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Tribune

La compensation revisitée par la Fondation Bouabid: Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain

Par L'Economiste | Edition N°:477 Le 05/04/1999 | Partager

Par Amar DRISSI, directeur général de Lesieur

· Un plat brûlant que maints clichés et approximations n'ont pas refroidi

· De Kafka à UBU: Le vrai procès de la fausse libéralisation


Un colloque organisé par la Fondation début mars a été à l'image du Maroc d'aujourd'hui: brillant et brouillon, verbeux et généreux, impatient et un rien utopique. Loin des ronrons habituels, de l'argument d'autorité et de l'analphabétisme institutionnalisé, on s'est essayé à penser en public pour tenter d'aller à l'essentiel. Objet: la compensation, plat brûlant que la masse de clichés, de poncifs et d'approximations proférées depuis des décennies n'ont pas réussi à refroidir.
Incisif et caustique, Najib Akesbi tira la première salve et mit les pieds dans le plat. "La compensation est perverse, elle n'atteint pas ses destinataires". Il remit les choses en perspective, rappelant d'où elle vient et faisant remarquer que nombre de nos débats prétendument actuels ont été posés depuis belle lurette. Il enfonça le premier tabou, celui de la protection de la production agricole et rappela la nécessité de productivité pour ce secteur (aussi) avec une formule provocatrice mais pertinente: "Vérité des prix ou vérité des coûts?". Notre ami eut le courage de remettre les chiffres à l'endroit et de relativiser le poids de cette subvention que d'aucuns cherchaient à inflater à souhait: "Dans toute balance, il y a des plus et des moins" et par exemple dans les 1,8 milliard subventionnés par l'Etat, les opérateurs huiliers ne reçoivent pas plus de 100 millions de DH de subvention nette, car, au passage, l'Etat a récupéré 1,6 milliard de droits de douane et taxes. CQFD.

Fausses idées et dictature du vocabulaire


S'inspirant de certaines expériences étrangères, Najib Benamour rappela que la compensation n'est évidemment pas une invention marocaine et posa les limites objectives de l'exercice. Modeste, il oublia de mentionner qu'au milieu d'un océan d'incohérences situées bien en amont, il est un des rares dans l'administration de la compensation à gérer sa boutique et à maintenir un rapport professionnel correct avec les opérateurs.
Non sans ironie par rapport au colloque lui-même, Larbi Jaïdi rappela que si les Marocains ont une capacité indéniable à poser les vrais problèmes, ils ne se montrent pas toujours aussi déterminés à les résoudre.
L'après-midi, les nutritionnistes posèrent un certain nombre de questions iconoclastes, traquant les fausses bonnes idées et la dictature du vocabulaire. S'inspirant des grandes icônes telles que Hirschmann, Amarty Sen (Prix Nobel d'Economie pour ses travaux sur la pauvreté), ils rappelèrent que toute politique est un dosage entre des nécessités d'efficacité et d'équité.

La fameuse notion de ciblage (sur des catégories spécifiques) fut mise en question surtout lorsque la pauvreté devient massive: "Que veut dire ciblage si l'on considère qu'au Maroc la pauvreté touche entre 4 et 10 millions d'habitants?" On buta là sur la rareté d'études fines, d'où l'ambiguïté du diagnostic qui montre paradoxalement que d'un côté, au niveau d'un certain nombre de paramètres de base (maigreur, charge pondérale, taille...), le Maroc puisse se classer plus qu'honorablement, alors qu'en même temps d'autres indicateurs laissent soupçonner non pas un appauvrissement des plus pauvres mais un élargissement de la pauvreté au niveau des classes moyennes.

Enfin, last but not least, on eut droit au coup de gueule des soutiers remontés de la salle des machines, les opérateurs économiques confrontés à l'absurde de la libéralisation-fantôme. Ainsi, les huiliers et les sucriers sont redevenus des façonniers de l'Etat, puisque, au blocage des prix de vente, vient s'ajouter le blocage des prix à l'achat, ce qui supprime toute optimisation des achats, enlève toute visibilité au secteur et constitue un retour en arrière dramatique d'autant plus grave que les marges réduites de 30% depuis 1996 n'ont plus jamais été actualisées. Les opérateurs attirèrent l'attention sur leur non-implication dans toutes les décisions majeures (aussi bien le changement de réglementation en juin 1996 que l'instauration du système dégressif des droits de douane fin 1998) furent édictées sous forme d'oukases sans aucune concertation conséquente sauf si l'on veut torturer le sens des mots et appeler concertation les pseudo-formes de consultation où les jeux sont déjà faits bien à l'avance.

Politisation des problèmes


Les opérateurs n'avaient pas l'air d'apprécier l'habillage et ne semblaient pas convaincus que passer de Kafka à Ubu puisse constituer un progrès majeur... M. Sebti, pour les minotiers, mit judicieusement quelques faits en perspective rappelant que la profession était même devenue exportatrice et nota quelques faits souvent passés sous silence comme par exemple le fait que tout le monde profitait de la farine subventionnée...
Le deuxième président, Najib Guedira joua son rôle de gardien du temps et du temple, recentrant les débats et rappelant en conclusion le danger des raccourcis et surtout la nécessité de procéder à des évaluations objectives de la compensation et de ses effets avant de la condamner tant il est vrai que nous péchons, non seulement au niveau de l'action, mais aussi en termes de suivi et de monitorage. Tout cela sans oublier le caractère incontournable des choix politiques.
De politique, il fut beaucoup question, souvent de manière incantatoire et non sans ambiguïté. Dire "la compensation, ce n'est pas un problème financier, c'est politique" peut s'entendre en deux sens. D'abord un sens en retrait, défensif: dans beaucoup de sphères, "c'est politique" veut dire "il n'y a rien à faire, faut laisser tomber, faut pas y toucher, ça me dépasse". Bref, la politisation des problèmes constitue un alibi commode pour ne rien faire, une rationalisation de l'immobilisme. Quand on a dit "c'est politique", on a alors tout dit et on n'a rien dit et surtout on n'a rien fait! Dans un autre sens pro-actif, on se réfère alors à une autre politique qui pourrait se révéler une politique autre, décisive et audacieuse. Dans ce deuxième cas de figures, politique veut dire courage politique, voire courage tout court: faire ce qu'on dit et dire ce qu'on fait, bannir le double langage, les assainissements à géométrie variable et promouvoir les pratiques démocratiques de concertation effective avec les acteurs socio-économiques.o

NB: Cet article n'engage que l'opinion individuelle de l'auteur.


Sous la compensation, la plage


Alors? Alors ne boudons pas notre plaisir! Ce colloque fut bon, très bon, avec un bon ratio coûts/avantages même s'il y a loin de coupe aux lèvres, même si une telle manifestation ne peut pas résoudre le problème de l'action (ou de l'inaction) des décideurs. La Fondation nous a offert une quintessence de ce qu'est un bon colloque: d'abord une bonne dose d'académisme, un public studieux, un zeste de démagogie, quelques joutes oratoires, un minimum de discours lénifiants, une langue de bois réduite à la portion congrue, quelques restes d'un dogmatisme aux abois, un peu de pragmatisme, ajoutez-y quelques naïvetés emphatiques, pas mal d'humour parfois involontaire (lorsque notre sommité nationale, le professeur Lahbabi faisant le procès des écarts de rémunération cita l'exemple des Etats-Unis et des écarts de salaire très réduits entre Clinton et la dernière stagiaire de la Maison Blanche...) quelques coups de gueule des nègres de service et des professionnels en service commandés, mélangez le tout, remuez et servez très chaud!

Un consensus se dégage: on peut faire des choses rapidement tout de suite à condition de "se salir les mains", c'est-à-dire d'assumer les plus et les moins, d'accepter les bricolages locaux, les arrangements pragmatiques et de faire son deuil d'une quête incessante et stérile d'hyper-rationnalisations qui se voudraient, a priori, satisfaisantes intellectuellement et idéologiquement, mais qui ne font que renvoyer l'action à un futur avec le misérabilisme et l'incantation, les réflexes purement revendicateurs et la focalisation excessive sur les idées à la mode: bref, faire plus avec les moyens qu'on a, améliorer le rendement énergétique de la machine socio-économique, développer les réflexes entrepreneuriaux d'engagement et d'action. Il n'est pas interdit de penser que les Marocains veulent survivre et il n'est pas invraisemblable de croire qu'ils se donneront les moyens de contrer ceux qui, de tout bord, continuent de préparer scientifiquement et systématiquement le naufrage du pays. Avouons-le, ce colloque ne fut que prétexte... Entre le Grand Soir et l'immobilisme béat, loin des enjeux minuscules et cosmétiques qui encombrent le pays, loin des pratiques précommunicationnelles de l'inculture dominante, ce colloque ressemble au Maroc à un premier printemps gai et tonique, vindicatif et caustique, impatient d'aller de l'avant, de passer à une vitesse supérieure, de dépasser les archaïsmes d'hier et ceux de demain ("le makhzen technocratisé et la technocratie makhzénisée"), un Maroc à la rencontre de ses forces vives populaires, intellectuelles et professionnelles en route vers des lendemains qui chantent et qui nourrissent. Un Glasnot assaisonné à l'huile d'olive et au tournesol de printemps! Allez camarades, encore un effort: sous la compensation, il y a la plage.

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