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Culture

La leçon dudit «départ volontaire»: A propos des CHUPar Ahmed IRAQUI, président honoraire de la Société marocaine des sciences médicales et ancien ministre

Par L'Economiste | Edition N°:2079 Le 04/08/2005 | Partager

LES fonctionnaires de l’Etat du Maroc ont eu le droit de demander entre janvier et juin 2005 leur “départ volontaire”. L’offre est gouvernementale, elle est officiellement référée à la volonté de modernisation des appareils de l’Etat et à la relance du secteur privé. Sa validité et sa pertinence relèvent toutefois d’une étude plus concrète. La modernisation des appareils de l’Etat ne fait l’objet d’aucune contestation, au contraire. Les élites développent à ce propos un vocabulaire incitatif. La mondialisation, la globalisation ou encore la révolution des technologies de l’information y prennent place. La signification première de cela correspond au changement des rôles et donc des moyens et des technologies de l’Etat. Le citoyen lambda va dans le même sens, tout en développant un autre argumentaire. Les défaillances éthiques et le déficit de l’administration et du service public sont des critiques communes. D’autres considérations, comme l’existence d’emplois fictifs, rendent les reproches qui sont faits crédibles. De sorte qu’on puisse conférer à la réforme des appareils de l’Etat les attributs d’un consensus difficile à remettre en question. Seule la congruence des technologies mises en œuvre pour la concrétiser se prête alors au débat. Et c’est sous cet angle qu’il convient d’examiner ledit “départ volontaire”, l’exemple des centres hospitalo-universitaires (CHU) paraissant être assez révélateur. Les CHU remplissent, il faut le rappeler, deux missions transversales et une mission verticale en référence aux systèmes de santé. Les deux missions transversales, la formation et la recherche, sont d’une utilité transindividuelle et transgénérationnelle. Leur importance socioéconomique et stratégique en fait des domaines d’investissement de l’organisation sociale. Consentir les investissements requisDans les pays économiquement faibles, soucieux de préserver leur indépendance, seule la puissance publique est susceptible de consentir les investissements requis dans la formation médicale et la recherche, surtout épidémiologique.Concernant la troisième mission, verticale ou encore de soins, les CHU publics n’en ont pas naturellement le monopole. Le secteur privé contribue mais dans les limites de la solvabilité des patients, d’une part et de la rentabilité des investissements à consentir d’autre part. Au Maroc par exemple, 80% des lits hospitaliers restent publics, ce qui permet dans une certaine mesure aux patients aux ressources faibles d’avoir un recours. Même les malades hospitalisés en privé bénéficient de celui-ci une fois leurs moyens épuisés. Et c’est de la sorte qu’on est en mesure d’affirmer que l’avenir du système de santé, d’une part, et de l’offre aussi bien publique que privée des soins, d’autre part, est largement tributaire de l’efficience et de la performance de l’institution étatique hospitalo-universitaire.La mission publique des CHU est par conséquent stratégique. Elle justifie, peut-être de manière prioritaire, de toutes les réformes, y compris celles qui visent l’assainissement. Mais est-ce réellement le cas dudit “départ volontaire”? La question mérite d’être posée car la proposition gouvernementale n’est ni isolée, ni accompagnée de mesures rassurantes quant à l’avenir des institutions comme celle hospitalo-universitaire publique.La proposition de “départ volontaire” est arrivée, il faut le souligner dans le CHU, après deux grandes réformes et une série de mesures. La première réforme porte sur le système éducatif (loi 01-00). Sa déclinaison universitaire signifie à terme la transition d’une formation de concepteur à celle de prescripteur en réponse à la demande solvable de l’environnement socioéconomique. La deuxième réforme porte sur le financement des soins. Elle apparaît dans la loi sur la couverture médicale de base (loi 65-002). Le désengagement de l’Etat de la prise en charge des soins représente dans les nouvelles dispositions, le changement le plus saillant. Parallèlement aux changements législatifs, il y a lieu de relever notamment la délégation de la gestion de nombreux services du secteur public aux opérateurs privés nationaux et étrangers.Il n’y a pas par conséquent de doute. La proposition de “départ volontaire” est en parfaite harmonie avec une démarche globale. Celle-ci est orientée par de nouveaux rôles de l’Etat. Les personnes qui incarnent l’ancienne pensée des services publics n’auraient plus d’ailleurs qu’à se soumettre ou à se démettre. La proposition d’indemnité et d’une pension respectable éviterait des conflits “idéologiques”.Le vécu de la proposition gouvernementale dans l’immédiat fournit quant à lui d’autres éclairages. Pour le moment, il faut le reconnaître, aucun débat de fond n’a lieu. Seuls les responsables, appelés à donner un avis sur telle ou telle demande, expriment un embarras. En l’absence d’indicateurs par exemple sur la future mission et encore plus sur l’organigramme du CHU, leur position est indiscutablement inconfortable. Ils ne sauraient en effet continuer une opération où le gouvernement propose et les demandeurs disposent sans assumer la responsabilité des dégâts vraisemblables. FragilisationD’autre part, ils n’ont aucun argument valable pour s’opposer à l’un et libérer l’autre. Il importe par ailleurs d’évaluer l’ampleur des problèmes qui se posent.Au CHU de Casablanca par exemple, un enseignant sur cinq a formulé jusqu’au début du mois de juin 2005 sa demande de départ volontaire. L’écoute des candidats permet de distinguer entre trois groupes. Le premier justifie sa demande par un calcul financier. Le second fait part de son épuisement en l’absence de reconnaissance de ses efforts, la nouvelle option prise dans l’organisation du service public étant en contradiction avec ses convictions. Le troisième groupe précise que la voie hospitalo-universitaire ne représente pour lui de toute manière qu’une voie de transition vers le secteur privé. Ce dernier groupe a d’ailleurs existé, il existe et il existera naturellement toujours. Quelle que soit la raison de la demande de “départ volontaire”, les candidats en question sont de toute manière partis dans l’âme. Ce sentiment est partagé par l’immense majorité des hésitants ou de ceux n’ayant pas identifié un intérêt évident immédiat dans la saisie de la proposition gouvernementale. Les autres, c’est-à-dire la minorité des adeptes du service public, sont dans un état pitoyable car ils se rendent bien compte qu’ils seront de toute manière de plus en plus isolés.Et c’est l’ensemble des considérations précédentes qui permet de caractériser la proposition de “départ volontaire” en fonction de deux de ses effets au CHU. D’une part, elle coûte cher à l’Etat (indemnité et pensions accordées) tout en créant un embarras en rapport avec sa gestion conjoncturelle. D’autre part, elle fait perdre à la nation le bénéfice susceptible d’être produit par des cadres ayant nécessité un investissement lourd et devenus enfin capables d’innovations et de créations. Mais ce n’est pas seulement en cela en quoi consistent les préjudices, la fragilisation du CHU étant une cause de celle du système de santé et de l’offre nationale privée et publique de soins.Il y a lieu en somme d’intégrer le “départ volontaire” à son contexte et de l’assimiler à une sorte de “capitulation volontaire” réfléchie ou irréfléchie, car il représente indiscutablement un levier de marchandisation de la santé et de la médecine avec alors l’ensemble des préjudices prévisibles pour le Maroc et les Marocains. Et c’est cela qui amène à tirer la sonnette d’alarme.Les dégâts produits au CHU en tout cas sont réels. Le moment n’est plus celui de tenter de les réparer.C’est le moment par contre d’un vrai débat sur la stratégie de développement du Maroc, entre des Marocains préoccupés par l’avenir de leur pays.La leçon fournie par la proposition de “départ volontaire” réside à ce niveau.

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