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    Tribune

    La mise à niveau des entreprises: Mythe ou réalité

    Par L'Economiste | Edition N°:325 Le 09/04/1998 | Partager

    Par Raouf BENBRAHIM*

    La seule manière de remettre à niveau les entreprises est de réduire les droits d'entrée sans attendre l'entrée en vigueur de l'Accord d'Association avec l'UE. L'auteur de l'article livre ici sa vision de la mise à niveau.


    Que le terme "mise à niveau" soit d'actualité est le moins que l'on puisse dire, même si le sens économique exact du terme est flou. Bien que le sujet soit souvent évoqué dans le contexte des entreprises, les autorités et les principaux opérateurs économiques semblent s'accorder sur une définition beaucoup plus large, à savoir une mise à niveau de l'ensemble de l'économie marocaine, voire de la société comme l'a si bien dit récemment M. Mouhcine Ayouche de la CGEM lors d'un dîner-débat à Agadir sur ce même
    thème.
    Cette définition plus large est appropriée pour plusieurs raisons. D'abord et surtout le fait qu'une complète intégration du Maroc dans l'économie mondiale passe par une augmentation de la productivité et de la compétitivité de l'ensemble de l'économie avec une valorisation de son capital humain. Ensuite, il est illusoire de croire qu'avec un fonds d'assistance technique par ci et un mécanisme de financement par là on peut réellement relever la productivité des entreprises.

    L'avantage comparatif, une notion dynamique


    Il n'existe en effet aucun précèdent au monde qui pourrait corroborer une thèse pareille. Il faut savoir qu'il est extrêmement difficile, voire impossible de déterminer à l'avance quelles entreprises pourront survivre au lendemain d'une plus grande ouverture du marché national, même après une restructuration, et lesquelles sont appelées à mourir en raison de la notion même de l'avantage comparatif. Il ne faut pas oublier que ce concept n'est pas statique et que l'avantage comparatif est une notion dynamique, autrement dit quelque chose que l'on peut avoir aujourd'hui et perdre rapidement demain. Pour les entreprises appelées difficilement à survivre ou même mourir, la consolation est de savoir que leurs pertes sont un gain pour le consommateur (un jeu zéro somme) si celui-ci peut avoir accès à des produits importés de meilleure qualité et/ou à meilleur prix. N'empêche, si la mise à niveau des entreprises doit demeurer l'objectif sur lequel on veut se fixer, la seule manière d'y arriver est de réduire les droits d'entrée dès janvier 1999 sans attendre l'entrée en vigueur de l'Accord d'Association avec l'Europe.

    Ce n'est qu'ainsi que l'on peut avoir une idée du nombre et du type d'entreprises en danger et de commencer à définir les besoins d'aide qui leur seront nécessaires si besoin est de le leur accorder, ce qui n'est pas évident dans une économie de marché. A défaut d'une telle approche et pour mettre à niveau l'ensemble de l'économie, il n'existe malheureusement aucun raccourci et la seule voie est celle du programme de réformes déjà largement amorcée et dont le chemin reste très clairement tracé. Il s'agit en priorité d'améliorer le cadre économique, surtout au niveau des finances publiques et particulièrement au niveau des recettes en améliorant le recouvrement et en élargissant l'assiette fiscale par, entre autres, l'élimination des exonérations dans les secteurs de l'habitat et de l'agriculture, exonérations qui avaient un motif social à l'origine, mais qui n'avaient et n'ont aujourd'hui aucune logique économique. En matière de fiscalité, la règle d'or est la mise en place d'un régime neutre sans exceptions, car souvent celles-ci deviennent la norme et la règle devient vite l'exception. Il faut aussi agir au niveau des dépenses pour réduire davantage le déficit budgétaire, même si son niveau actuel est finançable. Au niveau des dépenses, il faut surtout s'attaquer aux dépenses courantes et parti-culièrement à la masse salariale qui absorbe plus de 35% du Budget et presque 10% du PIB. Il est essentiel de réduire considérablement les dépenses de fonctionnement pour accroître l'épargne publique qui est un objectif même plus important que l'élimination du déficit public. Pour comprendre, l'épargne publique est en quelque sorte l'équivalent du résultat brut d'exploitation (RBE) au niveau de l'entreprise.

    Nous savons que tout ce qui ne dégagerait pas un RBE positif devrait penser sérieusement à déposer son bilan, ce qu'un gouvernement ne peut pas faire facilement bien sûr. Par contre, un Etat peut et doit entreprendre des mesures d'austérité pour se donner plus d'espace fiscal en augmentant l'épargne publique et ainsi être en mesure de financer plus d'investissements, surtout dans le développement des ressources humaines, domaine dans lequel le Maroc traîne par rapport aux autres pays à revenu moyen.
    La mise à niveau de l'économie passe également par une accélération du programme de privatisation et la poursuite des réformes du secteur financier pour le rendre plus compétitif et dynamique. Elle passe aussi par une restructuration interne du programme d'investissement public pour privilégier les secteurs sociaux avec des dépenses complémentaires rendues possibles avec une épargne publique qui devrait correspondre à 20-25% du PIB, soit le niveau atteint par les pays à revenu comparable, mais qui ont connu une croissance économique équivalente à plus du double de celle réalisée par le Maroc ces dix dernières années.

    "Maroc express"


    Pour aider le lecteur à mieux comprendre, une analogie pourrait être faite à travers l'image suivante:
    Imaginons l'économie maro-caine comme un véhicule, disons un autocar que l'on peut baptiser le "Maroc express" et qui doit entreprendre un long et ardu voyage. Imaginons ce véhicule avec beaucoup de kilomètres à son actif, mais avec un moteur qui reste en bon état, allusion faite ici au secteur privé marocain qui a fait ses preuves et n'a rien à envier à aucun secteur privé du monde, si ce n'est la qualité de gestion du contexte dans lequel il opère, ce que nous ne pouvons pas lui reprocher. Il faut voir l'amélioration du cadre macro-économique comme le renforcement de la carrosserie du véhicule. Il faut aussi voir l'accélération des privatisations comme l'huile qui est indispensable au bon maintien du moteur. Il faut enfin voir un secteur financier compétitif et performant comme la source de carburant dont le véhicule aura besoin pour son long voyage. Il faut finalement voir l'investissement dans les ressources humaines comme une nécessité pour s'assurer que tout le monde trouve sa place à bord du véhicule et fasse ce long voyage pour arriver à bon port.

    * Ancien expert auprès du FMI.


    Un autre point de vue


    L'expression "mise à niveau" est reprise et commentée dans tous les médias, même si son sens économique réel est extrêmement abstrait même pour un économiste de l'école anglophone comme moi. Après avoir été rassuré par cette expression dans tous les journaux et émissions, il m'a paru utile d'apporter un autre point de vue qui n'est pas en droite ligne avec la pensée des milieux officiels ou des médias et qui pourrait donc choquer un peu. Ce point de vue peut se résumer en sept mots: La mise à niveau est une illusion. Même s'il n'est pas clair de quel niveau il s'agit, il faut savoir que rien en matière économique, que ce soit de l'école classique, keynésienne ou monétariste ne prétend qu'en jetant des ressources à un problème, on le solutionne. Les entreprises marocaines auront à faire face à une concurrence féroce certes, aussi bien dans le cadre de l'Accord d'Association avec l'Union Européenne qu'au niveau mondial avec le démantèlement de la protection tarifaire et des barrières non tarifaires, transformant ainsi le monde en un village ou tout s'échange, s'achète et se vend. Mais la meilleure façon de les aider est d'attendre et laisser la concurrence jouer. Certaines que nous espérons nombreuses survivront. D'autres devront entreprendre des programmes de restructuration dont on ne peut aujourd'hui anticiper ni le contour ni le contenu. D'autres encore ne survivront pas. La disparition de celles-ci ne doit pas être considérée comme un drame national, mais plutôt comme une fatalité qui résulte du jeu normal du marché.

    Ce qu'il faut surtout savoir c'est qu'une entreprise qui ne peut faire face à la concurrence étrangère représente souvent un gain pour le consommateur qui a accès à des produits de meilleure qualité et/ou à meilleur prix. Un jeu zéro somme en quelque sorte. Et en définitif, ce qui est bon pour le consommateur est bien plus important si l'on veut une mise à niveau qui ne soit pas limitée aux entreprises, mais généralisée à la population. Face à la concurrence, les entreprises n'auront plus le choix et devront prendre toutes les mesures à leur portée pour survivre. Il est prématuré pour l'instant d'envisager une assistance quelconque.

    R. B.

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