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    La liberté de la presse européenne en question
    Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur

    Par L'Economiste | Edition N°:2657 Le 22/11/2007 | Partager

    Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en littérature comparée à la faculté des lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de la rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.  Une saga familiale couvrant un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l’histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.Notre histoire s’étale sur la couverture de l’hebdomadaire satirique espagnol, «El Jueves» (Le Jeudi) dont le titre complet annonce d’emblée la couleur: «Le Jeudi, la revue qui sort le mercredi». Donnant un éclairage railleur sur la politique nataliste du gouvernement Zapatero au mois de juillet, primant de 2.500 euros tout nouveau-né espagnol, les deux caricaturistes n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’un dessin (après tout, c’est bien leur métier!), mais de si mauvais goût, jugé «objectivement injurieux», représentant les ébats du prince des Asturies et de son épouse dans une position pas très catholique.Réaction: le journal est immédiatement censuré et la justice saisie, en référence à un article du code pénal espagnol prévoyant une peine allant d’une amende à deux ans de prison pour «atteinte à la dignité d’un roi» et «injure à la couronne». Le 13 novembre 2007, les deux caricaturistes sont en effet condamnés à verser une amende de 3.000 euros chacun.L’éditeur du magazine, Oscar Nebreda, commente ainsi dans la presse, la première mesure relative à la saisie de son journal: «Jamais on ne nous avait fait un coup pareil, enfin si, une fois, voilà 28 ans. Mais c’était juste après la mort de Franco, quand l’Espagne était encore dans ce qu’on appelle ‘‘la période de transition’’. Maintenant nous sommes en démocratie, et saisir le journal, comme l’a fait ce juge, est une décision démesurée et grotesque». Quatre jours plus tard, l’organisation Reporters sans Frontières, par la voie de son inamovible président, réagit laconiquement, en deux phrases, tranchant avec ses habituels communiqués, longs et virulents, destinés entre autres mauvais élèves favoris, au Venezuela qui avait exclu du réseau hertzien la chaîne Radio Caracas Televisión, un média accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat violant les institutions du pays.Imaginons, nous dit sur un ton ironique l’écrivain et journaliste Fausto Giudice dans le site Tlaxcala, réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, «Imaginons que El Jueves s’appellerait Al Khamis et serait un magazine satirique paraissant, par exemple, en Arabie saoudite (…). Imaginons qu’Al Khamis aurait été saisi pour avoir publié un dessin sur un des 5.000 princes de la famille royale en position galante. Imaginons la réaction: on aurait droit au moins à une manifestation au Trocadéro à Paris, et une autre sur le Washington Mall; le drapeau mis en berne sur la mairie de Paris; une édition spéciale de Charlie-Hebdo; une motion vigoureuse du Parlement européen.Le tout diffusé en boucle à tous les journaux de télé et mis en Une de tous les journaux du monde libre (…)».Restons dans ce monde, dit libre, et effectuons une brève escale dans la principauté de Monaco, précisément chez le non-traditionnel média de la galaxie blogosphère. Comment oublier alors la triste aventure du compositeur de musique classique et organiste Marc Giacone lequel affubla le prince Albert, d’un nez de clown, avec comme commentaire «Chef Clown séducteur» sur son blog «Monaco Politic Circus». Mal lui en prit. Poursuivi en justice pour «offense au chef de l’Etat» lors de son procès en correctionnelle le 7 août, il assista à la fermeture de son blog, à la perte de son poste d’organiste titulaire à la chapelle des Carmes de Monaco et risqua même, de peu, une peine de six mois de prison.Nous qui croyons ce genre de méthodes propre aux Sudistes tiers-mondistes, latinistes ou arabistes! Cela nous donne envie d’endosser l’habit de «l’homme blanc», d’oublier nos propres dérives liberticides pour zoomer sur les autres, inverser les rôles, une fois n’est pas coutume, pour aller sur le continent européen, censé servir de modèle à la planète entière. Nous prenons donc comme démarrage la Journée européenne de la liberté de la presse organisée le 5 novembre dans une trentaine de pays par la Fédération européenne des journalistes. Nous poursuivons ensuite notre singulier périple au cœur et aux limites de la liberté de la presse sur ce continent, en consultant la bible mondiale en la matière, j’ai nommé le Rapport annuel de Reporters sans Frontières. Aux quatorze premiers rangs, triomphe l’Europe avec en tête, les pays nordistes, l’Islande en classe numéro une, suivie par la Norvège, l’Estonie, la Slovaquie, la Belgique, la Finlande, la Suède, le Danemark... Est-ce à dire qu’aucun journaliste n’est inquiété dans ces douces contrées, qu’aucune forme d’intimidation n’est exercée? Et bien, que nenni… Le Danemark, classé au 8e rang mondial, considéré par certains comme le parangon de la liberté d’expression avec l’affaire des caricatures du Prophète, avait pourtant traduit en justice au mois de décembre 2006 le rédacteur en chef et les deux journalistes du quotidien de droite «Berlingske Tidende», au motif de «publication d’informations illégalement obtenues par un tiers», aggravé ensuite par l’accusation d’»atteinte à la sécurité de l’Etat». Eraflant douloureusement la thèse officielle du gouvernement libéral, les journalistes ont en effet divulgué, en 2004, des extraits de rapports des services secrets relatifs à l’absence d’armes de destruction massive en Irak qui avait justifié l’entrée de leur pays en guerre auprès des USA. Les journalistes sont finalement acquittés et échappent à une peine maximale de deux ans de prison, tandis que l’agent des services secrets qui avait fourni les informations est condamné à quatre mois de prison en appel. Au 11e rang du rapport annuel 2007 de RSF vient la Suisse dont trois taches noires assombrissent le cours de l’année 2006, notamment la poursuite du rédacteur en chef du «SonntagsBlick» et de deux journalistes. Leur crime: avoir révélé l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe et publié un document classé secret-défense. Jugés par un tribunal militaire, nos journalistes et non moins civils suisses, sont enfin acquittés le 17 avril 2007.Neuf échelons plus loin surgît l’Allemagne. C’est que l’année 2006 a été marquée par la poursuite de quelques journalistes pour «divulgation de secret d’Etat», ainsi que par la révélation d’une affaire au goût de scandale concernant l’espionnage des médias par les services de renseignements et par la police à travers des écoutes téléphoniques, de même que l’emploi de journalistes comme indicateurs surveillant leurs confrères, ainsi que le rapporte le grand quotidien «Süddeutsche Zeitung». Ne rentrons même pas dans le détail de l’affaire de ces sites fermés dans la patrie des Germains et continuons à consulter notre Rapport. Après le Ghana et la Grèce vient la France, en 31e position. Au menu de l’année 2006 figurent quelques perquisitions au sein des médias. Que dire aussi de ces tripatouillages des politiques dans les affaires des rédactions avec à la clef soit le blocage de l’article avant sa parution, si ce n’est le limogeage des responsables des affreux «délits», comme ce fut le cas pour l’ancien rédacteur en chef de Paris Match.Le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, Aidan White, déplore dans ce cadre «les démons de l’ingérence politique, de l’autocensure, de la concentration des médias et de la précarité dans la profession pour aboutir à un journalisme véritablement malade».Les syndicats de journalistes en France, réunis pour la première fois depuis quinze ans, à l’occasion de cette journée européenne de la liberté de la presse, ont par ailleurs remis aux députés leurs propositions d’une «loi garantissant l’indépendance des rédactions, à l’heure où les dérives déontologiques, les rachats de médias et les pressions sur le contenu de l’information se multiplient, remettant en cause le droit de chacun à une information honnête, indépendante et fiable».Comment clore cette liste européenne, sans un clin d’œil pour ce mauvais élève qu’est la Pologne, rangée en 57e position dans le classement mondial de RSF. Si les médias religieux et ultra-conservateurs y sont favorisés par le pouvoir, le reste de la presse subit en effet des mesures de durcissement, représentées notamment par la multiplication des poursuites à l’encontre des journalistes et par la condamnation à des peines de prison avec sursis. Loin de tout angélisme, nous savions la liberté de la presse absolue, relever du mythe. Ni l’Europe, ni les USA ne sauraient se présenter comme modèle idéal, au vu des verdicts liberticides chez les uns, d’absence même de procès dans des cas exceptionnels, notamment dans le bagne moyenâgeux de Guantanamo avec le cas de Sami El-Hajj cameraman d’El-Jazeera, et des pratiques entachant l’indépendance des médias chez d’autres. Citons à ce titre: la mainmise des magnats financiers sur les médias, le monopole des groupes privés, les accointances des politiques avec les patrons de groupes de presse, la transformation de certains médias en relais de communication des gouvernements, le manque de pluralisme, les diktats pernicieux et dévastateurs de l’autocensure et du politiquement correct. Or, après moult consultations du rapport de RSF, malgré toute la naïveté et le béni-oui-ouisme envisageables, il est difficile de déceler des gages infaillibles d’impartialité et d’objectivité dans ce rapport truffé de contradictions, si ce n’est d’acharnement illogique contre certains Etats comme Cuba. Ce qui fait craindre le pire, que d’aucuns ne manquent pas de dénoncer, de plus en plus, même sous nos cieux, au risque d’écoper d’un procès, ce qui est le comble venant d’un organisme censé promouvoir la liberté d’expression, sans accorder de circonstances atténuantes par ailleurs à certains jugements dans des affaires de diffamation.Malgré les critères méthodologiques mis en place par RSF, comment croire en effet en la crédibilité d’un rapport qui fait figurer deux Etats à deux reprises, une première fois à l’intérieur de leurs frontières, une deuxième dans les territoires qu’ils occupent. Il s’agit des Etats-Unis et d’Israël. Or, comment parler de liberté de la presse, en l’absence de liberté tout court? Encore plus, comment Israël hors territoire se trouve-t-il classé en 103e position (Il est 44e au classement dans son territoire), soit trois rangs avant le Maroc, sachant que dix-sept journalistes y ont été blessés au cours de l’année 2006 (et neuf au moins depuis janvier 2007), pris à partie par l’armée israélienne? Tirer sur des journalistes en plein exercice de leur métier est-il moins grave qu’une saisie de journal?Pour conclure notre tour d’horizon autour de cette délicate thématique, rappelons que notre intention n’est ni de minimiser les atteintes à la liberté d’expression dans notre pays, ni d’ignorer le chemin qui reste à parcourir avant la réforme du code de la presse, appelée de ses vœux par toutes les parties pendant la journée nationale de l’Information, fêtée cette année le 13 novembre. A cette occasion, dans le cadre de la cérémonie de remise du 5e Grand prix national de la presse, le président du jury, Khalil Hachimi Idrissi, avait demandé, «un moratoire sur les peines de prison, en attendant l’adoption d’un nouveau code de la presse».De leur côté, les prix ont mis en avant la diversité des visions, la pertinence des thématiques, la voix de la jeunesse: «Les villages et les douars éloignés» à la télé; «La prostitution dans les milieux des jeunes» à la radio; les attentats de Casablanca dans la presse écrite; «Le football, l’enfant et le policier» comme meilleure photo… Chaque pays dans le monde, avec ses particularités culturelles et politiques s’impose des lignes rouges et des garde-fous, faut-il rappeler ce secret de polichinelle! Chaque citoyen, qu’il soit couronné ou appartenant au menu peuple a par ailleurs droit à la dignité et au respect. La presse n’est pas sacrée ni au-dessus des lois lorsqu’elle bascule dans l’injure et dans la diffamation, en l’absence de toute éthique et déontologie, poussant parfois même vers la division et le radicalisme. Les organismes de «contrôle» comme RSF devraient examiner attentivement les différents cas dans le monde, éviter les généralisations abusives et adopter la même rhétorique et le même ton, dans tous les cas de figure, au Nord et au Sud, pour faire croire encore en l’égalité des traitements et à la justesse de sa mission «d’humanitaire du journalisme». Qu’est-ce qui justifie concrètement que les débats concernant la liberté des médias prennent une tonalité tonitruante chez les uns, amplifiés démesurément, comparativement avec des cas similaires dans le Nord? Ne risque-t-on pas, avec une telle vision, de déformer l’image et de donner de surcroît l’impression qu’on a revêtu les lunettes du «Blanc» donneur de leçons. Car de leçon de liberté, aucun groupe ne peut l’octroyer dans l’absolu, l’homme étant capable du meilleur comme du pire, ici comme ailleurs. En matière de statistiques douteuses, il nous est forcément désagréable, à tous, d’être examinés avec condescendance, comme un mauvais élève irrécupérable par un maître arrogant et sévère, lequel distribue des points sans définir avec précision son barème, donnant l’impression de gratifier généreusement les uns et de s’acharner contre les autres. Mais, est-il politiquement correct de dire et de penser tout ça? Est-il permis d’inverser les rôles, d’inviter à la relativité, d’accompagner l’autre jusqu’au bout de sa logique pour faire entendre notre propre vision et de conclure que sans diversités d’opinions, nulle liberté.


    La presse nationale à travers le portrait d’un précurseur…

    Faisons revivre la mémoire d’un homme qui a lié le combat pour l’indépendance du pays à la noble mission de la presse, en tant qu’outil de prise de conscience et de développement de l’esprit critique. Il s’agit de Saïd Hajji, un penseur et un journaliste d’avant-garde et un des précurseurs du Mouvement de la renaissance marocaine, considéré comme «le fondateur de la presse nationale arabe au Maroc».En 1928, à l’âge de 16 ans, Saïd Hajji crée à Salé, sa ville natale, une amicale autour de personnalités comme Mohammed Hassar, Abou Bakr Kadiri, Haj Ahmed Maâninou et Mohammed Chmaou, ainsi que le précise Abderraouf Hajji, auteur de l’ouvrage «Said Hajji: Naissance de la presse nationale marocaine». «Cette amicale, poursuit l’auteur dans son site, a fait paraître une série de journaux, tous manuscrits, dont la direction était confiée à Saïd Hajji. Ces journaux sont: «Alwidad» qui paraissait toutes les semaines, «Alwidad mensuel» qui paraissait en 24 pages, «L’Ecole» hebdomadaire, «Al Watan» où il exposait les questions relatives à la jeunesse et au mouvement culturel, et enfin une «Revue illustrée» avec les photos de la semaine qui présentaient un intérêt politique, culturel ou artistique».

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