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    Tribune

    La décision bancaire en avenir incertain : Le crédit scoring Comment un banquier peut évaluer son client

    Par L'Economiste | Edition N°:73 Le 01/04/1993 | Partager

    Plus que jamais, les banquiers vont éplucher les dossiers et les comptes pour accorder des crédits. Les "règles prudentielles" imposées par la réglementation n'ont rien fait pour favoriser leurs initiatives à prendre des risques. Au contraire, une méthode pour évaluer le risque de l'engagement est le crédit scoring. Il est utile à connaître par le banquier qui octroie le crédit, et le client qui veut y accéder. Explications par un cadre bancaire.

    Face à l'application des nouvelles règles prudentielles en matière de gestion des établissements bancaires, ces derniers sont amenés aujourd'hui et plus que jamais à gérer leurs propres comptes avec plus de rigueur et à mesurer l'incidence de chacune des décisions prises quotidiennement

    En effet, les règles prudentielles exigent, d'une part, un renforcement des fonds propres de chaque banque pour pouvoir améliorer sa situation sur le marché, et d'autre part, une limitation des engagements portés sur un seul client ou un seul bénéficiaire.

    La décision réglementaire n°95 de Bank Al Maghrib limite le coefficient maximum de division des risques bancaires à un rapport de 7% entre le total des risques encourus sur un même bénéficiaire et les fonds propres nets de la banque.

    En outre, le ratio Cooke est calculé en comparant les fonds propres de la banque et les risques pondérés. Ce ratio, compte tenu desdites pondérations, ne doit pas être inférieur à 8%: ce qui implique par voie de conséquence que les banques tiennent un niveau des fonds propres plus élevé par rapport à ce qui était auparavant.

    Plus les fonds propres sont élevés, plus la banque a la possibilité d'accorder davantage de crédits et plus elle réalisera probablement plus de bénéfices.

    En dépit de ces nouvelles règles prudentielles, les banques doivent continuer à se plier aux autres coefficients dits traditionnels (la réserve monétaire, les coefficients minima....etc) et essentiellement à d'autres coefficients ou règles jugés nécessaires à être instaurés dans des moments opportuns par les autorités monétaires.

    Plus que jamais les banques sont des instruments de la politique monétaire dont elles ne sont pas responsables, mais dont elles continuent à en supporter le lourd fardeau et à en porter le poids face à leur clientèle. La responsabilité du banquier vis-à-vis de ses clients s'avère de plus en plus difficile à assumer pleinement: il doit justifier auprès de ses clients l'incidence sur ses décisions des règles tout à fait étrangères à leurs préoccupations.

    Fini le temps où le banquier n'avait comme contrainte en matière de décision d'octroi du crédoc que la solvabilité de l'emprunteur. Aujourd'hui il doit en plus regarder, d'une part, si sa trésorerie lui permet de prendre cette décision d'octroi du crédit (voir les dépôts, la rentabilité) et d'autre part si ses fonds propres lui permettent de réaliser cette opération.

    Ces contraintes sont d'autant plus aiguës que la concurrence interbancaire est de plus en plus acharnée, que la marge d'intermédiation est de plus en plus limée et que la conjoncture économique générale est très difficile.

    Vu les éléments de cette situation, le banquier doit agir avec beaucoup de délicatesse, de prudence, de flair et de clairvoyance en matière de décision de crédit.

    Un outil d'aide à la décision

    L'un des outils d'aide à la décision consiste à appliquer l'approche du risque par l'analyse statistique. Nous estimons que cette approche est grevée de deux axiomes.

    - D'une part, elle ne peut à elle seule se substituer à d'autres formes d'investigation ou de recherches ni à l'approche personnelle (connaissances réelles de la relation, sa solvabilité etc...) ni aux éléments de sûreté.

    - D'autre part, elle se base pour les crédits aux entreprises par exemple sur les données comptables du bilan déclaré. Ce sont là les limites inhérentes à l'application de l'approche du risque par l'analyse statistique.

    Néanmoins, elle peut apporter beaucoup d'éclairage supplémentaire, et demeurera un outil de prise de décision incontestable en avenir incertain.

    La méthode consiste à apprécier la solvabilité d'un emprunteur en évaluant la probabilité de survenance des recettes futures . Cette probabilité s'appréhende à travers plusieurs caractéristiques propres à chaque emprunteur. Les techniques statistiques de traitement de l'information sont à même de déterminer la corrélation entre les caractéristiques sélectionnées et la solvabilité de l'emprunteur.

    Contrairement à la technique du crédit scoring appliqué aux particuliers qui nécessite l'homogénéité des critères sélectionnés pour les emprunteurs, et les crédits octroyés, l'approche statistique pour les crédits aux entreprises peut utiliser les données hétérogènes.

    D'ailleurs, elle ne peut être autrement sinon elle sera impraticable. Car le comportement financier de chaque entreprise dépend de son secteur d'activité, de son chiffre d'affaires, de sa gestion interne des stocks, de ses besoins de crédits en volume et en catégorie de crédit etc. ..

    Critère de solvabilité

    De même, contrairement à la technique du crédit scoring aux particuliers où il y a une carence chronique d'information, ou de données statistiques, l'analyse statistique du risque des crédits aux entreprises présente une sélection de quelques données significatives du fait de l'abondance de ces derniers. Cette sélection est effectuée selon le critère de solvabilité à pouvoir prévisionnel élevé.

    La méthode consiste à sélectionner un certain nombre de critères de solvabilité des plus significatifs. Le choix de ces critères a été effectué après des recherches auprès des différentes entreprises (saines et mauvaises). L'analyse discriminante nous permet de déterminer les critères significatifs et leur pondération(1).

    Les principales conclusions de cette approche se résument comme suit:

    -1- Le secteur d'activité: Le comportement financier des entreprises diffère beaucoup selon secteur d'activités. Par conséquent, il y a lieu de tenir compte des comparaisons intersectorielles à l'aide de ratios moyens du secteur. Certains ratios pertinents sont moins significatifs pour d'autres secteurs et inversement.

    -2- Les ratios significatifs: Les travaux de E.I. Altmann(2) en matière de sélection de ratios significatifs ont amené l'auteur à retenir des "ratios clés" avec une pondération respective, et il en a retenu cinq déterminants.

    La valeur de chaque ratio étant pondérée par le coefficient pour obtenir la note de chaque entreprise.

    L'approche de l'analyse des risques par la méthode statistique a cependant des limites de taille, nous avons cité plus haut la limite des données comptables à travers le bilan qu'il comporte souvent de nombreuses distorsions par rapport à la réalité, ensuite cette approche pourrait être valable pour des crédits à court terme (moins d'un an) mais pour les crédits d'une durée supérieure à 1 an (ou crédits revolving), cette approche semble moins pertinente dans l'appréciation du risque.

    Enfin, l'élément subjectif de l'emprunteur, sa compétence, sa surface financière personnelle pourrait être un élément important dans la prise de décision d'octroi de crédit. De même, le secteur économique dans lequel opère l'entreprise désigne demeure une donnée de base.

    En affirmant ces aspects et en les intégrant en complément dans les résultats de l'approche statistique, le banquier décideur pourrait bénéficier d'un véritable outil d'aide à la décision dans un environnement miné d'incertitudes.

    RATIOSPONDERATION
    R1 = Fonds de roulement net

    Total de l'actif

    R2 = Réserves

    Total de l'actif

    R3 = Résultat brut d'exploitation

    Total de l'actif

    R4 = Fonds propres

    Total des dettes

    R5 = Chiffre d'affaires

    Total de l'actif


    1,2

    1,4

    3,3

    0,6

    9,9

    La note attribuée à l'entreprise désignée sera égale évidemment à N=1,2R1+1,4R2+3,3R3+0,6R4+9,9R5. Plus la note est élevée, plus l'entreprise est considérée comme saine. Plus la note est faible, plus l'entreprise présente des risques de faillite.

    Altmann pourrait ainsi classer 95% des entreprises d'un échantillon 1 an avant la faillite. Le pourcentage s'abaisse à 72% deux ans avant la faillite et à 30% cinq ans avant(3).

    Dans la même logique d'approche, la méthode dite des "crédits-men" américains(4) retient 5 ratios clés dont le choix et la pondération sont basés uniquement sur l'expérience.

    par M'Fadel EL HALAISSI, Cadre à la B.M.CE.

    (1)Cf F. Mader "Les ratios et l'analyse du risque" analyse financière 1975.

    (2)E.I. Altmann "Financial ratios, discriminant analysis and the prediction of corporate banhruptey" journal of finance 1968.

    (3)S. de Coussergues "Gestion de la banque" clet 1976.

    (4)G. Depallens "Gestion financière de l'entreprise" sirey 1967.

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