×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 192.132 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 240.532 articles (chiffres relevés le 3/6 sur google analytics)
Culture

La dernière guerre du président Bush
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2689 Le 09/01/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Un éminent sénateur américain y allait l’autre jour de son conseil à l’administration Bush: «Finish the infinished!» Autrement dit, la Maison Blanche ne devrait pas ouvrir de nouveaux chantiers avant d’en avoir terminé avec les précédents. Parmi ces tâches non finies figure la «guerre au terrorisme» islamiste, déclarée le 12 septembre 2001. Comme ce terrorisme a ses bases au Pakistan, ce pays est la clé d’un éventuel succès dont pourrait s’enorgueillir le président des Etats-Unis s’il parvenait à détruire l’organisation Al Qaïda et son chef. Sauf coup de chance, cet objectif semble inatteignable. Une des conditions nécessaires à l’opération est l’existence d’un Pakistan déterminé à combattre toute organisation islamiste armée, Al Qaïda inclue. Ce n’est pas le cas. Pervez Musharraf, chef d’un Etat désuni, est un personnage incertain, déstabilisé de surcroît par l’assassinat de Mme Benazir Bhutto.Le Pakistan est au cœur de la stratégie américaine. A raison! Le chef d’Al Qaïda, Oussama ben Laden, l’organisation et ses cellules de commandement se trouvent dans les zones tribales au nord-ouest du pays. En Afghanistan, les Etats-Unis et l’OTAN se battent contre les Talibans. Toutefois, en finir avec ces derniers ou trouver avec eux un quelconque arrangement, ne se conçoit pas sans les avoir au préalable coupés du Pakistan voisin; aussi longtemps que le mouvement taliban y trouvera un sanctuaire et un appui logistique, tout accroissement des effectifs de l’OTAN en Afghanistan serait d’un piètre effet. Quant à un retrait des Etats-Unis de ce pays, il signifierait un retour à la situation d’avant le 11 septembre. Washington n’a cessé de jouer Musharraf pour que son armée assaille Al Qaïda au Nord, contienne les islamistes dans le reste du pays, interdise toute aide aux Talibans. Stratégie viciée! L’armée pakistanaise n’est pas fiable. Peu motivée par la mission que Washington voudrait lui voir remplir, elle est partagée - le mot est faible - entre les éléments favorables à l’alliance américaine et les partisans des Talibans. D’où le caractère douteux de son unité, compromise également par d’innombrables ferments de division. Distinguer entre ces différents camps paraît hors de portée de la mission militaire de coopération qu’entretient le Pentagone à Islamabad(1). Il y a moins de vingt ans, poussée par les Etats-Unis, l’armée pakistanaise soutenait les moudjahidines afghans, ancêtres des Talibans, dans leur combat contre l’Armée rouge. De cette coopération, il est resté chez les militaires d’Islamabad une certaine attirance pour les valeurs de leurs anciens alliés. Dès lors, le côté imprévisible du président pakistanais se comprend. Fidèle reflet des ambivalences et des tensions de l’armée, le général Musharraf a pour premier souci de demeurer au pouvoir. Tout en restant l’allié des Etats-Unis, il doit empêcher ces derniers de mener des opérations au Pakistan tout en s’efforçant de convaincre ses islamistes qu’il n’est pas une marionnette américaine. Tel un acrobate sur une corde raide, le maître du Pakistan penche dangereusement d’un côté puis de l’autre, en espérant ne pas tomber. . Il faut sauver le soldat MusharrafOr l’assassinat de Benazir Bhutto peut lui faire perdre l’équilibre. Comme Washington ne connaît pas d’autre acrobate disponible, le soldat Musharraf doit être sauvé!Vivante, Mme Bhutto aurait probablement remporté un bon nombre de sièges lors des prochaines élections législatives mais n’aurait pas, pour autant, menacé le pouvoir des militaires. Femme en terre musulmane, représentante d’un parti séculier, sa victoire relative n’aurait pas été décisive. Certes, on n’aurait vu qu’elle mais elle n’était finalement qu’un pion sur l’échiquier politique. Evidemment menacé, Musharraf ne l’était pas par Benazir Bhutto et n’avait aucun intérêt à sa mort. Ceux qui ont tué «l’icône» voulaient déstabiliser le Pakistan, affaiblir son président en démontrant l’inefficacité d’un état d’urgence tellement décrié. Musharraf soupçonné, et c’est la cerise sur le gâteau pour les auteurs de l’attentat. Les suspects ne manquent pas, Al Qaïda, un autre mouvement islamiste, des officiers désireux de chasser le général du pouvoir,… l’avenir, peut-être, le dira.En attendant, les Etats-Unis au Moyen-Orient approchent du terme. En Irak, la situation s’améliore. En Afghanistan, le mouvement taliban reste fort mais la pression militaire de l’OTAN l’empêche de se déployer ouvertement, et il connaît quelques divisions en son sein. Reste à maintenir le Pakistan et son chef, la tête hors de l’eau. Le succès n’est pas garanti.Un échec américain au Pakistan serait même vraisemblable si, comme le rapporte le New York Times du 6 janvier(2), le projet mis au point vendredi à la Maison-Blanche sous la direction du vice-président Dick Cheney devait voir le jour. Il s’agirait de confier à la CIA, en liaison avec les Forces spéciales, le soin d’attaquer les positions d’Al Qaïda. Le tout dans un double but: remporter un succès éclatant contre l’ennemi n°1 de l’Amérique, remettre sur les rails le Pakistan et son chef, menacés par les islamistes. Il y faudrait l’accord du président Musharraf, dont le successeur à la tête de l’armée a aussitôt fait dire qu’il n’en était pas question(3); il faudrait aussi des renseignements précis, actualisés en permanence; il faudrait enfin que les opérations réussissent. En ces matières, on l’imagine, l’incertitude est reine. A une nuance près! L’opération pousserait sans doute une bonne partie du peuple à se soulever contre le régime, entraînant au minimum d’affreux massacres et la perte probable de l’allié pakistanais. Puisse la dernière guerre du président Bush ne pas avoir lieu!


Qui est Pervez Musharraf?

Le général Musharraf est né près de Delhi (Inde), le 11 août 1943. En 1947, après la partition de l’Inde, sa famille s’installe à Karachi (Pakistan), puis à Ankara, où son père, diplomate, sert de 1949 à 1956. Ses études secondaires ont lieu dans des établissements chrétiens, en particulier au collège St Patrick de Karachi. En 1961, il intègre la Pakistan Military Academy et devient en 1964 officier d’artillerie, comme un certain Bonaparte qu’il affectionne. Il suit plus tard les cours du Royal College of Defense Studies à Londres. En 1968, il épouse la princesse (begum) Sehba Farid, dont il aura deux enfants. Pendant la guerre de 1971, il sert dans les Forces spéciales. A 48 ans, en 1991, il est nommé général et prend le commandement d’une division puis, en 1995, d’un corps d’armée. Il devient chef de l’armée en 1998.L’année 1999 est celle du coup d’Etat. En décembre, Musharraf remplace d’autorité le gouvernement de Nawaz Sharif. Proclamé chef de l’exécutif, il cumule ce poste avec celui de président de la République. Après les élections de novembre 2002, il nomme un premier ministre. A la tête du Pakistan, Pervez Musharraf fait preuve d’une certaine tolérance religieuse et ne favorise aucune province par rapport à une autre au contraire de Benazir Bhutto pour le Sindh et le Pendjab. Son régime est autoritaire, le respect des Droits de l’homme n’est pas sa priorité. A compter du 11 septembre 2001, Pervez Musharraf devient l’un des plus importants alliés du président Bush dans sa guerre controversée et inefficace contre le terrorisme islamiste.-------------------------------------------------------------------------------(1) Mission actuellement forte de 50 militaires américains.(2) “US considers new covert push within Pakistan”, The New York Times, dimanche 6 janvier 2008.(3) Ce qui n’interdit pas au président Musharraf de le désavouer !

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc