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    La lente agonie des oasis

    Par L'Economiste | Edition N°:2430 Le 26/12/2006 | Partager

    . Bayoud, sécheresse, exode, microparcelles, désertification… les maux. Aux effets de la désertification s’ajoutent ceux de la désertion Alarmant! A Guelmim, Assa, Taghjijte, Tata, Akka, Foum Zguid… les oasis marocaines se meurent. Autrefois grenier et lieu de vie d’un mode communautaire, aire de repos des caravanes et rempart contre l’avancée du désert, les oasis subissent de grandes dégradations et la plupart des palmeraies agonisent. C’est aujourd’hui un patrimoine en péril confronté à plusieurs crises menaçant même son existence. La banalisation de l’oasis en tant qu’espace de vie y est pour beaucoup. La sécheresse, l’épuisement de l’eau engendré par le pompage de la nappe, l’ensablement et la salinisation ont conduit à l’abandon de centaines d’hectares. A peine 40% des arbres sont en âge de produire, qui plus est gangrenés par des champignons. La vie oasienne se vit aujourd’hui dans des conditions extrêmes d’aridité et de précarité. Le vieillissement des palmiers dattiers affecte la récolte. Le paysage est souvent désolant: des vestiges de palmeraies, des points noirs de détritus, des micro-parcelles de plus en plus morcelées, des arbres stériles gangrenés par le Bayoud (champignon du sol) qui sévit dans la région… Le tout conjugué à la rareté de l’eau. Plusieurs sources d’eau (khattarates) sont devenues inopérantes. Taghjijte, un patelin berbère situé à 200 kilomètres au sud d’Agadir, abrite l’une des grandes oasis de la région. Un continuum d’oasis de 70.000 palmiers sur quelque 400 hectares autour desquelles vit une vingtaine de douars (soit 11.207 habitants selon le dernier recensement). A elle seule, la palmeraie de cette commune rurale compte 7 à 8 km de long. Un site qui subit de plein fouet les effets de la désertification puisque la zone est limitrophe avec le désert. Mais la particularité de cette oasis est qu’elle n’a pas conservé tous les atouts d’antan: trois strates avec des palmiers dattiers, des arbres fruitiers et le maraîchage. Elle n’a que deux niveaux avec des palmiers bayoudés et en dessous des cultures vivrières d’orge, de maïs, de fourrages (luzerne) accompagnées d’élevage de caprins et d’ovins. Ce qui est devenu rare dans les oasis marocaines. A elle seule, cette oasis produit une trentaine de variétés de dattes, dont le boufekkouss est la qualité premium, soit un millier de tonnes par an. Mais les effets du Bayoud, la sécheresse (climat semi-aride) et la parcellisation des terres à cause de l’héritage endommagent et réduisent d’année en année les récoltes. Les problèmes de conservation des dattes n’arrangent pas non plus la situation. Ici, les taux de précarité dépassent les 32%. C’est la commune rurale la plus pauvre de la région. L’exode des jeunes bat son plein. Ils désertent le village pour améliorer leurs revenus dans les grandes villes et à l’étranger. Du coup, les adolescents et les jeunes se font rares. Seuls les enfants, les femmes et les vieux restent sur place. D’où un problème de gestion des terres et un écosystème laissé à l’abandon. L’ancien souk du village (Tablabba), d’une rare beauté architecturale, est délaissé depuis 17 ans. Aujourd’hui, c’est un vestige complètement délabré. Au problème de la désertification s’est conjugué celui de la désertion du village et l’abandon des terres. Un des effets pervers de la modernité, estime-t-on sur place. A cela s’ajoutent le manque d’infrastructures de base et l’enclavement qui entravent le développement du tourisme dans la région. Pourtant, cette localité de la province de Guelmim recèle un potentiel touristique important. La proximité de Guelmim permet d’envisager un avenir touristique de relais sur la route du Grand Sud.. Le pillage du néolithique Un peu plus loin vers l’Ouest, Akka. Un village de la province de Tata appelé le Grenier du calife (Oumghar) abrite la plus grande oasis du sud, aux côtés de celle du Drâa. «Avec ses 1.200 hectares et 9.000 habitants, c’est la plus grande palmeraie de la région», précise un responsable de la délégation provinciale de l’Agriculture. Selon lui, c’est une palmeraie modèle qui conserve ses trois strates et produit les meilleures variétés de boufekkous, bouzekri, jihel… Néanmoins, l’oasis est enclavée, la route est barrée. La palmeraie souffre également de problèmes liés à l’eau, aux détritus… Le constat est que même ce modèle de palmeraie connaît un état avancé de délabrement, les palmes sont blanchies, les troncs assoiffés, des vestiges de foyers tout autour… Le constat est désolant lorsque l’on apprend que les Almoravides et les Almohades y ont vécu. Tout comme Sijilmassa, c’était un carrefour important dans la route des caravanes. Deux monuments en témoignent au centre de la palmeraie: une tour identique à celle de Hassan à Rabat mais coupée en deux et une autre similaire à celle de la Koutoubia à Marrakech. Des ONG italiennes comptent restaurer ce patrimoine aujourd’hui en ruine. Non loin, un autre drame culturel. Des gravures rupestres néolithiques de 6.500 ans sont laissées à l’abandon dans un douar (Oum El Alg). Des pillages de ces pierres par les touristes sont monnaie courante dans la région. «Des camions chargent ces pierres pour des besoins de construction», s’indigne un jeune du douar. Une association locale compte répertorier et clôturer le site pour en faire une zone protégée, mais elle n’en a pas les moyens. A plus de 400 km de Guelmim, dans le pied de l’Anti-Atlas, se trouve le village de Tagmoute. Avec plus de 5.000 familles, l’oasis est restée intacte dans cette commune rurale. Elle a conservé ses trois niveaux: palmiers dattiers de 15 mètres, arbres fruitiers (caroubiers, amandiers, oliviers, grenadiers) en plus du maraîchage. Mais le morcellement des terres est l’un des principaux handicaps. Les parcelles les plus exiguës sont de 4 m sur 4. Ici, l’activité agricole est souvent à perte. Elle est purement vivrière. Pour alléger la dépendance à la terre et la pauvreté des femmes rurales, des ateliers ont été créés dans l’apiculture (50 ruches et matériel), le tissage et l’alphabétisation avec des associations locales. C’est un embryon de commerce équitable avec un miel bio qui est lancé dans la région. Avec 21 douars, c’est l’une des communes rurales les plus pauvres du Sud. Les taux de pauvreté, d’analphabétisme, l’exode y sont des plus élevés… La population a été réduite en 10 ans. De 5.000 en 1994, elle est passée à 4.800 en 2004. Pourtant, les taux de natalité sont restés les mêmes. Plusieurs facteurs accroissent le sous-développement et la précarité dans la région. A titre d’exemple, le système de distribution de l’eau dans la palmeraie de Tagmoute date de 600 ans. L’héritage est lourd: la population n’a pas le même droit à l’eau et le droit à l’eau n’est pas associé au droit à la terre. Des litiges surviennent régulièrement à cause de ce mode de distribution traditionnel de l’eau. Pour alléger cette dépendance à la ressource, des bassins d’eau ont été réhabilités, avec des systèmes de seguias, khattarates (canaux d’irrigation souterraine). Par ailleurs, un important programme de lutte contre la précarité, la désertification et pour promouvoir le développement durable dans les douars avoisinants vient d’être lancé: c’est le PAL-PDS (programme d’appui à la lutte contre la pauvreté rurale, la désertification et les effets de la sécheresse).


    Assa, la poudrière…

    Il faut dire aussi que les relations intertribales à Assa ne sont pas souvent au beau fixe entre Amazighs et Sahraouis, entre blancs et les gens de couleur (dits hartanis). C’est une poudrière! La cohabitation entre différentes tribus est parfois impensable, tellement les tensions sont fortes. Le problème, c’est que même la ville nouvelle reprend ce même schéma, cette répartition intertribale. La société civile vit aussi ces clivages. Du coup, chaque intervention est accueillie avec beaucoup de scepticisme et doit prendre en considération ces tensions, ces susceptibilités. La proximité avec Tindouf (ndlr: 75 km), bastion de la pseudo-Rasd, alimente les tensions et fait d’Assa un foyer en ébullition. A cela s’ajoute le système des cartes (Kartiates) de l’Entraide nationale. Plusieurs jeunes ont au moins 3 à 4 cartes et perçoivent environ 1.500 DH par carte. Ce qui rend impossible voire impensable la recherche d’un emploi. Or, le travail dans la palmeraie, notamment la cueillette des dattes, est rémunéré à … 50 DH le jour!A. R.

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