×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

La démographie au cœur de la tragédie africaine
Par Me Jéronimo Paèz, directeur de la Fondation Héritage andalous

Par L'Economiste | Edition N°:2327 Le 26/07/2006 | Partager

En 1985, Hilary NG’Weno, l’un des plus intelligents journalistes africains, rédacteur en chef de la Weekly Review de Nairobi, a publié dans News Week un article intitulé «La bombe de la population». Dans cet article, il se disait surpris de la thèse de l’Administration américaine qui ne faisait pas de lien entre les problèmes des pays sous-développés et leur explosion démographique. Bien que cette administration n’aille pas jusqu’à affirmer qu’il y a suffisamment de nourriture et d’argent pour en finir avec la faim et la pauvreté dans le monde, elle assurait que la solution résidait plus dans «le pouvoir magique de la libre entreprise» que dans le contrôle de la natalité en donnant comme exemple les cas de Hong Kong et de la Corée du Sud. Quelqu’un dira à l’auteur africain qu’il devait demander au président Reagan de regarder vers le Kenya. Et, à cet égard, il ajouta «que les Kenyans avaient eu foi dans la libre entreprise dès 1963, date de leur indépendance. Durant les premières années, la croissance économique du pays lui fut enviée par plusieurs Etats développés. Le pays débuta une sorte de décollage économique, selon l’appréciation de Rostow.. Efficience économique?Cependant, il n’y parvint pas. Bien que le PIB augmente de 6%, la population augmentait au-delà de sa capacité à générer emplois et richesse. Du fait de l’impact de la crise économique mondiale et pour d’autres facteurs, la croissance économique chuta autour de 3%. On avança alors que le problème résidait dans le fait qu’il n’était pas économiquement efficient.Il y avait du vrai dans cette assertion notamment du fait que la mal gouvernance et la corruption qui se sont aggravées, mais pas plus que durant les décennies auparavant. La raison principale de la crise économique était que la population continuait d’augmenter tant durant la période des vaches grasses que durant celle des vaches maigres et cela, au-delà de l’augmentation de la richesse du pays. En 1980, «nous étions 18 millions d’habitants et, à la fin du siècle, nous arriverons à 40 millions. Si ce cap ne change pas, concluait NG’Weno, le Kenya sera sous le seuil de la pauvreté à partir du début du XXIe siècle».Malheureusement, personne n’avait entendu ceux qui avaient une vision du futur. Le cap n’a jamais été changé et les tragiques prévisions se sont réalisées.Certes, d’aucuns, devant la tragédie de la migration subsaharienne, disent que l’Europe doit ouvrir ses frontières et accepter ceux qui veulent y aller puisque tout être humain a sans doute le droit de vivre dans la dignité. Mais ils oublient juste qu’il est difficile de résoudre les problèmes par des élans que conseille le cœur mais que la tête rejette. D’autres, ayant conscience de la souffrance que les impérialismes ont infligé au continent africain avancent que nous sommes coresponsable de la situation. Il est clair que le préjudice que l’homme blanc a causé à l’homme noir durant l’Histoire est grand.Les plus pragmatiques enfin demandent un accroissement de la coopération et un effacement de la dette, ce qui est sans doute nécessaire. Il convient cependant de tenir compte du fait que les problèmes de l’Afrique ne se résoudront pas seulement avec ces actions et il en est de même avec les mégaconcerts médiatiques des Bob Geldof ou autres.. Plein de problèmes, plein d’espérancesEn plus de ces mesures conventionnelles, il faut d’abord résoudre les problèmes qui empêchent le développement et auxquels ne sont pas étrangers certains gouvernants et les «seigneurs de la guerre» (qui parfois ont tendance à dépasser la tyrannie, la cruauté et l’exploitation des prédateurs des puissances européennes).Aujourd’hui le Kenya compte plus de 34 millions d’habitants pour un PIB de 900 dollars/tête. L’Afrique subsaharienne où nul ne sait comment alléger la pression démographique, nous sert, selon Henrique Baron, président de la Commission du commerce international du Parlement européen, «pour découvrir que ce continent est plein de problèmes mais aussi d’espérances». L’Afrique subsaharienne, Nigeria compris, compte 220 millions d’habitants et possède un PIB inférieur à 1.000 dollars par personne. Cela représente trois fois la population qui y vivait, il y a 40 ans, et peut être dans des conditions encore plus mauvaises par rapport à cette époque. De sorte que les problèmes sont évidents mais pas autant que les espérances, surtout si on tient compte des effets des pénuries, des pandémies et de la sécheresse. Pour le cas marocain, voir la chronique du Pr Larbi Ben Othmane: «Le coût de la non-décision», édition du 14 septembre 2005 de L’Economiste.Bien sûr, il est possible de dire que la croissance démographique connaît un certain ralentissement, mais il n’est pas aussi significatif qu’il aurait été souhaitable. La situation à laquelle on est arrivé peut être résolue seulement à moyen ou long terme et avec des mesures qui aujourd’hui, dans leur majorité, ne sont pas encore mises en pratique. Il est surprenant que les politiques qui ont abouti aux progrès économiques et sociaux en Europe qui avait, ailleurs, déjà «décollée», ne soient pas mises en œuvres dans les pays sous-développés: l’Europe a pu vaincre la pauvreté et l’ignorance alors qu’elle était déjà efficiente économiquement d’abord parce qu’elle a su maintenir une croissance modérée de sa population. Si cela n’avait pas était le cas, peut être qu’il lui serait arrivé quelque chose comme ce qui arrive au Kenya.


Erreurs d’analyses

Aux erreurs de l’Administration américaine lors de la Conférence de la population tenue au Mexique en 1984 qui a refusé d’accorder des aides économiques aux pays qui voulaient planifier leurs démographies, il faut ajouter celles d’institutions comme l’Eglise qui de façon traditionnelle a interdit frontalement le contrôle de la natalité. Le pape Jean-Paul II lors de ses premières visites en Amérique latine et plus précisément en République dominicaine et au Mexique (pays qui souffraient spécialement des conséquences des problèmes démographiques) s’est opposé radicalement à toute tentative de planification familiale pour l’adapter à la croissance économique. Il préconisait exclusivement des solutions fondées sur la charité qui était d’une toute relative efficacité pour trouver des solutions véritables aux graves problèmes posés par l’augmentation des populations.De son côté, lorsqu’elle présidait le Mouvement des pays non alignés en 1973, l’Algérie défendait la thèse que beaucoup de pays africains appuyaient selon laquelle une importante croissance démographique est une force de progrès et de pouvoir pour le tiers-monde, accusant même les pays industrialisés qui proposaient le contrôle, de pratiquer le néocolonialisme.Il est toutefois curieux, aujourd’hui, de noter une multiplication d’articles certainement bien intentionnés dans lesquels il est dit que nous ne pouvons vivre dans une île de richesse entourée d’une mer de pauvreté mais qui passent sous silence ce problème démographique structurel.N. B.: Jéronimo Paéz est avocat et aussi membre du Comité Averroès.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc