique), mines (Hunosa), défense (Bazan, Santa Barbara) et construction navale (Astilleros), maintenues depuis plusieurs années à coups d'aides publiques. En fait de privatisation, le gouvernement devra se contenter dans ce cas de réduire au maximum les subventions publiques, et ce avec une étroite marge de manoeuvre: "Rompre les accords négociés avec les syndicats et la Commission Européenne pourrait s'avérer très audacieux de la part du PP", assure l'ancien ministre de l'Industrie, Juan Manuel Eguiagaray, interviewé dans son bureau au groupe parlementaire socialiste. "L'opposition frontale ne viendra pas seulement des syndicats, mais avant tout des responsables locaux du PP qui s'opposeront à la fermeture précoce de l'usine dont dépend la survie de leur ville".
    Interrogé sur le sujet, Felipe Gonzalez a également critiqué la mesure: "Nous aussi, nous avons privatisé mais plus discrètement, en profitant des offres du marché. En le criant sur tous les toits, le PP risque, d'une part, de faire chuter la valeur des actions qu'ils veulent mettre en vente et, d'autre part, d'annoncer des choses qu'ils ne pourront pas réaliser".

    La presse espagnole et la visite au Maroc

    De manière générale, la presse espagnole a salué le fait que, comme le veut la tradition, la première visite officielle de Aznar ait eu lieu au Maroc. Le quotidien "El Pais" titre: "Aznar voyage à Rabat pour tranquilliser et développer l'héritage de son prédécesseur, Felipe Gonzalez, dont la politique avec le Maroc, a reconnu Aznar, a été bien tracée". Diario 16 y consacre sa "Une" et la Vanguardia insiste sur l'aspect politique de la visite: "Les hôtes marocains testeront surtout le terrain, "prendront les mesures" de leur principal interlocuteur espagnol. Exactement comme avec Felipe Gonzalez il y a treize ans". Contrairement à ce qu'on avait pu craindre, suite à la virulente opposition du Parti Populaire lors des négociations de l'accord de pêche et d'association, Aznar se montre disposé à maintenir les relations privilégiées avec le Maroc: "La Politique méditerranéenne et spécialement le Maghreb et le Maroc constituent une priorité pour le gouvernement espagnol".
    L'aspect économique de la mission, à laquelle participent les dirigeants de l'organisation patronale espagnole CEOE et une quarantaine d'investisseurs espagnols de différents secteurs, n'a pas retenu autant d'attention auprès de la presse espagnole. Les hommes d'affaires ont assisté à un séminaire et rencontré plusieurs homologues marocains de la CGEM.

    Maroc-Espagne: Le changement de cap

    L'Espagne change de langage. Alors qu'elle s'était fermement affrontée au Maroc lors des dernières négociations sur les accords d'association, voilà qu'elle promet son appui lors du passage en juin de ces mêmes accords devant le Parlement européen. Position appuyée par le nouveau Premier ministre espagnol, M. José Maria Aznar. C'est justement le Maroc qu'il a choisi pour sa première sortie officielle à l'étranger. Cette visite marathon (27-28 mai) devrait permettre, non seulement de résoudre un certain nombre de problèmes administratifs et judiciaires concernant les ressortissants des deux pays, mais également de dresser le bilan des relations maroco-espagnoles et les grandes lignes de la politique à venir. Sur cette rencontre se sont greffés des contacts entre les hommes d'affaires des deux pays. "Actuellement, 800 entreprises marocaines ont des participations espagnoles, notre souhait est que les hommes d'affaires des deux bords profitent de toutes les initiatives des différents projets pour le développement de la coopération", souligne M. Aznar. Son souhait demeure le déblocage du programme européen MEDA de 500 millions d'Ecus.
    Concernant le reprofilage de la dette marocaine, M. Aznar précise qu'un engagement des ministres des Affaires étrangères des deux pays a été pris pour examiner la question. Cependant, "je ne ferais aucun commentaire avant les conclusions du groupe de travail".
    Répondant à la question d'un journaliste espagnol sur la lutte contre la drogue, le Premier ministre, M. Abdellatif Filali, rappelle que certains pays européens ne facilitent pas les choses en tolérant la libre-circulation du cannabis. La lutte contre la drogue est un problème international. Concernant particulièrement la zone nord, M. Filali évoque la création d'une agence spécialisée pour le développement de cette région. "Le responsable de cette institution sera nommé dans les prochains jours", indique-t-il.
    Parallèlement, des réunions entre les différents ministères sont envisagées. Il est prévu dans les semaines à venir une réunion de travail entre les ministres des Travaux Publics des deux pays pour l'évaluation et le suivi de l'état d'avancement de la liaison fixe.
    Des initiatives sont prévues également dans les domaines culturel et de la communication.

    Fatima MOSSADAQ & Mouna OUDGHIRI



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