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L’OTAN à Lisbonne, vers la fin du protectorat européen?
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3410 Le 24/11/2010 | Partager

A Lisbonne, les 19 et 20 novembre, les pays membres de l’Alliance atlantique ont adopté le nouveau concept stratégique de son organisation militaire l’OTAN, décidé de mettre en place un dispositif anti-missile sans chagriner la Russie, précisé les rapports de l’Alliance avec l’Union européenne. Un point a été fait sur l’Afghanistan. De débats, il n’y en eut guère. Les experts s’étaient entendus au préalable. Tout le monde s’est félicité… Adapter un projet stratégique aux réalités n’est pas chose simple, surtout dans un ensemble où les parties sont nombreuses et où l’une d’elle domine. Le concept stratégique fait l’objet d’un document de onze pages, sorte d’ «auberge espagnole», répertoire de bonnes intentions, entre description du monde et volonté des Etats d’y faire régner la paix. Au-delà des principes, sur lesquels tous peuvent s’entendre, le concept établit la liste des menaces (voir encadré), analyse les méthodes pour s’en prémunir, recense les moyens nécessaires pour les contrer.L’OTAN n’a plus d’ennemi. Cette bonne nouvelle, au demeurant peu motivante, n’empêche pas l’Alliance d’avoir conscience des risques qu’elle encourt : - Premier de ces risques, le terrorisme; les ambitions de ses promoteurs les portent à s’en prendre à n’importe quel objectif où qu’il se trouve. C’est dire l’énormité de la menace à raison de son infinie variété. Le concept insiste d’ailleurs sur l’essentiel pour bien affronter ce danger: «le renforcement du partage du renseignement»... - La prolifération balistique est curieusement citée sans qu’un pays, dont on redoute l’hostilité, soit nommément désigné. C’est «la menace fantôme» faute pour les Etats de s’être mis d’accord pour désigner le suspect. La Turquie, en effet, se veut amie de l’Iran et n’entend pas le voir au banc des accusés. Ankara, cependant, n’a peut-être pas tort. L’OTAN devait se préparer hier à affronter les forces du Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, l’Iran succède à cet énorme péril. C’est lui faire beaucoup d’honneur. L’Iran, en effet, ne ressemble en rien à l’empire soviétique. La menace balistique qu’il présente est somme toute mineure et l’on peut se demander si l’Europe doit vraiment se doter d’un bouclier anti-missile, même si son coût, étalé sur dix ans, devrait être modéré. Destiné à protéger un jour les Etats-Unis, ce bouclier sera forcément sous leur contrôle. Sa mise en œuvre suppose une intégration des radars, réseaux informatiques, liaisons radioélectriques; il faudra aussi prévoir un système de commandement à même de réagir - c’est-à-dire de tirer - dans l’instant… Autre menace notable, les attaques informatiques! Tout le monde souhaite s’en prémunir. Le problème est de fixer des priorités, tant la variété des atteintes est d’ores et déjà immense. Au moins, cette menace n’exige pas d’aligner divisions blindées et avions de combat. Le cyberespace est d’ores et déjà un champ de bataille dont l’OTAN n’est pas encore coutumier. Les indispensables adaptations vont devoir intervenir malgré de graves contraintes financière(1). Les Américains se lamentent de voir fondre comme neige au soleil de l’Atlas les budgets «défense» de leurs alliés européens, passés de 228 milliards d’euros en 2001 à 197 milliards en 2009. Le budget de l’Allemagne doit être amputé de 14 milliards d’euros d’ici 2013. Son organisation militaire va être bouleversée, les effectifs réduits de 250.000 à 190.000 personnels, la chaîne de commandement rationnalisée, des casernes et des bases fermées… La France agit périodiquement de même. Pour dépenser 20% de moins, la Grande-Bretagne taille dans ses effectifs, ses équipements, ses structures. Vœux pieux ou non, les difficultés budgétaires constitueront peut-être une occasion de faire mieux en dépensant moins.Les budgets additionnés des pays européens membres de l’OTAN représentent 30% des sommes que les Etats-Unis consacrent à leur défense. Il y a là de quoi faire! L’argent, cependant, est dispersé, dépensé, partiellement en vain, dans chacun des Etats. Les doublons sont légion. On trouve, par exemple, en Europe, vingt-sept chantiers navals pour bâtiments de guerre contre trois aux Etats-Unis, 89 programmes d’armement (2010) pour seulement 27 aux Etats-Unis. Au moins, le Royaume-Uni et la France ont-ils décidé de mutualiser certains de leurs moyens. Le concept propose d’étendre le procédé à d’autres pays. Est-ce possible? Après tout, ni Londres, ni Paris, n’ont proposé à Berlin de les rejoindre. Cette dispersion des efforts militaires des Européens n’est bonne ni pour l’OTAN, ni pour la défense européenne, ni pour qu’existe enfin un partenariat évolué entre l’UE et l’OTAN.Le sommet de Lisbonne illustre le déclin stratégique de l’Europe. Le temps où le président Kennedy s’écriait, devant des Allemands radieux, qu’il était «un Berlinois», est révolu. Au moment où l’administration Obama tente désespérément des percées dans plusieurs dossiers internationaux majeurs et où elle peine à obtenir du Congrès qu’il ratifie le traité SALT, Washington se soucie beaucoup moins qu’hier d’une Europe qui n’est plus le centre géostratégique de la planète.Restent quelques acquis. La Russie devient un partenaire; elle aide l’Alliance en Afghanistan, via le transit ferroviaire sur son territoire d’équipements destinés aux troupes de l’OTAN; elle livre à Kaboul des hélicoptères de transport, elle accepte surtout de coopérer à la mise en place du bouclier antimissile, lequel devient un élément central de la défense de l’Alliance. En Afghanistan, les Alliés parlent moins de départs anticipés. Le Royaume-Uni a reporté ses velléités à 2015. Washington ne se fixe plus de date limite pour le maintien de ses troupes mais annonce au contraire que l’OTAN demeurera longtemps dans le pays pour y remplir des tâches de formation et de soutien. Un compromis a été trouvé sur la place du nucléaire. L’OTAN a promis de «créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires» mais a réaffirmé le rôle majeur de la dissuasion nucléaire, aussi longtemps qu’il restera des armes de cette nature. Le mot de la fin revient à Alexander Stubb, ministre des Affaires étrangères de Finlande, membre de l’UE mais pas de l’OTAN. Pour ce ministre, la présence militaire américaine en Europe ne devrait pas durer. Les Etats-Unis n’ont plus les moyens d’être militairement présents sur le vieux continent. M. Stubb en appelle donc aux Etats de l’Union européenne pour qu’ils se préparent à défendre eux-mêmes, par les armes, s’il le fallait, le ur paix et leur liberté. Ce serait alors la fin du protectorat, peut-être aussi celle du déclin de l’Europe.


La réforme des structures

Réformer l’OTAN est essentiel. Depuis des années, des voix s’élèvent pour obtenir l’allègement et la simplification des structures. Il faut dépenser moins tout en étant plus efficace. D’où les décisions de principe prises à Lisbonne de réduire le nombre des agences de 14 à 3 et celui des commandements de la moitié. 5.000 postes vont être supprimés. Toutefois, le vrai travail commence. Il faut désigner ceux qui vont disparaître. Et ce ne sera pas commode. D’autant que l’OTAN continue d’échapper à tout contrôle et à toute obligation de transparence, y compris budgétaire; elle ne rend compte qu’aux gouvernements des Etats membres… lesquels ne se privent pas de défendre bec et ongles leurs intérêts parfois très éloignés de la défense commune…


Concept stratégique pour la défense et la sécurité (extraits du document officiel)
L’environnement de sécurité:- 8. …la menace conventionnelle ne peut être ignorée. Beaucoup de pays se sont lancés dans l’acquisition d’importantes capacités militaires, aux conséquences difficiles à prévoir pour la stabilité internationale et la sécurité euro-atlantique. Il s’agit notamment de la prolifération des missiles balistiques…- 9. La prolifération des armes nucléaires, d’autres armes de destruction massive et de leurs vecteurs pourrait avoir des conséquences incalculables. Au cours des dix années à venir cette prolifération sera au plus haut dans certaines des régions les plus volatiles du monde.- 10. Le terrorisme est une menace directe pour la sécurité des citoyens des pays de l’OTAN… Des groupes extrémistes continuent de se propager… dans des régions d’importance stratégique pour l’Alliance, et la technologie moderne accroît la menace et l’impact potentiel d’une attaque terroriste, notamment si ces groupes devaient acquérir des capacités nucléaires, chimiques, biologiques ou radiologiques.- 11. Une instabilité ou un conflit au-delà des frontières de l’OTAN peut menacer directement la sécurité de l’Alliance,… en nourrissant l’extrémisme, le terrorisme ou des activités transnationales illicites comme les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains.- 12. Les cyberattaques augmentent en fréquence… elles risquent d’atteindre un seuil pouvant menacer la prospérité, la sécurité et la stabilité des Etats. Des forces armées, des services de renseignement étrangers, des groupes terroristes ou extrémistes sont autant de sources d’attaque possibles.- 13. Tous les pays dépendent de plus en plus des voies de communications…, artères vitales sur lesquelles reposent les échanges internationaux, la sécurité énergétique et la prospérité… A mesure qu’une part toujours croissante de la consommation mondiale transite sur l’ensemble du globe, les approvisionnements énergétiques sont de plus en plus exposés à des perturbations.- 14. Diverses tendances technologiques majeures,… laser, guerre électronique, technologies limitant l’accès à l’espace, semblent susceptibles d’avoir un grave impact mondial, qui se répercutera sur la planification et les opérations militaires de l’OTAN. - 15. Des contraintes majeures en termes d’environnement et de ressources, dont les risques sanitaires, le changement climatique, la raréfaction de l’eau et l’augmentation des besoins énergétiques, contribueront aussi à dessiner l’environnement de sécurité futur dans des régions d’intérêt pour l’Alliance…--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Dans l’article 19 du Concept stratégique, au chapitre intitulé «La défense et la dissuasion», il est affirmé: «Nous alimenterons les budgets de défense aux niveaux nécessaires pour que nos forces armées aient des moyens suffisants»…
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