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Economie

La Moudawana? «Il ne pleut pas des maris, par ici!»

Par L'Economiste | Edition N°:1673 Le 30/12/2003 | Partager

. On en parle beaucoup, mais pas pour l'approuver. C'est la pauvreté qui marie les filles trop jeunes. Le projet a peu de chances de s'appliquer pour les jeunes fillesMême la Moudawana, on la trouve dans ce souk... mais pas comme le souhaiterait l'esprit urbain “in”. En me promenant dans les allées, trois fois j'ai eu la chance d'entendre des remarques de vendeurs. “Elle va voir ce que je vais lui en faire de cette Moudawana”, tempête un jeune moustachu. “Oh, la Moudawana... c'est tout ce qu'il nous reste maintenant”, lance un autre à un voisin pour dire “qu'il ne manquait plus que ça comme problème à se mettre sur le dos”. “Ils m'ont cassé la tête avec cette Moudawana”. Je ne dis pas que ce j'ai entendu soit significatif ou ait un sens profond, mais je n'ai pu m'empêcher de le rapporter tant j'étais heureuse d'être là pour entendre à chaud, comme une petite souris, des remarques sur la nouvelle mouture de la Moudawana. Et ces remarques-là n'étaient pas très élogieuses. Plus tard dans la soirée, j'en parlais avec une autochtone. Mes interrogations de rat des villes l'ont fait rire aux larmes. Amina a une vingtaine d'années. Elle fait partie de ces privilégiés de la région car elle a fait des études. Elle a une licence. La jeune fille chôme, selon les strictes définitions économiques. Mais elle est active au sein de sa famille. Elle tient la maison, nourrit les bêtes (poules, lapins et chèvres), éduque ses petits frères et sœurs en attendant un mari “sérieux”. Belle brune, au regard perçant, elle est maligne, vive et a le rire franc (comme beaucoup dans la région d'ailleurs). “La Moudawana? Pfff, les gens d'ici vont inconsciemment détourner l'esprit de la Moudawana. Les jeunes filles de moins de 18 ans vont être mariées, mais devant Dieu (avec la “Fatiha”), en attendant l'acte officiel, c'est tout”. Un bon parti ne se refuse pas, surtout s'il fait une bouche à nourrir en moins. “Est-ce que tu penses sérieusement que les gens de la région vont comprendre ce qu'implique la nouvelle Moudawana? Tu te rends compte? Ne marier ses filles qu'à partir de 18 ans!” Amina rit de cette belle blague. La contrainte n'est pas sociale, elle est économique, tout bêtement. “Tu as bien vu les conditions dans lesquelles vivent les gens de Tafejeght”. Le douar est perdu entre deux montagnes du Moyen Atlas. Ni eau, ni électricité. Amina explique en se moquant gentiment de l'ignorance des citadins. “Une chèvre vaut de l'or à Tafejeght: laine, pulls, tissus, viande et lait sont le minimum que les gens puissent tirer de cette pauvre bête. Tu as bien senti le froid glacial qui envahit les chaumières de fortune dès que le soleil tombe. Tu as bien vu que chaque maisonnée abrite au moins cinq enfants”. J'acquiesce (j'avais visité le douar avec elle la veille du jour du souk). “Et bien alors, comment crois-tu que les parents qui ne savent ni lire ni écrire, qui n'ont qu'une seule ride sur le front, celle du labeur pour leur survie quotidienne (elle trace de son doigt une ride imaginaire sur son front), vont accepter que leurs filles ne se marient qu'à partir de 18 ans? Tu crois qu'ils vont refuser les prétendants? Comme s'il en pleuvait là-bas”. Sur ce sujet, Amina est intarissable…. Disconnected CityElle pense que le chemin est encore très long pour que la Moudawana arrive correctement aux oreilles des “Aroubia” comme elle aime appeler les siens, elle-même faisant partie du lot. Elle pense aussi que les siens, berbérophones, ont leur propre code de l'honneur, donc leur propre façon de vivre en famille. Le respect du patriarche est une chose sacrée, ensuite celui du mari. “Moudawana ou pas, le statut réel de la femme ici reste celui de la soumission. Ici, les gens sont démunis et déconnectés de la réalité de Casablanca et Rabat; ou plutôt, ce sont les gens de chez vous qui sont déconnectés de notre réalité!” s'esclaffe-t-elle.M. Kd.

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