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La France face au «capitalisme de la spéculation»
Par Robert J. Shiller

Par L'Economiste | Edition N°:2530 Le 21/05/2007 | Partager

Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’université de Yale aux USA et dirige un bureau d’études, Macro Securities Research LLC. Il a notamment écrit Irrational Exuberance (L’Exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le Nouvel ordre financier: gérer les risques au XXIe siècle). Il vient de publier «Macro Markets: Creating Institutions for Managing Society’s Largest Economic Risks» chez Oxford University press, toujours dans le domaine de l’analyse des risques. (Ph. Web de R.J. Shiller)Nicolas Sarkozy, le nouveau président de la France s’en est pris lors de sa campagne électorale à ce qu’il appelle le «capitalisme de la spéculation» en déclarant qu’il «faut moraliser la zone financièr» née de l’euro. Mais qu’entend-il par “capitalisme de la spéculation”? Cette expression qui n’est guère utilisée paraît redondante, car «capitalisme» est pratiquement synonyme de «spéculation».Les capitalistes placent leurs capitaux là où ils espèrent en tirer le meilleur bénéfice, c’est ce que l’on appelle spéculer. Ils achètent des entreprises, les segmentent, les fusionnent, licencient des employés et en recrutent d’autres. Pour que tout cela soit rentable, ils ne peuvent se permettre de se laisser influencer par le patriotisme ou par les sentiments. Ils font des affaires dans le pays où c’est le plus avantageux. L’idée de base du capitalisme est de récompenser le risque financier en cas de succès, un processus dynamique que Joseph Schumpeter désigne par le terme de «destruction créatrice». Dans le cadre du capitalisme, s’il est immoral de ne pas tenir un contrat ou de ne pas respecter la loi, il n’est pas immoral de spéculer. Les économies planifiées n’ont jamais réussi parce que l’incertitude liée au futur est trop grande, c’est quelque chose qu’il vaut mieux laisser aux spéculateurs qui gagneront de l’argent s’ils ne se trompent pas et seront sanctionnés par le marché en cas d’erreur. Les préoccupations quant à la loi du marché, telles que l’exprime Sarkozy, gagnent du terrain dans le monde entier. Dans un article paru l’année dernière dans la revue Foreign Affairs, Allan Blinder, un ancien conseiller du président Clinton et du vice-président de la Réserve fédérale américaine, soutenait que la mondialisation risquait d’entraîner des pertes d’emploi massives. Comme les communications électroniques permettent de remplacer un salarié par un autre situé à des milliers de kilomètres, nous ne sommes peut-être qu’au début du processus. Blinder a totalement raison quand il dit que la situation pourrait s’aggraver. Ceux qui le nient, comme l’économiste Jagdish Baghwati, ne démontrent pas que le pire n’arrivera pas. Nous devons nous préparer à l’éventualité d’un bouleversement économique dans les prochaines années, même s’il n’est pas certain, de la même manière que nous devons prendre des mesures contre le réchauffement planétaire, même si certains scientifiques estiment que ce n’est peut-être pas un problème. . Prévenir la délocalisationSelon Blinder, l’Etat doit favoriser les formations pour des emplois qui ne sont pas facilement délocalisables. Il propose d’encourager et de subventionner la création d’emplois correspondant à des services à la personne qui ne peuvent être rendus par Internet, plutôt que de services qui peuvent être réalisés de manière anonyme. La solution de Blinder a un côté créatif. Certes, les subventions interfèrent avec la loi du marché, mais cela peut se justifier. Sa proposition est plus précise et paraît théoriquement plus efficace que le projet de Sarkozy visant à protéger les emplois existants. La proposition de Blinder n’est qu’une politique possible parmi d’autres pour faire face au bouleversement entraîné par l’ère d’Internet sur le marché de l’emploi et les moyens d’existence.Les institutions capitalistes ont des plans de gestion des risques qui comportent des assurances, une couverture financière et la diversification des investissements. L’Etat peut encourager à la démocratisation de ces institutions de telle manière qu’elles protègent les gens contre les risques dont elles veulent elles-mêmes se prémunir. Il peut s’agir de garantir des moyens d’existence, d’assurance du capital immobilier, de prêts liés au revenu ou des titres liés au PIB et au marché immobilier. . Des critiques à éviterL’Etat peut également rendre le système de protection sociale (une institution gouvernementale qui complète les assurances privées) plus incitatif et plus compétitif dans la gestion des risques, et pas seulement des risques les plus graves, par exemple avec un impôt sur le revenu dont les taux seraient indexés sur les inégalités de manière à limiter ces dernières. L’Etat doit aussi améliorer l’information, de telle sorte que les contrats financiers prennent mieux en compte le risque économique. Sarkozy ne devrait pas s’en prendre ainsi au “capitalisme de la spéculation”, mais au contraire, se demander comment le développer encore davantage, avec de nouvelles institutions dans le domaine de la finance et de l’assurance, de manière à répondre au problème crucial qu’il a mis en lumière lors de sa campagne.


Politique de la naïveté

Zarkozy exprimait un sentiment qui ne se limite ni à son parti, ni à la France. Ses remarques se rattachent à de nouvelles idées et à une attitude qui vont façonner l’économie du XXIe siècle, aussi est-il du plus grand intérêt de se demander ce qu’est le “capitalisme de la spéculation”. Sarkozy a traité l’ouverture des marchés de “politique de la naïveté” et veut prendre une série de mesures qui seront autant d’obstacles sur le chemin de la mondialisation économique. Bien qu’il veuille rendre le marché du travail en France plus flexible, il s’oppose au rachat des entreprises françaises par des étrangers, ainsi qu’au licenciement des salariés d’Airbus. Il semble que protéger la France du “capitalisme de la spéculation” revienne pour lui à intervenir sur l’économie pour protéger l’emploi en France. Il a sûrement raison de souligner l’énorme risque couru par les travailleurs et leur famille face à la mondialisation rapide, mais donner une place centrale à ce problème ne doit pas signifier protéger à tous prix les emplois existants.Copyright: Project Syndicate, 2007 Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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