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La mondialisation, l'automate et le navigateur

Par L'Economiste | Edition N°:418 Le 08/01/1999 | Partager

Manuel Castells, né en Espagne en 1942, est professeur de sociologie, professeur de planification urbaine et régionale, et directeur du Centre d'Etudes Européennes à l'Université de Californie à Berkeley. Il a publié de nombreux ouvrages, dont le dernier en date "La société en réseaux: l'ère de l'information".

LA mondialisation n'est pas une idéologie, même si elle est fréquemment utilisée de manière idéologique. C'est une caractéristique essentielle de notre économie, de notre culture, de notre politique et par conséquent de notre vie. Or, il s'agit d'un fait historique nouveau, car c'est la révolution technologique actuelle de l'information et de la communication qui constitue le support indispensable du processus de mondialisation. Nous ne devons pas oublier que la mondialisation ce n'est pas seulement l'internationalisation de l'économie. Frustrés par le caractère nouveau du phénomène, les universitaires et les hommes politiques tentent d'avancer qu'il y a un siècle, le capital ou le commerce en Angleterre ou en France étaient déjà internationalisés dans des proportions identiques.

Un perdant, l'Etat-nation


Toutefois, la réalité s'accommode mal des sophismes. En cette fin de millénaire, nous assistons à l'émergence d'une économie dont la substantifique moelle fonctionne comme une unité planétaire en temps réel. Les marchés financiers, facteurs déterminants de l'ensemble de l'économie, sont mondialisés, bien que la majeure partie de l'épargne ne soit pas globale. Le commerce international détermine le dynamisme général des économies. La production de biens et services s'articule en réseaux de production multinationaux composés d'entreprises de tailles et origines diverses. La communication se structure en conglomérats transnationaux qui produisent et distribuent des images, des sons et des informations adaptés à la demande de chaque public. Internet, qui accueillera 500 millions d'utilisateurs d'ici deux ans, se présente comme un moyen de communication mondial qui échappe au contrôle des gouvernements et qui s'affranchit des moyens de communication de masse.
L'économie criminelle est également devenue mondiale, en établissant des réseaux de coopération qui organisent le trafic de tout ce qui est trafiquable, et qui protègent leurs affaires par la corruption, la subornation, l'intimidation et l'assassinat, dans une spirale de violence quotidienne qui bouleverse l'Etat. La mondialisation amplifie la dynamique des marchés de tout crin, et multiplie les échanges d'informations. Par conséquent, elle renforce les intérêts économiques et sociaux dominant les marchés et l'information.

Le grand perdant du processus de mondialisation, c'est l'Etat-nation, acteur-vedette depuis deux siècles de la société, de la politique, et en grande partie également de l'économie. Et comme l'Etat démocratique était et reste le principal instrument de maîtrise et d'orientation des flux économiques et d'information à la disposition des citoyens, la mondialisation suscite peur et attitudes défensives chez de grands groupes de population du monde entier. Cependant, si tel est le cas, si la mondialisation est rejetée par la société, la tendance ne peut-elle être inversée? En effet, il existe déjà des exemples concrets de sociétés ou de groupements humains qui choisissent de sortir de la mondialisation. Prenons par exemple le cas extrême des Talibans en Afghanistan, qui interdisent la radio et la télévision et qui ferment leurs frontières en imposant la terreur.
Les Etats ont réagi à leur marginalisation croissante en créant des associations telles que l'Union Européenne et ont sacrifié une grande partie de leur souveraineté sur l'autel du pouvoir partagé. Cette stratégie crée un fossé croissant entre les intérêts des citoyens et les institutions politiques qui les représentent. Par conséquent, dans la plupart des pays, les Etats, pour rétablir l'équilibre, se décentralisent et recherchent aux niveaux local et régional un point d'ancrage de leur identité et de leur représentation que les Etats-nations, à présent confédérés et plongés dans des stratégies mondiales, ont du mal à offrir.

Le niveau local


Cependant, le niveau local ne peut contrôler seul le niveau mondial. Par conséquent, la maîtrise de la mondialisation passe à la fois par l'établissement d'institutions supranationales et par l'établissement d'un lien entre les différents niveaux des institutions politiques. C'est-à-dire par une nouvelle forme d'Etat: l'Etat-réseau. La mondialisation en tant que telle est un phénomène irréversible et incontrôlable. Les tentatives d'intervention sur les marchés mondiaux, dont le coût est extrêmement élevé, ne font qu'amplifier dans le temps et dévier dans l'espace les mouvements des gigantesques flux de capitaux générés au sein de nos propres économies. Nous avons créé un automate qui ne répond pas aux seules lois de l'offre et de la demande, mais à des turbulences informatives peu prévisibles. Deux nouvelles caractéristiques, la dimension des marchés financiers et la rapidité optoélectronique des transactions, ont créé un système d'une telle complexité qu'il est devenu extrêmement sensible aux perceptions et aux réactions. Mais si la mondialisation n'est pas maîtrisable, elle est en revanche navigable. On peut la canaliser, comme le prouve le cas de la Chine et son gouvernement autonome, par opposition aux catastrophes survenues en Russie, en Indonésie et en Corée du Sud, sous tutelle du Fonds Monétaire International. Même si la Chine peut également connaître une crise à moyen terme, pour des raisons politiques. En effet, les méandres de la navigation peuvent mener les Etats et leur société vers des eaux dangereuses. Et au coeur des tempêtes qu'il faudra régulièrement affronter, il est essentiel de maintenir la cohésion entre l'Etat et la société, il est nécessaire que les citoyens comprennent, participent et acceptent le comment et le pourquoi des décisions. Une économie et une information mondialisées ne sont viables que par l'intermédiaire d'un Etat-réseau démocratique et décentralisé, et d'une société civile informée et qui participe; l'alternative étant un monde dans lequel l'automate mondial engloutit l'Etat-navigateur, en réduisant nos sociétés à l'état d'épaves d'un naufrage historique.


Le Ministère des Finances du monde


LES institutions supranationales se sont chargées de résoudre les crises répétées et engendrées par la volatilité structurelle des marchés financiers. Le Fond Monétaire International (FMI) notamment, est devenu le Ministère des Finances du monde. Mais les institutions ne sont pas neutres. Elles reflètent des intérêts politiques et des idéologies économiques. Donc, au lieu de maîtriser les effets destructeurs de la mondialisation, elles peuvent les amplifier. Et c'est précisément le cas du FMI, comme l'ont prouvé à de nombreuses reprises certains des meilleurs économistes dont Sachs et Stiglitz, et comme le soutient le propre président de la Banque Mondiale. Le FMI, sujet unidimensionnel de l'orthodoxie néolibérale, intervient dans les économies en crise en octroyant des crédits de sauvetage en échange d'une libéralisation et d'une ouverture accrues des économies. Il est donc un acteur essentiel de la mondialisation et non un agent de maîtrise de ses conséquences.
La disparition du FMI et son remplacement par un nouveau système de gestion économique coétatique et dégagé de la mainmise des Etats-Unis, est une condition indispensable au "pilotage" de la mondialisation. Mais en quoi consiste ce pilotage?

Manuel CASTELLS (USA)
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