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Culture

La marche vers le Nord des tribus sahariennes au XVIe siècle
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3386 Le 19/10/2010 | Partager

Bel exemple d’interpénétration du Sud au Nord que celui offert par la montée des grandes tribus sahariennes enregistrée le long des siècles par l'histoire marocaine.Il serait fastidieux de remonter aux temps anciens quand les Sanhaja sahariens, nomadisant des montagnes de l’Atlas jusqu’aux rives du fleuve Sénégal se sont établis dans le Rif, dans le bassin de l’Ouergha, dans la région d’Azemmour ou au Moyen-Atlas, adoptant un mode de vie sédentaire, totalement différent par rapport à leurs vieux frères nomades chameliers du désert lesquels, nous rapportent les historiens, ni ne labouraient ni n’ensemençaient la terre.Nul besoin non plus de revenir à l’épisode, connu de tous, relatif à la fondation de l’empire almoravide par les Moulathimoun, Voilés du désert qui régnèrent de l’an 1056 à 1147 sur un empire qui s’étendait du fleuve Sénégal à l’Andalousie avec Marrakech pour capitale, drainant dans leur sillage d’autres tribus berbères sahariennes.Plus proche de nous, arrêtons-nous sur la période du XVIe siècle marquée par la grande poussée vers le Nord des tribus guerrières, dites Ma’qil, dans la mouvance de la dynastie saâdienne. Arrivés au Maroc au XIIe siècle dans le sillage de l’invasion des bédouins hilaliens, les Ma’qil considérés d’origine yéménite furent refoulés dans le désert par des tribus plus puissantes avant d’y prospérer et d’y atteindre un grand nombre. Au milieu du XIIIe siècle, à l’appel du seigneur du Souss, Ali ben Yedder, opposé aux Gzoula maîtres de ces territoires, quelques tribus sahariennes peuplèrent le Souss, tandis que d’autres fractions s’engagèrent davantage vers le Sud poursuivant cette conquête au XVe siècle. C’est de leur métissage avec les autres groupes ethniques amazighes et noirs que se formera la société maure au parler Hassaniya.Ce dernier vocable est rattaché à un ancêtre éponyme légendaire, le guerrier Hassân (ben Mokhtar ben Mohamed ben ‘Aqil ben Ma'qil) auquel la tradition généalogique attribue cinq fils: Abd-er-Rahmane (ancêtre des Rehamna); Oudey (ancêtre des Oudaya); Dlim (ancêtre des Oulad Delim); Obayd-Allah (ancêtre des Oulad Damane notamment) et Hammou (ancêtre des Brabech) avec leurs innombrables ramifications réunies toutes sous le dénominatif «Hassân».Quoi qu’il en soit de ces croyances généalogiques, ces tribus sahariennes au destin analogue menaient un genre de vie identique fondé sur la nomadisation et le déplacement avec les troupeaux à la recherche de pâturages et la réalisation des échanges.Participant activement au commerce transsaharien «triangulaire» qui menaient certaines branches au sud d’Agadir, à Essaouira ou à Safi, ainsi que le décrit Paul Pascon, elles subirent les conséquences de la perturbation de cet équilibre économique causée par la pénétration portugaise et espagnole. C’est dans ce contexte d’occupation chrétienne des villes littorales au XVIe que furent proclamés, dans le Draâ, les sultans saâdiens comme fers de lance de la guerre sainte, rejoints par toutes les tribus du sud-ouest qu’elles soient formellement enrôlées ou pas dans le registre de l’armée appelée «Guich Ahl Souss».Parmi ces tribus figurent les Chbanate, Chrarda, Zirara, Oulad Delim, Oulad Ahmar, Oulad Jerrar, Brabech, Rehamna… Dans sa fameuse thèse de doctorat en sociologie, intitulée Le Haouz de Marrakech, Paul Pascon nous apprend en ce qui concerne les Rehamna, qu’«en 1517, ils sont signalés bien au sud d’Agadir, probablement même au sud de Massa, accompagnés des Oulad Dlim, des Ahmar et des Oudaïa. En 1525, ils participent à l’attaque de Santa Cruz (Agadir); l’un des quatre caïds à qui le Chérif saâdien a confié l’opération est le caïd des Rehamna. C’est entre cette date et 1565, qu’on les trouve circulant dans la région de Marrakech…» où ils laissent leur nom de nos jours à la localité de Skhour Rehamna. Edmond Doutte les présente jusqu’en 1905 vêtus du «khent», cotonnade teinte à l’indigo, caractéristique des Tekna et des Sahariens du sud de Oued Draâ. Autre exemple avec les Oulad Delim qui nomadisent jusqu’à nos jours dans les zones littorales allant du Draâ à Seguia Hamra avec comme terrain de parcours privilégié Oued Dahab. Au milieu du XIIIe siècle, certaines de leurs fractions montent dans le Souss où elles sont particulièrement réputées chez les Achtouken. Au XVIe siècle, alliés aux Saâdiens dont ils constituent le Guich, ils s’installent au nord-ouest de Marrakech où ils furent mêlés aux Chrarda et à d’autres groupes apparentés comme les Chbanate et les Zrara, avant de s’établir pour certains de leurs groupes dans la plaine du Gharb au XIXe siècle. Comment ne pas citer également les Oudaya au sujet desquels les annales rapportent qu’en 1677, un de leurs groupes se trouvait dans le Haouz de Marrakech (à El-Bhira) où l’un des leurs aurait croisé sur son chemin le sultan Moulay Ismaïl. L’humble homme, surnommé Bouchefra, aurait alors rapporté au Sultan, l’exode de sa tribu suite à une disette qui ravageait le Sud et son installation dans le Souss. C’est ce qui explique d’après Pascon leur arrivée postérieure dans le Haouz aux Rhamna et aux Chbanate. Considérés comme les oncles maternels de Moulay Ismaïl dont la mère était une Mghafriya, issue d’un des groupes Oudaya, Moulay Ismaïl les employa avec sollicitude dans son armée régulière, au même titre que les Bouakher ou les Chrarda. Ils sont installés ainsi en colonies militaires près des principales villes du Royaume, notamment Meknès, Fès, Oujda et Rabat où ils sont restés en garnison dans la casbah des Oudaya qui porte toujours leur nom. Que dire des Chbanate au destin similaire auprès desquels les sultans saâdiens ont contracté des unions matrimoniales à tel point qu’ils tentèrent de prendre le pouvoir au moment de la faiblesse d’un interrègne ou des Oulad Jerrar, réputés aussi bien à Oued Dahab, tout comme ils sont prépondérants dans les plaines septentrionales du Souss (près de Tiznit) avant de se ramifier dans d’autres régions, laissant leur nom à des toponymes correspondant aux groupements formés le long de leur parcours…Evidemment, un livre à part entière serait à peine suffisant pour décortiquer toutes les zones de mouvance de ces tribus et leurs répartitions géographiques, assorties de la forte croyance d’une appartenance à un même corps que ce soit au Sahara, au Gharb en passant par le Haouz de Marrakech, sans oublier les innombrables familles qui se rattachent à leur filiation aux quatre coins du Royaume.Tout comme des ouvrages pourraient être consacrés en totalité aux grandes tribus sahariennes qui offrent quant à elles l’exemple inverse de progression du Nord au Sud, comme c’est le cas pour les Rguibat, les Oulad Bousbaâ ou les Aroussiyin... Bref, à l’heure où l’Europe a réussi la mise en place d’une communauté commune en dépit de multiplicités linguistiques, ethniques, culturelles et des guerres historiques centenaires, il est déplorable de constater que le Maghreb peine à relever le défi de la construction, malgré les liens solidaires qui unissent ses peuples, menacé qu’il est par des tendances séparatistes doublées d’ambitions hégémonistes non avouées.Au lieu d’aspirer au fédéralisme, ce séparatisme le plus sectaire est le moins que l’on puisse dire, fâché aussi bien avec l’histoire, avec la logique qu’avec les visions de paix et de fraternité pour les peuples d’Afrique.

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