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    La comptabilité au-delà des coûts historiques

    Par L'Economiste | Edition N°:459 Le 09/03/1999 | Partager

    · La comptabilité du coût historique n'est pas toujours la meilleure approche pour interpréter l'information

    · Ronnie Barnes retrace les techniques utilisées par la comptabilité pour évaluer les effets des prix changeants

    · Les résultats du coût historique peuvent donner une fausse impression sur le développement d'une entreprise


    Autrefois, la comptabilité financière était uniquement l'affaire des administrateurs. Les propriétaires (actionnaires) dotaient l'entreprise des ressources économiques nécessaires et chargeaient le conseil d'administration de la gestion de ces ressources.
    L'information comptable était tout simplement un compte rendu soumis par la direction aux propriétaires, décrivant la manière dont ces directeurs déclinent leurs responsabilités. D'où la nécessité de dresser un rapport sur les transactions effectuées, enregistrées en termes de coût historique.
    Toutefois, au cours de ces dernières années, les utilisations et les utilisateurs de l'information comptable ont largement dépassé ce rôle traditionnel. Plusieurs agents économiques, à savoir les conseils d'administration, les analystes et le Fisc recourent aujourd'hui aux techniques comptables pour prendre des décisions. Or, leurs besoins en information varient considérablement et l'approche standard du coût historique s'avère souvent inappropriée dans ces cas (particulièrement lorsqu'il s'agit des fluctuations soudaines des prix). Cet article se penche sur les points faibles de la comptabilité du coût historique, qui constituent une base inadéquate pour la prise des décisions économiques. Elle décrit ensuite les différentes approches comptables alternatives qui tiennent compte de l'effet des fluctuations des prix et expose enfin les principaux points forts et points faibles de chaque approche.

    Les points faibles de la comptabilité du coût historique
    Un bilan comptable est un compte schématique des actifs et passifs d'une entreprise. L'utilité économique de l'information générée par ce bilan devient encore plus importante lorsqu'elle est exprimée en terme de valeur, plutôt qu'en termes de coût. Dans la comptabilité au coût historique, chaque actif est inclus dans le bilan à sa valeur d'acquisition qui est souvent différente de sa valeur actuelle. De même, si nous considérons que le profit réalisé pendant une certaine période représente le montant maximal qui peut être distribué aux actionnaires, alors dans un environnement où les prix sont à la hausse, les profits seront généralement surestimés. Ceci est principalement dû au fait que les frais engagés pour générer les revenus (exemple: le coût des matières des produits vendus et l'amortissement des actifs immobilisés) sont évalués en termes de coût historique. Si les profits calculés sur cette base sont répartis, le pouvoir d'achat des actionnaires se verrait alors diminué. Autre inconvénient des comptes au coût historique: certains gains et pertes ne sont pas du tout reconnus. Il s'agit là des plus-values et des gains et pertes monétaires (moins-values) qui constituent un élément important du concept économique du revenu et qui sont généralement exclus des profits du coût historique.
    Enfin, Il est particulièrement important de noter que les résultats du coût historique peuvent donner une fausse impression sur le développement d'une entreprise. Avec l'augmentation du niveau général des prix, chaque transaction pourra contribuer au profit du coût historique, bien que son impact économique reste inchangé.

    Comptabilité de la valeur actuelle
    Deux grandes questions relatives au développement d'un système comptable alternatif s'imposent:
    - Quelle est la forme la plus appropriée pour évaluer un actif?
    - Quel concept doit-on utiliser pour gérer un capital?

    Evaluation de l'actif
    L'approche la plus convenable est probablement celle où l'actif et le passif sont évalués à partir d'un montant reflétant la valeur actualisée des futurs cash flows. Néanmoins, la valeur d'une entreprise dépend très souvent d'autres facteurs que des actifs déjà en place. Ainsi, un bilan préparé sur cette base pourra constituer une évaluation de toute l'entreprise, à condition que les actifs et les passifs soient définis de manière à inclure des entrées variées, de nature intangibles exclues des normes comptables conventionnelles.
    Les tentatives pour introduire des systèmes comptables de la valeur actualisée ont carrément rejeté cette approche.
    Les alternatives à cette approche peuvent être divisées en deux systèmes:
    - Pouvoir d'achat actualisé (Current Purchasing Power ou CCP): Ici, les actifs et passifs sont inclus dans le bilan à des montants basés sur le coût historique, qui a été réévalué de manière à tenir compte des changements du niveau des prix.
    - Comptabilité au coût actualisé (Current Cost Accounting ou CCA):
    Dans cette approche, les actifs sont évalués par la valeur pour le profit de l'entreprise ou par une valeur de privation. Celle-ci est définie par le coût de remplacement le plus faible du coût actuel net et par le montant récupérable, qui est défini à son tour par l'actif net réalisable le plus élevé et par le montant récupérable dans le futur (à savoir la valeur économique). Autrement dit, pour évaluer un actif, il est nécessaire avant tout de spécifier s'il doit être maintenu ou pas, ce qui permettrait de déterminer le montant récupérable. L'actif est ensuite inclus dans le bilan au montant de perte que peut subir une entreprise si elle est privée de l'actif.
    Exemple: Dans le cas où le coût de remplacement dépasse le montant récupérable, l'actif ne doit pas être remplacé et la perte de l'entreprise sera identique à ce montant récupérable. De même, les passifs devraient être calculés à partir de la valeur d'acquittement (relief value), définie d'une manière analogue. Or, la comptabilité au coût actuel a concentré ses efforts sur les actifs du bilan, mais elle a particulièrement ignoré l'évaluation appropriée des passifs. La valeur d'un actif pour l'entreprise peut être très souvent égale à son coût de remplacement qui est relativement simple à calculer. (La principale exception, c'est lorsque le changement technologique rend difficile l'identification du coût de remplacement d'un actif. Dans ce cas, la meilleure évaluation est probablement celle du coût actuel d'une utilisation potentielle équivalente). De plus, cette approche est moins subjective que l'approche basée sur la valeur si on considère les actifs, qui génèrent les cash-flows difficilement identifiables.
    Exemple: Des immobilisations corporels comme les terrains, les constructions et les systèmes informatiques (bien qu'ils soient d'une grande importance pour l'entreprise) ne génèrent le plus souvent pas de cash-flows. C'est pourquoi l'attribution d'une valeur à ce genre d'actifs serait très problématique.
    Par ailleurs, il y a très peu de corrélation entre les mouvements du niveau général des prix et les fluctuations des prix qui sont d'une grande importance pour l'entreprise. De cette façon, un système CCA peut générer des informations beaucoup plus importantes sur le plan économique qu'un système CPP. Les principales approches comptables de la valeur actuelle pourraient donc inclure un bilan basé sur les valeurs déterminées par le système CCA.

    Gestion du capital
    Le deuxième élément-clé d'un système comptable basé sur la valeur actuelle est la gestion du capital. Comme nous l'avons déjà évoqué, les rapports financiers doivent enregistrer un profit, après avoir mis de côté les fonds nécessaires garantissant une bonne gestion du capital de l'actionnaire.
    La gestion du capital comporte deux importantes variations:
    1- Les amortissements (Operating Capital Maintenance ou OCM): Le montant mis de côté est suffisant pour garantir une capacité de production constante. Les revenus sont donc intégrés dans le coût actuel des inputs qui ont été utilisés pour générer ces revenus.
    Parfois des inputs, comme les primes de rendement et les frais de distribution sont enregistrés au niveau de ce coût, même dans le cas du système de coût historique.
    Les seules exceptions sont les entrées acquises et utilisées dans une date ultérieure, et particulièrement, les valeurs de placements et les actifs immobilisés.
    2- L'amortissement du capital financier (Financial Capital Maintenance ou FCM). Le montant réservé pour l'amortissement du capital est calculé de manière à maintenir le pouvoir d'achat général des fonds des actionnaires (principalement constitué du montant du coût historique qui a suivi les augmentations de l'indice général du niveau des prix depuis que les fonds ont été engagés).

    Unité de mesure
    La dernière question à poser concerne le choix de l'unité de mesure. L'unité fictive de la monnaie (qui n'a aucun effet sur l'oscillation du pouvoir d'achat de la monnaie) ou l'unité du pouvoir d'achat constant (où tous les montants sont réévalués de manière à écarter les effets pervers d'une telle variabilité) sont-elles appropriées?
    En règle générale, l'unité du pouvoir d'achat constant (Unit of Constant Purchasing Power ou UCPP) est théoriquement plus valable. Toutefois, sa complexité reste difficile à justifier, sauf peut-être dans le contexte de la tendance de l'information. Ainsi, la plupart des propositions relatives à la comptabilité de la valeur actuelle seront basées sur l'unité fictive de la monnaie.


    En bref


    Les utilisateurs de l'information comptable ont largement dépassé l'approche standard du coût historique qui n'est pas toujours appropriée. Dans un environnement où les prix sont à la hausse, les profits peuvent être surestimés et les valeurs faussées. Les plus-values et les gains et pertes monétaires, par exemple, sont exclus des profits du coût historique. Les deux principales questions relatives au développement d'un système comptable alternatif sont:
    - Quel est la forme la plus appropriée pour évaluer un actif?
    - Quel concept doit-on utiliser pour gérer un capital?
    Toute approche comptable significative de la valeur actualisée va probablement inclure un bilan basé sur les valeurs déterminées par le système comptable du coût actuel (CCA). Les deux principales variations de la gestion du capital sont la gestion du fonds de roulement (OCM) et la gestion du capital financier (FCM). Ici, le choix est moins évident et dépend principalement de la nature de l'entreprise.
    La dernière question à poser concerne le choix de l'unité de mesure. L'unité du pouvoir d'achat constant est théoriquement plus valable. Mais pour des raisons pratiques, la plupart des propositions relatives à la comptabilité de la valeur actuelle seront basées sur l'unité fictive de la monnaie.

    Traduction: Majda BENKIRANE
    L'Economiste

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