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    Economie

    La crise du textile : Le secteur, menacé, ne pense qu'à suivre

    Par L'Economiste | Edition N°:49 Le 15/10/1992 | Partager

    Les industries du textile et de l'habillement connaissent des difficultés à l'instar des autres secteurs d'activité. Cependant, dans ce secteur on raisonne en terme de survie. Concurrencée par d'autres fournisseurs sur les marchés à l'export, l'industrie textile connaît aussi une faible intégration inter-branches et une stratégie commerciale peu développée.

    L'INDUSTRIE du textile et de l'habillement exporte 40% de sa production. Une grande partie des exportations était basée sur la sous-traitance et l'avantage comparatif en matière de coût-minute. Or, le Maroc ne présente plus de grand attrait relativement à ce coût-minute. M. Mohamed Lahlou, vice-Président de Manatex et Président de l'AMIT, souligne que "les salaires de base ont augmenté de plus de 40% sur les trois dernières années ". Le Maroc a perdu cet avantage particulier qui est celui de la sous-traitance pure du fait notamment de l'ouverture des pays de l'Est. Des Etats comme la Hongrie, la Tchécoslovaquie ou encore la Pologne prennent des places de plus en plus importantes sur le plan de la sous-traitance.
    M. Abdelali Berrada, PDG de Dégor's, avait illustré cette situation lors de l'Assemblée Plénière de la CGEM du 1er Octobre en soulignant la baisse de 30% du TPP (Tarif de Perfectionnement Passif) en 1992. Les ventes marocaines, pour le premier semestre 1992, n'ont connu qu'une faible progression de 1%, alors que la Tunisie connaissait une progression de 11%, l'Indonésie 40%, la Chine 61%, la Corée du Sud 39% et le Bangladesh 23%.
    Il y a aussi de nouveaux pays asiatiques comme le Vietnam où le salaire mensuel moyen est de moins de 100 Dollars U.S. La Chine bien sûr surpasse tout le monde. Sans omettre les Etats issus de l'ex-URSS dans lesquels le salaire mensuel de l'ouvrier équivaut à une quarantaine de Dollars U.S. du fait de la dévaluation du Rouble.

    "Ce sont là des signes extrêmement dangereux ", indique M. Lahlou.
    Il ajoute que puisque "notre atout majeur qui était le coût-minute n'est plus, il est nécessaire de réagir et vite". L'industrie textile marocaine doit explorer d'autres voies. C'est la raison pour laquelle, depuis deux ans, les industriels réclament un "plan textile." Leur approche a déjà été concrétisée. Elle a été soumise au Ministère du Commerce et de l'Industrie qui a confié une étude au cabinet Werner. Le dossier évolue, les premières réunions et les premiers contacts ont commencé. Cependant, le sentiment qui prévaut chez les industriels est que les décideurs, au niveau gouvernemental, ne semblent pas suffisamment sensibles aux menaces qui pèsent sur les entreprises de textile.
    Un autre problème, désormais reconnu, est l'intégration. La part du tissu marocain ne cesse de baisser. Les importations demeurent importantes et il est difficile d'être compétitif. Pour qu'une industrie de base au niveau du tissage et finissage puisse se constituer, les conditions doivent être favorables. "Malheureusement, les conditions actuelles, à savoir, des taux de crédit qui avoisinent les 16% avec un amortissement sur 10 ans alors que l'amortissement se fait au maximum sur 5 ans, entravent la consolidation d'une industrie de base ", explique le Président de l'AMIT.
    M. Berrada, lors de l'Assemblée Plénière de la CGEM, avait indiqué à ce propos que le taux d'utilisation des supports marocains dans les articles d'habillement continuait de baisser, elle ne représente plus que 30%. Les tisseurs européens importent de plus en plus de tissus asiatiques. Par ailleurs, la branche de tissage et finissage a connu un quasi-arrêt de ses exportations vers les pays de l'UMA. Ces pays absorbaient 40 à 50% des produits exportés.

    Certes, les réalisations sont nombreuses notamment au niveau de la formation. De nombreux projets ont reçu le visa de conformité du Ministère de tutelle. En consultant les entreprises fournisseurs de matériels, M. Mohamed Tazi, Secrétaire Général de l'AMIT, a constaté que tous les projets étaient bloqués depuis Mai. Il semblerait qu'il y ait une légère reprise depuis début Octobre.
    Le plus important demeure la restructuration des entreprises. Les grandes structures sont rares. Le secteur est majoritairement constitué d'entreprises de petite taille.
    Ces dernières doivent être épaulées pour réaliser des produits finis. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des sociétés de services en vue du développement de nouveaux produits, d'une démarche marketing sur les marchés. "Ces sociétés de services prendraient en charge tout l'effort commercial avec un grand C", insiste M. Lahlou. "Seul ce dispositif peut donner le ressort aux entreprises marocaines", ajoute-t-il. Dans tous les pays, ce genre de sociétés ont été financées par les pouvoirs publics en vue de la promotion de la production. C'est le cas de la Corée notamment, mais aussi de pays européens.

    Appui stratégique

    Une entreprise dont le capital est de 5 millions de DH ne peut assumer ces activités. Elle doit pouvoir trouver ces appuis structurel et stratégique étatiques pour qu'elle puisse s'épanouir. Les industriels raisonnent en terme de survie parce que les problèmes sont vus sous cet angle.
    "Même si nous sommes conscients que les autorités gouvernementales ont d'autres priorités, nous craignons que la réaction ne soit trop tardive", tient à préciser M. Lahlou.
    Le fait est que si le secteur continue à ce rythme, il risque d'accuser un retard technologique important alors qu'ailleurs tout évolue vite.

    Naïma HADER



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