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    Politique Internationale

    La difficile émergence de la société civile au Maghreb : Les ONG veulent se défaire de la tutelle des pouvoirs publics

    Par L'Economiste | Edition N°:157 Le 08/12/1994 | Partager

    les relations entre l'Etat et les ONG au Maghreb sont empreintes de méfiance. Lautorité politique soupçonne les associations de se livrer à la subversion. les ONG revendiquent leur autonomie et veulent être traitées en partenaires.

    Deux leitmotive sont constamment revenus dans les propos et les interventions des participants lors de la conférence sur la "société civile" au Maghreb(1): comment les ONG peuvent se positionner en tant qu'acteur intermédiaire et autonome par rapport à l'Etat et aux partis politiques d'une part, et l'institutionnalisation des pratiques démocratiques dans leur organisation interne d'autre part. La démocratisation de la gestion des ONG étant considérée comme le point départ de la construction et de la consolidation de l'Etat de droit. L'esprit de la plupart des recommandations adoptées à l'issue de travaux de différents groupes (volontariat et professionnalisme, consolidation et structuration, objectifs, stratégie et programmation des actions, et indépendance et relations avec les autorités publiques et autres partenaires), exprime du reste, très clairement, ces préoccupations. Aux pouvoirs publics, il est demandé, entre autres, de clarifier le statuts juridique des associations et de lever les obstructions à l'action des ONG en leur facilitant notamment l'accès au financement par la transparence dans l'octroi du bénéfice du statuts d'utilité publique. Celui-ci doit reposer sur des critères objectifs. Par ailleurs, les participants ont exhorté les ONG à ne pas sombrer dans la bureaucratie, comme cela arrive bien souvent, au détriment de leur action, et de donner l'exemple en démocratisant leur fonctionnement.

    La méfiance, pour ne pas dire la suspicion, caractérise les rapports entre le pouvoir et les ONG, a indiqué Mme Rabiaa Naciri, de l'Association Démocratique des Femmes Marocaines, dans son intervention: l'autorité politique craint que les ONG ne mettent à profit l'audience dont elles bénéficient auprès des populations (surtout rurales) pour en faire un usage politique. D'où les tentatives d'instrumentalisation des ONG qui prennent plusieurs formes, à commencer par le contrôle et la récupération des cadres et élites oeuvrant dans les associations. Pour Mme Naciri, "cette récupération s'opère d'une manière très pernicieuse et parfois avec succès en liaison avec la fascination qu'exerce l'Etat sur les individus dans un contexte caractérisé par un déficit de démocratie et de culture civile".

    Par ailleurs, au niveau maghrébin, les Etats sont constamment tentés d'encadrer le mouvement associatif et d'en faire des structures de relais de la politique et des choix officiels auprès des populations qu'elles n'arrivent pas, de toute façon, à atteindre.

    Dans l'optique des pouvoirs publics, l'autonomie des ONG ne saurait être conçue que par rapport aux organisations politiques. Les ONG sont aujourd'hui confrontées à deux défis majeurs: - la meilleure connaissance possible du terrain et des réalités sur lesquelles elles se proposent d'agir; - la démocratisation de leur organisation interne.

    C'est en relevant ces défis que les ONG, et à travers elles, la "société civile" se présentera comme une alternative au vide laissé par les autres acteurs de la scène publique (l'Etat et les organisations de masse telles que les syndicats, les partis publics, etc...) Il est ressorti des débats que les ONG ne devraient pas s'assigner le rôle d'opposition au pouvoir politique; il existe d'autres structures pour l'assumer. Elles devraient plutôt chercher à agir en toute autonomie et en partenariat avec les pouvoirs publics.

    Les ONG doivent enfin s'en tenir à cultiver l'enracinement des pratiques démocratiques dans leur fonctionnement et dans leur environnement immédiat, disent les participants. A ce titre, par exemple, il serait difficile d'affirmer qu'elles y ont contribué après avoir décidé de tenir certaines de leurs séances à huis clos pendant la conférence. Il existe donc encore un "déficit démocratique" au sein même des ONG. A elles de réfléchir à la manière de faciliter la circulation de l'information et le débat d'idées, conditions essentielles pour la vitalité et la structuration de la société civile. A ce jour, les ONG sont encore au stade de la recherche d'un cadre théorique de fonctionnement, en particulier au Maroc, souligne M. Felk, universitaire, dans son intervention. Les modèles d'organisation qui les régissent sont parfois calqués sur ceux des partis politiques. A juste titre d'ailleurs, M. Felk s'est interrogé dans son intervention si l'on peut véritablement parler de la société civile au niveau maghrébin. L'utilisation de ce concept, affirme-t-il, est d'usage récent dans l'espace maghrébin. Généralement, souligne-t-il, il est utilisé par les intellectuels dans ces pays qui connaissent des problèmes de démocratisation, pour analyser les relations entre les citoyens conscientisés et organisés avec la population, la société politique et l'Etat.

    Abashi SHAMAMBA

    (1) Conférence tenue à Rabat du 2 au 4 décembre, et organisée conjointement par le Ministère chargé des Droits de l'Homme et la Fondation Friedrich Ebert.

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