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L’occasion manquée des relations Russie-Japon
Par Yuriko Koike

Par L'Economiste | Edition N°:3328 Le 27/07/2010 | Partager

Le récent échange d’espions entre les Etats-Unis et la Russie, opéré tout en douceur, semble démontrer que la «réinitialisation» des relations entre les deux pays s’est faite sans heurt. Mais par rapport au Japon, la Russie n’a pour l’instant pas fait grand chose pour remettre à plat les relations. C’est à la fois une occasion manquée, compte tenu des besoins de modernisation de la Fédération russe, et une grave erreur stratégique, à la lumière des inquiétudes liées aux ambitions de la Chine en Asie, qui pourraient notamment porter sur les régions sibériennes peu peuplées de la Russie. Au mois d’avril dernier, la marine de guerre chinoise a conduit un exercice à tirs réels au large des côtes du Zhejiang en Mer de Chine orientale, et près des côtes japonaises, dont des exercices d’interception de missiles balistiques avec de nouveaux bâtiments de guerre. L’objectif de l’Armée populaire de libération semble avoir été d’améliorer les capacités opérationnelles de sa marine, en particulier dans les domaines de la guerre électronique et du brouillage, et de tester ses capacités d’intervention conjointe avec l’aéronavale chinoise.De manière plus significative, la Chine semble avoir voulu lancer un avertissement aux Etats-Unis et à la Corée du Sud à l’approche des exercices conjoints des forces navales de ces deux pays en Mer Jaune. Mais ce faisant, la Chine a également envoyé un signal sans équivoque au Japon et à la Russie.Alors qu’il est évident que le Japon doit observer de très près les activités de l’armée chinoise, le gouvernement actuel a choisi de nommer comme ambassadeur en Chine un ancien président d’un conglomérat commercial (le sogo-shosha), qui sera sans doute moins préoccupé par des questions de sécurité nationale que par des questions commerciales. De son côté, la Russie n’a réalisé qu’assez récemment qu’elle se devait d’agir de manière proactive pour protéger ses intérêts dans la région Pacifique. Le problème est qu’elle se trompe de cible. De manière à coïncider avec les manœuvres navales de la Chine en Mer jaune, les forces armées russes ont conduit une partie de l’exercice «Vostok 2010» (comprenant 1.500 soldats) sur Etorofu, la plus grande île des Kouriles méridionales, ou Territoires du nord japonais, occupées par les Russes. L’ensemble de l’exercice stratégique inter-armées Vostok 2010 comprenait plus de 20.000 soldats. Lors d’une récente visite à Vladivostok, le principal port russe du Pacifique, le président Medvedev a déclaré que le développement économique et social de l’Extrême-Orient russe était une priorité nationale. Mais en persistant à occuper illégalement des territoires japonais, la Russie se coupe de toute possibilité de contribution du Japon à cet effort, laissant de fait la Chine dominer le développement régional. L’insistance de la Russie à maintenir une occupation contre-productive est étonnante. En fait, lors de la présidence de Boris Eltsine, la Russie a failli reconnaître la nécessité de rendre les Territoires du nord au Japon. Mais une violente réaction nationaliste a anéanti ces efforts de conciliation. Même le gouvernement japonais actuel, pourtant caractérisé par une stratégie à courte vue, semble comprendre que la Russie devra jouer un rôle dans une redéfinition des pouvoirs en Asie. Selon certaines rumeurs, le Premier ministre actuel, Naoto Kan, pense nommer son prédécesseur, Yukio Hatoyama, ambassadeur auprès de la Russie pour mettre fin à l’impasse dans les relations entre les deux pays. Hatoyama est le petit-fils de Ichiro Hatoyama, qui a signé la Déclaration conjointe entre l’URSS et le Japon le 19 octobre 1956, qui rétablissait les relations diplomatiques entre les deux pays et permit l’entrée du Japon aux Nations unies. Ce traité n’a toutefois pas résolu la question du différend territorial, question remise à la signature d’un traité de paix permanent entre les deux pays. Dans la déclaration de 1956, le Japon et l’URSS s’engageaient à négocier un tel traité, à la conclusion duquel l’URSS devait céder Shikotan et le groupe des îles Habomai au Japon. Le statut des plus grandes îles Etorofu et Kunashiri restait toutefois incertain et devait faire l’objet de nouvelles négociations.Depuis des décennies, l’opinion publique japonaise estime que les quatre îles des Kouriles méridionales appartiennent au Japon et qu’un accord de paix véritable ne pourra être conclu sans leur restitution. Le choix de Hatoyama comme ambassadeur risque donc d’être vertement critiqué compte tenu du fait que son grand-père a autrefois accepté un processus de paix qui n’a restitué que deux îles au Japon. Beaucoup de Japonais s’inquiètent du fait que le petit-fils soit également prêt à faire des concessions au détriment du Japon.Les nominations d’ambassadeurs ne devraient jamais avoir de motivation politique, en particulier dans le cas d’une nomination dans un pays jouant un rôle aussi central dans l’équilibre des pouvoirs en Asie. Elle n’est toutefois pas surprenante de la part d’un gouvernement qui semble n’avoir aucune vision cohérente de la sécurité nationale du Japon.Les électeurs japonais ont heureusement perçu le caractère hésitant du gouvernement et lui ont infligé un sérieux revers lors des élections à la chambre haute de la Diète. Mais le Japon n’est pas le seul pays qui a besoin d’un gouvernement qui prenne au sérieux les questions de sécurité régionale. La Russie doit aussi de son côté reconnaître qu’elle a trop longtemps négligé sa position en Asie, et que ce n’est que lorsqu’elle rendra au Japon les Territoires du nord que l’expertise japonaise pourra contribuer au développement de l’Extrême-Orient russe. Seules des relations bilatérales normales permettront aux deux pays d’œuvrer de concert pour établir un équilibre durable des pouvoirs en Asie. Compte tenu de ses états de service, il est peu probable que Vladimir Poutine soit confronté au même genre de réaction nationaliste qu’Eltsine lorsque celui-ci a cherché à négocier un accord qui restitue les Territoires du nord au Japon. Mais aura-t-il la vision stratégique pour le faire?


Le 18 août 1945

L’occupation illégale de l’archipel des Kouriles par la Russie date du 18 août 1945, trois jours après que le Japon ait accepté la déclaration de Potsdam (soit l’ultimatum exigeant la reddition du Japon) qui mit fin à la Guerre du Pacifique. L’Armée rouge de Staline n’en a pas moins envahi et occupé l’archipel des Kouriles (Chishima en japonais), l’île de Sakhaline (Karafuto) et notamment les îles des Kouriles méridionales, Etorofu, Kunashiri, Shikotan et le groupe des Habomai, qui n’ont jamais au cours de l’Histoire fait partie de l’empire russe ou de l’Union soviétique – une situation qui perdure jusqu’à aujourd’hui. En fait, la chambre basse de la Douma a récemment adopté une résolution qui ferait du 2 septembre la «vraie» date anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, de manière à commémorer ainsi la victoire de l’Union soviétique sur le Japon – et de saper toute tentative faite par le Japon pour démontrer que l’occupation de l’archipel est intervenue après la fin des hostilités.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Julia Gallin

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