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Politique Internationale

La fin des fêtes juives : Sept jours dans les cabanes pour retrouver l'humilité

Par L'Economiste | Edition N°:99 Le 14/10/1993 | Partager

Après Eloul, Rosh-Hashanah et le Yom Kippour, les juifs ont passé une semaine dans des cabanes de roseaux et de palmiers pour réapprendre la précarité de l'existence. Le cycle des fêtes d'automne est clos.

''Que font tous ces Juifs à traîner tous ces roseaux?'', s'écria un jour un résident général à Marrakech. "Empêchez-les de salir la ville et arrêtez ces actes'', ordonna le représentant du protectorat au Pacha de Marrakech qui répondit : "Je leur donne 8 jour pour ramasser tous ces palmiers et roseaux. Pas un jour de plus. Au-delà. je vais envoyer des Mokhaznis pour détruire toutes leurs cabanes''.

En fait. le rusé Pacha de l'époque savait que les Juifs n'avaient de toute façon besoin que de 8 jours pour la fête de Souccoth. Il n'interrompt pas leurs traditions mais les arrange. Depuis les Juifs du Maroc racontent cette anecdote comme un exemple de complicité entre communautés.

Chaque année, en ce début d'automne, la fête des cabanes clôt un long cycle de réjouissances et de prières. Le mois d'Eloul finit sur Rosh Hashanah (le 16-17 septembre en cette année 5754). Intervient ensuite le Grand Pardon (le 25 septembre), soit une longue journée de jeûne et de repentir. Puis début octobre. les Juifs construisent des cabanes de roseaux et de branches de palmiers dans les jardins, sur les balcons et les terrasses. C'est Souccoth. Cette fête (pluriel de Soucca, cabane) est prescrite par la Bible : ''Quand vous aurez rentré la récolte du pays, vous fêterez la fête du seigneur qui durera 7 jours. Le premier jour, il y aura chômage ainsi que le huitième, vous vous réjouirez devant votre seigneur''. C'est donc la fin des ''fêtes austères'' ou des ''jours terribles'', selon l'expression de Haïm Zafrani(1).

Pourtant, l'objectif est de commémorer une épreuve historique du peuple juif et d'illustrer une philosophie de l'existence. Au meilleur moment de l'année, quand l'homme se grise de sa richesse, produit de sa récolte, il doit retourner vivre la pauvreté dans une cabane.

L'égarement du Sinaï

Souccoth évoque le séjour du peuple juif dans le Sinaï quand Moïse conduisait les 19 tribus qu'il avait sauvées de l'esclavage d'Egypte vers la ''Terre Promise''. C'est d'ailleurs le début de l'ère juive. Le voyage aurait pu durer 11 jours. Il a duré 40 ans, sous ''les cabanes'', jusqu'à ce que la génération sortie d'Egypte se soit renouvelée.

Les Juifs s'étaient égarés physiquement et spirituellement : Ils doutaient de Moïse, des miracles, ils étaient allés jusqu'à créer et adorer un "veau d'or''. L'épisode est évoqué dans le Coran par Sourate Al Bakara. Finalement, ils sont arrivés en ''Terre Promise" car l'espoir et la délivrance sont au bout de toutes les épreuves.

"Souccoth apprend cet espoir, mais aussi la fragilité de l'existence. Les cabanes, où la famille vit jour et nuit, sont soumises au vent, à la pluie, peuvent même s'écrouler", explique Albert Abitbol, talmudiste reconnu à Casablanca. Le plus puissant des hommes peut mourir de la même façon victime d'un accident fortuit, d'un petit virus...

"C'est une leçon d'humilité annuelle". La précarité de l'existence devient une conviction, une valeur qui se transmet au fil des générations. "La transmission est essentielle chez les Juifs. On peut même transgresser un Sabbat pour survivre et transmettre. D'où l'importance de la descendance, de l'enseignement, des fêtes et des traditions qui perpétuent des épreuves d'il y a 6.000 ans'', explique Salomon Azoulay, fondateur de mouvements éducatifs juifs.

Le bouquet symbolique

La transmission, pour se perpétuer, a sa pédagogie Elle s'accompagne du jeu, de la bonne cuisine. Les enfants construisent une petite soucca, sans trop savoir pourquoi, les mères mijotent les plats : une bonne soupe de légumes et des dates pour la veille de fête et un couscous bien garni le premier jour. Pas question d'aller au restaurant Cacher du coin.

"Le remue-ménage" est de coutume pour l'occasion : c'est la course aux légumes, aux épices... Il est prescrit de se "rassasier" : la gourmandise va chercher un soutien biblique. Mais il ne faut pas oublier de prier.

Rabbi Johanan Benzeccaï a institué l'usage du "loubab'' que les Juifs tiennent pour les prières de Souccoth à l'exception du samedi. Il s'agit d'un bouquet plein de symboles qui exprime toute la diversité des Juifs (et sans doute des hommes) dans l'approche de la religion

Ce bouquet se compose de 4 branches :

- le coeur de palmier est à l'image de l'échine dorsale de l'homme. Il représente le Juif pratiquant mais n'accomplissant pas de bonnes actions;

- la myrthe rayonne par son odeur, comme le croyant qui impressionne les gens par ses bonnes actions mais qui n'est pas pieux;

- le cèdre. doux à l'intérieur, comme le coeur de l'homme est aussi odorant. Il est le symbole du juif pieux et le saint homme qui agit bien;

- le saule représente le juif sans piété ni bonnes actions.

Moralité : il faut de tout pour faire un monde. Quelle que soit sa catégorie, il ne faut pas dédaigner son prochain. Le dernier jour de la semaine est "chemini Atsereth" consacré à la prière pour la pluie. Tradition hérite des temps bibliques, et née dans une région méditerranéenne où les incertitudes du climat ont toujours inquiété les hommes.

Revenir au terre-à-terre

Depuis, les Juifs dispersés à travers le monde, même s'ils ne constituent pas de communauté rurale, ont conservé ces prières.

Cette semaine de 7 jours connaît une prolongation un 8ème jour Simhat Thora (cette année le 8), celui du ''freinage". Il faut sortir de deux mois de spirituel pour revenir au ''terre-à-terre". Tout se passe comme si les hommes ne pouvaient pas se séparer de leur Créateur. Alors. ils ajoutent un jour ultime.

Il faut enfin signaler. que dans certaines villes du Maroc et depuis l'indépendance, les élagages des palmiers se font à l'époque de ces effets pour faciliter aux Juifs l'acquisition de branchage pour leurs cabanes. Cette tradition subsiste souvent, alors que la raison première en est souvent oubliée.

K.B.

(1) ''Mille ans de vie juive au Maroc'' : Haïm Zafrani

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