×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Tribune

La normalisation comptable: De nouveaux outils pour la stratégie financière

Par L'Economiste | Edition N°:64 Le 28/01/1993 | Partager

La loi comptable vient d'être publiée au Bulletin Officiel du 30 Décembre. En attendant sa généralisation, les experts sont appelés à un effort d'adaptation et de formation. Les rapports de la normalisation comptable et de analyse financière, outil de gestion quotidienne de l'entreprise, sont analysés ici.

Le champ d'investigation de l'entreprise marocaine s'élargit: de national il est en passe de devenir international. Les différents événements de l'actualité en constituent la meilleure illustration (demande d'adhésion du Maroc à la C.E.E. création de la zone off shore de Tanger, convertibilité du Dirham, etc...).

De telles perspectives économiques engendrent la nécessité de doter l'entreprise marocaine d'un système d'information financier et comptable fiable, outil indispensable dans le processus de prise de décision.

Déjà en 1972, l'introduction d'un plan comptable marocain a été envisagée par les responsables de la comptabilité nationale qui y voyaient à l'époque un instrument nécessaire pour l'amélioration de l'information destinée à l'analyse économique. Ce ne sera qu'en 1983 que sera donné officiellement le feu vert pour la création d'un plan comptable marocain, avec l'institution d'une commission de normalisation comptable (C.N.C), chargée d'en élaborer le projet. En Novembre 1989, un décret a fixé les règles applicables à la comptabilité des établissements publics selon les prescriptions prévues par le document dénommé "Code Général de Normalisation Comptable" (C.G.N.C.).

Finalement, ce sera après quelques années de retard que seront adoptés, par le parlement le 4 Août 1992, les projets de Loi relative à la réglementation de la profession comptable au Maroc, ainsi que celui relatif aux obligations comptables des commerçants, personnes physiques ou morales appelé "Loi comptable".

Ce dernier vient d'être publié au Bulletin Officiel du 30 Décembre 1992. Toutefois, celui relatif à la réglementation de la profession d'expertise comptable n'est pas encore publié à ce jour. Il est de ce fait certain que l'application définitive du C.G.N.C. généralisé à toutes les entreprises ne se fera qu'à compter de l'année 1994.C'estpourquoil'année en cours constituera, de ce point de vue, une période de réflexion, de formation et d'adaptation, au cours de laquelle les professionnels de la comptabilité et de la gestion auront à jouer en rôle déterminant. A l'occasion de ce qui est un événement important pour la communauté comptable, mais aussi pour le financier, ce dernier est en droit de s'interroger sur le bénéfice qu'il pourra tirer de cette normalisation comptable. C'est pourquoi il nous a paru important de présenter succinctement dans cet article l'apport du C.G.N.C. pour l exercice de la fonction financière.

Ce sujet ne peut être traité d'emblée: il passe par une analyse préalable des relations qu'entretiennent gestion financière et technique comptable, et de l'évolution de ces relations.

En effet, l'analyse financière s'est progressivement organisée dans un modèle complet et cohérent, mettant en oeuvre ses propres concepts et leurs définitions. Ce modèle a naturellement cherché dans la comptabilité les données utiles à l'observation.

Ces relations nécessaires qui existent entre le modèle financier et le système organisateur de l'information comptable que constitue le C.G.N.C. conduisent, d'une part, à rappeler succinctement les objectifs de I ' analyse financière, et d ' autre part, à présenter en quoi le système comptable actuellement en vigueur au Maroc est inadapté pour répondre à ces objectifs. Enfin nous démontrerons dans quelle mesure le C.G.N.C. consacre une bonne adéquation aux exigences de l'analyse financière.

Objectifs de l'analyse financière

D'une manière générale, on peut dire que la fonction financière vise à obtenir la meilleure rentabilité possible des fonds employés en s'assurant que les grands équilibres financiers de l'entreprise sont, ou seront, réalisés. Le respect de ces équilibres limite les risques de l'entreprise ; ils lui servent à apprécier son degré d'autonomie, confortent la confiance des tiers, répondent aux exigences des prêteurs de capitaux et offrent les conditions les mieux appropriées pour assurer la trésorerie indispensable à l'exercice quotidien de son activité. Les décisions de gestion financière sont, par les arbitrages qu'elles impliquent, des décisions politiques. Ce qu'on appelle communément l'analyse financière, terme plus technique, est l'un des instruments d'aide à ces décisions. Les notions "d'investissement", de "cycles d'exploitation", de "fonds de roulement", de "besoin en fonds de roulement", de "liquidité", de "valeur ajoutée", "d'excédent brut d'exploitation" et de "capacité d'autofinancement" constituent entre autres les éléments clefs de l'analyse financière.

Il est nécessaire pour cela que l'organisation comptable adopte des classifications, pour l'enregistrement des opérations ou la présentation des comptes dans les documents de synthèse, qui soient en bonne adéquation avec des catégories de l'analyse financière.

Que peut-on dire à cet égard du plan comptable français version 1957 utilisé encore aujourd'hui au Maroc par la quasi-totalité des entreprises privées?

L'examen de ce plan comptable fait apparaître très vite que peu nombreuses sont les grandeurs fournies, directement adaptées au besoin de l'analyse financière. De plus, la description des phénomènes est incomplète; il manque entre autres un document récapitulant les variations du patrimoine nécessaire à l'analyse. Le dispositif comptable n'est pas organisé à la base pour informer sur les variables essentielles telles que l'investissement et le désinvestissement, les nouveaux emprunts et ceux remboursés, les prises de participation etc... Par ailleurs, la structure retenue pour présenter le bilan fait obstacle à une lecture directe des grandeurs à signification économique et financière importante.

Suggestions

Ainsi, la classification des actifs et passifs financiers selon leur échéance à plus ou moins d'un an entraîne la dispersion de types de créances et de dettes, alors que leur regroupement serait utile à une analyse en termes de ressources et emplois financiers (clients, fournisseurs, etc). Cette classification n'est pas comptable avec une saisie des ressources de financement selon leur origine, et des emplois par destination, nécessaire pourtant à la mesure de besoins en fonds de roulement et de sa variation. Quant à l'analyse du résultat, elle est relativement limitée. Elle est centrée sur la mesure du "résultat d'exploitation" qui ne peut à lui seul expliquer la formation du revenu de l'entreprise et son utilisation. Au total, il est clair que les grandeurs comptables fournies par le plan comptable français version 1957 ne sont guère adaptées au schéma de l'analyse financière.

Un travail de reclassement extra comptable des opérations élémentaires est nécessaire pour corriger les insuffisances d'une vision trop exclusivement comptable de l'entreprise et mieux rapprocher les grandeurs utiles au diagnostic et à la décision.

Qu'apporte le CG.N.C ?

Avant de répondre à cette question, il est utile de rappeler brièvement les grandes lignes du C.G.N.C.

Ce code comprend deux parties:

- la première intitulée "Norme Générale Comptable" (N.G.C.X. C.G.N.C) regroupe les choix directeurs les principes fondamentaux et les conventions de base qui régissent la normalisation comptable au Maroc,

- la deuxième intitulée "Plan Comptable Général d'Entreprise" (P.C.G.E. ) présente le dispositif d'application de la N.G.C. aux entités économiques.

Par ailleurs, le C.G.N.C. pousse plus loin l'analyse des opérations comptables et exige la production d'états de synthèse (modèle normale) plus perfectionnés et plus complets que ceux du plan actuellement utilisé au Maroc, voire plan comptable français révisé en 1982.

Ces états de synthèses comprennent:

- le bilan et le compte de produits et charges.

Ces documents classiques dans leur nature sont novateurs dans leur contenu: ainsi par exemple, des changements marquants ont été introduits dans la structure du bilan aussi bien du coté que du passif, et ceci afin de donner une plus grande homogénéité, une meilleure signification économique à chaque rubrique conformément à la logique de l'analyse financière,

- trois autres documents intitulés:

* état des soldes de gestion (E.S.G.)

* état des informations complémentaires (E.T.I.C)

* tableau de financement (T.F)

Terminologie

Les apports du C.G.N.C. à la fonction financière peuvent être commentés à partir de ces documents de synthèse, en mettant en évidence, à chaque niveau d'analyse, les améliorations offertes dans l'expression de l'activité, des opérations réalisées notamment en terme de trésorerie.

Cependant il paraît opportun ici de dégager de façon générale les apports en question qui se trouvent d ' ailleurs à des niveaux différents de l'analyse. Ils sont donc présentés ci-après au travers des cinq points suivants:

- l'amélioration de la qualité de l'information,
- la primauté donnée à l'approche dynamique,
- l'ouverture économique,
- l'approfondissement financier,
- les liaisons financières entre les divers niveaux d'analyse.

En ce qui concerne l'amélioration de la qualité de l'information, celle-ci est assurée d'une part par l'énoncé des principes généraux tels que la continuité de l'exploitation, la permanence des méthodes, le coût historique, la prudence, la clarté, l'importance significative et le concept anglo-saxon image fidèle (true and fair view), principes qui tendent à une meilleurs signification et à l'homogénéité des données de l'analyse financière.

D'autre part, la terminologie a fait l'objet d'une attention particulière, car, nous le savons, cela constitue une faiblesse essentielle du plan comptable français 1957.

De même, un travail très minutieux de nomenclature a été réalisé: un observateur, même superficiel, du C.G.N.C. sera frappé par le détail du "plan de comptes"; la quasi-totalité des cas de technique comptable est prévue. De plus, une codification originale permet à l'aide de chiffres finaux caractéristiques une rapide identification de la qualité des données contenues dans les comptes.

Image fidèle

Ainsi, cette rénovation de la terminologie et la réorganisation des comptes permettent de mieux cerner les aspects économiques ou financiers nouvellement introduits dans les documents comptables.

Par ailleurs, l'E.T.I.C., pièce majeure pour la notion d'image fidèle, comporte soit des informations supplémentaires venant compléter, enrichir celles données par les comptes, soit des informations explicatives des comptes, touchant leur contenu, les traitements comptables, les changements de méthodes, etc...

L'élargissement de l'analyse à toutes les opérations de l'exercice au travers du compte de C.P.C. et du tableau de financement confère plus de cohérence et de signification à l'ensemble des données disponibles.

Enfin, la définition de concepts d'analyse (soldes intermédiaires de gestion, capacité d'autofinancement...), utilisables au plan prévisionnel, éclaire sur la finalité réelle des données comptables qui participent aux calculs, et justifie la rigoureuse exactitude qu'on en attend pour un meilleur service de l'entreprise.

La primauté de l'approche dynamique de l'entreprise constitue un autre élément capital du C.G.N.C.

Cette primauté se traduit par une analyse de toutes les opérations de l'exercice. Celles qui génèrent des charges et des produits sont inscrites dans un compte de C.P.C. unique et présentées en trois parties:

- opérations d'exploitation,
- opérations financières,
- opérations non courantes.

Les divers soldes de gestion tirés de ce compte (production, valeur ajoutée, excèdent brut d'exploitation) sont analysés plus loin. Les autres opérations, non directement génératrices de résultats sont reprises avec les précédentes dans un tableau nouveau qui est le tableau de financement. Le C.G.N.C. propose un modèle de ce document et le rend indissociables des autres documents de synthèse, et ce, quel que soit le système de présentation utilisé par l'entreprise (système normal ou simplifié). Le mérite essentiel de ce tableau du C.G.N.C., au delà de son utilisation même, est d'attirer l'attention de responsables d'entreprises sur l'intérêt d'une analyse complète des flux . C ' est à partir de lui qu'on peut établir un diagnostic sur les politiques suivies en matière d'investissement et de financement de l'entreprise et aussi une analyse de leurs conséquences sur l'évolution de l'équilibre financier. La mise en oeuvre de la trésorerie comme résultante finale des opérations constitue une innovation majeure du C.G.N.C., celle qui permet d'assurer une cohérence entre les documents comptables et la réalité quotidienne de la gestion.

Ouverture économique

Parmi les autres atouts du C.G.N.C., nous pouvons relever une ouverture économique certaine. En effet, l'introduction de la notion d'exploitation cyclique dans les documents constitue une innovation importante de la loi comptable, une approche d'une grande richesse et qui permet d'expliquer financièrement la réalité économique spécifique de l'activité de l'entreprise.

Ainsi par exemple, n'apparaissent dans le plan comptable marocain que les variations de stocks et non plus les concepts de stock initial et de stock final, ce qui constitue une solution économiquement justifiée et substitue enfin, à la notion d'achat-charge, celle de consommation-charge. D'autre part, on constate un approfondissement financier avec l'apparition de nouvelles et multiples possibilités d'appréciation financière en matière de résultat, de financement interne et de la trésorerie. Ainsi, l'état des soldes de gestion (E.S.G.) du système normal propose:

- des notions économiques comme la production, la consommation, la valeur ajoutée,

- des niveaux de résultats, notamment le résultat d'exploitation, le résultat financier, le résultat avant impôts et après impôts.

Le résultat courant est particulièrement intéressant dans la mesure où celui-ci a un caractère répétitif susceptible d'une meilleure appréciation des possibilités financières prévisionnelles. La production d'un tableau de financement est une initiative majeure.

Les ressources d'origine interne participant au financement des emplois présentent une importance particulière tant au niveau du constat historique qu'au plan prévisionnel. Deux concepts nouveaux apparaissent: la capacité d'autofinancement (C.A.F.) et l'autofinancement, explicitant ainsi les liaisons entre flux patrimoniaux décrits dans le tableau de financement. Tous ces termes entrés dans le C.G.N.C. font partie de l'équipement conceptuel et de la terminologie de l'analyse financière.

Conclusion

L'entrée en application de la Loi Comptable (C.G.N.C.) et sa généralisation à toutes les entités économiques constitueront sans doute pour la profession comptable, financière et pour le monde des entreprises une étape importante.

Ce code deviendra, avec les aménagements professionnels indispensables, le cadre de référence des entreprises et de tous ceux qui, directement ou indirectement, s'intéressent à la marche des affaires de notre pays.

Il est à espérer que l'avènement de cette normalisation comptable suscitera un état d'esprit plus orienté vers les problèmes financiers dans un souci de prévention d'une part, et de rentabilité de l'entreprise d'autre part.

Cet état d'esprit peut constituer, en effet, le point de départ d'un développement de la fonction financière qui s'affirmerait au même titre que les autres fonctions de I ' entreprise un facteur stratégique de sa survie et de développement. L'accession du diagnostic financier à la stratégie globale de l'entreprise peut désormais se concrétiser grâce aux documents synthèse ouverts vers une approche plus économique et financière . C'est-à-dire plus facilement compréhensible par le dirigeant d'entreprise, traditionnellement absorbé par les problèmes techniques et fiscaux plutôt que par la finance. La normalisation comptable constitue incontestablement un premier pas dans cette direction au travers d'un bilan plus fonctionnel, des soldes caractéristiques de gestion plus significatifs, d'un tableau d'emplois et de ressources plus analytique et d'un compte de résultats plus cohérent. La normalisation peut servir comme référence à de nouvelles réflexions plus élaborées, plus fines et plus fructueuses.

Le réalisme et le dynamisme de ceux qui ont fait profession de servir cette technique laissent penser que l'avenir sera très riche.

*Expert Comptable

Commissaire aux comptes

Membre de l'AMDEC

Enseignant chercheur.

par Abdelwahed BENSINANE *

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc