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La France redéploie sa politique étrangère
Par Hubert Coudurier

Par L'Economiste | Edition N°:2757 Le 16/04/2008 | Partager

Hubert Coudurier a été journaliste à France 3 puis rédacteur en chef et directeur de l’information au Télégramme de Brest. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage remarqué, «Le monde selon Chirac» (Calmann Levy, 1998), qui décrivait ce que serait la diplomatie chiraquienne et qui s’est révélé prémonitoire en tout point. Coudurier appuie ses analyses sur la connaissance précise des caractères des hommes et des femmes en charge des grands dossiers. C’est le «style Coudurier» Bernard Kouchner, l’homme du «droit d’ingérence dans les dictatures», est désormais devenu l’avocat de la realpolitik. «J’en ai marre que tu passes ton temps à jouer les martyrs», a-t-il un jour lancé à Rama Yade. Outre le marché libyen, 20 milliards de contrats avec la Chine conclus lors de la visite de Nicolas Sarkozy en novembre dernier, cela mérite bien quelques accommodements. Car contrairement à l’Allemagne, dont la chancelière Angela Merkel reste intransigeante sur les droits de l’homme, la France a un tel déficit du commerce extérieur, qu’elle ne peut se permettre de cracher dans la soupe. Ainsi le ministre des Affaires étrangères s’est rendu à plusieurs reprises à Pékin. On apprécie désormais sa «solidité» à l’Elysée où la ligne officielle est que le président décidera au dernier moment, contrairement au Premier ministre britannique, Gordon Brown, selon l’évolution de la situation. Le dalaï-lama, dont Nicolas Sarkozy a reçu l’envoyé spécial, Mathieu Ricard, ne souhaite d’ailleurs pas un boycott des J. O. Quant à Bernard Kouchner, il était le week-end dernier à Kaboul puis Kandahar pour parler de l’afghanisation des forces occidentales auxquelles la France a finalement décidé d’ajouter 700 hommes supplémentaires. Le débat qui s’est tenu au Parlement français a été l’occasion pour les socialistes d’évoquer les risques d’enlisement de nos troupes au sein d’un tel conflit. Personne n’a oublié que l’armée britannique puis les Soviétiques avaient laissé plus que des plumes dans ce pays montagneux aux redoutables guerriers. Il reste que la France, n’en déplaise aux socialistes dont la tradition pacifiste perdure, ne peut se soustraire aux obligations de la solidarité occidentale en matière de lutte contre le terrorisme international. Une bonne coopération existe dans le domaine du renseignement. Dès lors que sous l’impulsion de Jacques Chirac, Paris s’est abstenue, à juste titre, de participer à la guerre en Irak, une présence sur le terrain afghan devenait nécessaire. Deux mille soldats français y sont déjà déployés mais Jacques Chirac avait fait retirer les 200 hommes des COS (commandos des opérations spéciales). . Des diplomates trop raidesPar ailleurs, en donnant quelques gages à George W. Bush, qui l’a chaudement félicité au sommet de l’Otan à Bucarest, Nicolas Sarkozy entend bien obtenir un assouplissement de Washington sur la défense européenne. On se souvient que Jacques Chirac s’était heurté au refus des Américains pour sa demande d’attribution à la France du commandement sud de l’Alliance Atlantique situé à Naples. Cette fois, Nicolas Sarkozy n’exige rien. Toutefois en se rapprochant de Londres comme il l’a fait lors de son voyage de la fin mars au grand dam des Allemands, le président français entend bien vaincre les dernières réticences américaines sur l’émergence d’un «caucus» européen. La réintégration du commandement de l’Alliance, prévue en 2009, devrait parachever le processus progressif de retour à l’Otan, qui voit déjà les troupes françaises participer à toutes les manœuvres des alliés.Plus atlantiste, sans être totalement alignée sur Washington, plus réaliste que les proclamations déclamatoires du passé où la France, parfois arrogante, prétendait «dire le droit» sous toutes les latitudes, plus ouverte aux pays émergents (puisque Nicolas Sarkozy suggère que le G8 s’élargisse à treize membres dont l’Inde et le Brésil), la diplomatie française évolue avec son temps. Seul problème selon le président: les diplomates arc-boutés sur leurs privilèges et une certaine vision gaullienne, qui renvoie, selon-lui, au passé.


Un président peu diplomate

Fort heureusement pour mettre de l’huile dans les rouages diplomatiques, il y a Bernard Kouchner, que le président apprécie sans toujours le prendre au sérieux. Il est arrivé à l’occasion de déplacements présidentiels à l’étranger que l’ambassadeur de France sur place soit oublié lors des entretiens officiels où un seul diplomate est désormais toléré. Car Nicolas Sarkozy n’aime guère le Quai d’Orsay. Outre sa ligne pro-arabe et anti-américaine, qui ne convient pas à ses options pro-israélienne et atlantiste, le président français ironise volontiers sur le manque de courage des diplomates. Et l’écrivain Yasmina Reza de citer dans son livre «L’aube, le jour et la nuit», un ancien ambassadeur à Beyrouth qui, craignant pour sa vie, avait demandé son rapatriement par télégramme diplomatique. Comme ses prédécesseurs, qui sont souvent devenus ministres des Affaires étrangères, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, n’est pas le plus charitable avec le Quai. Mais ses initiatives ne sont pas toujours couronnées de succès et Bernard Kouchner s’est permis d’ironiser dans le New York Times sur l’amateurisme de sa mission très peu secrète à Damas en compagnie du conseiller diplomatique, Jean-David Levitte. Laquelle n’a en rien fait évoluer la gestion du dossier libanais ou desserré l’étau syrien. En revanche, les gesticulations françaises dans la région ont fini par indisposer l’Arabie saoudite alors que Paris tente d’y reconquérir des parts de marché et vient à cet effet de nommer l’amiral Oudot de Dainville, ancien chef d’état-major de la Marine, à la tête de la Sofresa, l’office d’armement appelé à changer de nom. Au-delà de la modernisation du ministère des Affaires étrangères, un comité de liaison a été installé entre l’Elysée et le Quai afin de réduire les incompréhensions et favoriser le suivi des voyages officiels.


Les faux pas Rama Yade…

Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, avait posé dans Le Monde trois conditions à la présence du chef de l’Etat français pour la cérémonie d’ouverture des J. O. de Pékin. Mais elle a, une fois de plus, fait marche arrière. Cette beauté noire aux convictions sincères n’avait pas mesuré, alors que la polémique enflait à Paris, le poids des mots qu’elle utilisait. L’Elysée n’eut pas eu besoin de démentir. Elle le fit toute seule comme une grande. Non, précisa la sous-ministre, il ne s’agissait pas de conditions. De simples souhaits, alors?La première fois où Rama Yade avait dû se renier, c’était lors de la visite du colonel Kadhafi en France. On n’avait pas vu le Libyen à Paris depuis Georges Pompidou. Utilisant le terme de «paillasson  des droits de l’homme», sur lequel s’essuyait le dictateur de Tripoli, la secrétaire d’Etat stigmatisait ce nouveau renoncement de la diplomatie d’un pays meurtri par l’attentat contre le DC-10 d’UTA. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s’était lui-même abstenu de participer au dîner officiel, prétextant un déplacement à Bruxelles.

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