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Economie

La base du savoir part de la langue parlée

Par L'Economiste | Edition N°:2764 Le 25/04/2008 | Partager

. C’est le passage obligé de l’égalité des chances. La grammaire est une arme contre le totalitarismeL’école et les parents se partagent le même travail vis-à-vis des enfants. Venus de Casablanca, El Jadida ou Guercif, les instits étaient nombreux à faire le déplacement pour écouter Alain Bentolila, linguiste français bien connu au Maroc pour ses travaux de recherche et son implication dans la lutte contre l’illettrisme. Comme des écoliers, les profs ont sagement écouté le conférencier invité par la Librairie des écoles (1) . Le thème du jour est d’une brûlante actualité: «Dire, lire, écrire : retour aux fondamentaux». Reste à l’auditoire de faire le devoir à domicile. Le linguiste insistera sur l’impact de la langue sur l’intelligence de l’enfant. Il doit non seulement porter de l’intérêt à la langue, mais aussi à celui qui la parle. Le principe étant de donner une chance égale à chacun. Le travail de ce linguiste en Haïti représente fidèlement ce point, où il sera le témoin du décalage entre la langue parlée (créole) et la langue enseignée (français). Cette inadéquation entre langue parlée et langue enseignée est monnaie courante dans plusieurs pays, dont le Maroc.Or, la transmission de la pensée ou de l’intelligence, s’y heurte. L’école ne peut prétendre transmettre dans une langue autre que la langue parlée. Alain Bentolila y croit encore. «Il n’y a pas d’autre espoir que l’école»; affirme-t-il.Le pari de la langue est de «laisser une trace de soi sur l’intelligence d’un autre avec l’espoir qu’elle ne sera pas trahie». Pour ce faire, le corps professoral en est le pilier. «Aucune machine ne pourra transmettre», explique l’expert français. Transmettre ne se fonde pas uniquement sur l’exposition de l’idée. . Mauvaises languesAu Maroc, l’enfant évolue dans un environnement social parlant l’arabe dialectal, où la scolarité se déroule en arabe classique et où la vie active impose de maîtriser parfaitement le français, contribue toujours un peu plus à l’échec grandissant que nous connaissons. Le «parfait» usage d’une langue avec laquelle on s’exprime, hormis la transmission «intelligente» du vocabulaire, passe par celui de la grammaire et le «pouvoir du verbe». Alain Bentolila explique que ces derniers permettent de créer une pensée originale, car sans elle, «nous communiquons dans un consensus mou». La grammaire et le vocabulaire permettraient, d’une part, de se forger une pensée particulière et forte et de contrer le totalitarisme. Le cas du «gourou sectaire» formidable orateur dont le public boit tous les mots (sans en chercher le sens) illustre clairement ce point. La grammaire est «l’outil de résistance intellectuelle» de chacun. D’autre part, la langue diffère le passage à l’acte violent. Il n’y a pas pire que de ne pas trouver les mots pour s’exprimer. L’enfant entre en langue à l’instant où il vient au monde, mais la parle à compter du quinzième mois. Période durant laquelle le mécanisme de compréhension et de production se met en place, et où l’enfant reste silencieux. Alain Bentolila interpellera les enseignants présents à ce sujet. «L’enfant silencieux n’est pas un enfant inintelligent».


Bentolila: «Le trilinguisme est une hérésie!»

Le bon usage du langage se retrouve confronté à sa pluralité. Le système scolaire, fondé sur une langue disparate, reste en marge de la réalité socioéconomique. L’égalité des chances n’est pas non plus au rendez-vous. Un Marocain sur deux est analphabète.- L’Economiste : Vous avez été le directeur scientifique du projet «1001 écoles rurales» de la Fondation BMCE Bank. Quel en a été le bilan?- Alain Bentolila : C’est un projet magnifique! J’y ai collaboré à la demande de Othmane Benjelloun. Le défi était de créer une pédagogie qui corresponde aux enfants du monde rural et périurbain. 120 écoles ont été créées en l’espace de trois ans. Pour nous assurer que notre pédagogie était bien adaptée, nous avons fait passer un test de 6e année aux élèves de 5e année, le taux de réussite a été de 85%. Nous voulions surtout montrer qu’il n’y a pas de fatalité. Ce n’est pas parce que nous naissons dans le monde rural que nous sommes condamnés à l’analphabétisme.- Pourquoi avoir mis fin à cette collaboration?- J’ai mis fin à notre collaboration à cause d’une divergence de vision. Je souhaitais mettre en place une sorte de partenariat avec les écoles publiques environnantes, la Fondation préférait revendre ces écoles à l’Etat.- Avez-vous eu des contacts avec le ministère de l’Education nationale quant à ce projet?- Nous n’avons eu aucun contact. Même avec cette idée d’ouvrir notre réseau d’écoles sur le public, en mettant un minimum de moyens, il n’y a pas eu d’écho. Pourtant, les 57% d’analphabètes du Maroc sont concentrés dans le monde rural à hauteur de 80%. Il n’y a pas de mise en situation.- Quelle est l’incidence du trilinguisme sur l’avenir de nos enfants?- Le trilinguisme (arabe classique, arabe dialectal et français) est une hérésie! L’enfant ne peut écrire avec une langue qu’il ne parle pas. L’éducation doit absolument se faire dans la langue que l’on parle. L’enfant est incapable de se développer correctement ainsi. Les professionnels et les pouvoirs publics doivent y pallier. Il faut essayer d’être réaliste.


Parcours

Alain Bentolila, linguiste français né en Algérie le 21 avril 1949, est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages concernant l’apprentissage de la lecture et du langage chez l’enfant. Il a été le directeur scientifique du projet «1001 écoles rurales» qui a créé au Maroc des écoles dotées d’un dispositif adapté aux besoins du monde rural. Il est conseiller scientifique de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme et administrateur et vice-président de la fondation d’utilité publique des Caisses d’épargne. Il commence son travail par les langues exotiques (africaines, créole, kitchua). Il lance des campagnes d’alphabétisation en Haïti et en Equateur. Il entame des recherches sur la conscience sémiologique chez l’enfant de 5 à 6 ans, puis sur la maîtrise de la langue orale et écrite dans les écoles primaires et chez les jeunes adultes. Il fonde l’Observatoire de la lecture, dont il est le conseiller scientifique depuis 1997. Il obtient le grand prix de l’Académie française la même année N. M.-------------------------------------------(1) «Dire, lire, écrire : Le retour aux fondamentaux» et «Le vocabulaire et la grammaire au cœur de la maîtrise de la langue» furent les thèmes abordés par le linguiste Alain Bentolila, lors de la conférence du 23 avril 2008 organisée par la Librairie des Ecoles.

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