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Economie

L’export pris en otage par l’émigration clandestine

Par L'Economiste | Edition N°:1668 Le 23/12/2003 | Partager

. La sous-traitance textile et les fruits et légumes sont les principales victimes . Routiers et textiliens exigent de “vraies mesures d’assainissement” Rien ne semble arrêter ces jeunes qui rêvent de l’Eldorado européen. Les opérateurs du transport routier international confirment une recrudescence de ces passagers indésirables dans les containers de marchandises à destination de l’Europe. C’est l’Association marocaine du transporteur routier international (AMTRI) qui tire à nouveau la sonnette d’alarme sur un problème qui menace au bas mot, plus de 40% des exportations du pays, c’est-à-dire les articles de confection-textile et les produits agricoles (fruits, légumes et agrumes), actuellement en pleine campagne d’expédition. Le phénomène repart de plus belle, atteste Frédédric Sellier, directeur général de Gravaleau Maroc. Pas plus tard que la semaine dernière, trois clandestins ont été interceptés dans les véhicules du logisticien français dont un a réussi à passer sous les mailles du filet.Depuis peu, l’Espagne d’où passe l’essentiel des exportations marocaines a musclé son dispositif de surveillance et de répression, et les transporteurs et leurs clients, les chargeurs en paient le prix le plus fort. A la découverte d’un clandestin au contrôle fait à Algesiras, le véhicule et sa cargaison sont séquestrés pendant plusieurs jours. Cela signifie non-livraison à temps de la marchandise à destination et surtout, perte de crédibilité pour la destination marocaine, constate Abdelaziz Lahlou, président de l’AMTRI. Le plus grave, ce sont les conséquences sur le plan économique. “Il faut vraiment que les pouvoirs publics prennent des mesures radicales”.Les Douanes espagnoles exigent par ailleurs la présence du transporteur et du transitaire tandis que le chauffeur est placé en détention préventive. Plusieurs conducteurs, marocains et étrangers, sont actuellement détenus en Espagne. Un groupe de chauffeurs réunis dans une association, menacent de ne plus travailler si les mesures de sécurité ne sont pas renforcées. L’ouverture d’un dossier auprès d’un avocat coûte au minimum 6.000 euros (66.000 dirhams), à charge du transporteur. Les assureurs ne veulent rien savoir et réagissent pour certains en augmentant la prime de couverture. En quatre ans, l’activité a baissé de 45% à cause du problème de la présence des clandestins dans les véhicules, déplore Ahmed Aberchan, président de la Fédération des routiers (FNTR) et de la section Tanger de l’AMTRI, la plus importante de la branche avec 70% de l’activité globale au départ du Maroc. Et la part du marché du pavillon marocain dans le TIR est passée de 5 à 3%, révèle Abdelaziz Lahlou, président de l’AMTRI, qui voit dans cette perte de position l’impact évident du phénomène des clandestins. Le patron de la section de Tanger reconnaît que “les autorités de la ville ont fait ce qu’elles ont pu, mais il en faudra plus pour venir à bout de ce fléau”. Depuis des mois, il a multiplié les démarches auprès des autorités et réclame des mesures qui s’inscrivent dans le temps, dans une lettre adressée au ministre de l’Equipement et du Transport. L’Association des routiers internationaux redoute que ce fléau ne fasse perdre au Maroc des marchés au profit des pays de l’Europe centrale, la même inquiétude que soulèvent depuis des années les exportateurs du textile. Les routiers qui opèrent sur l’international suggèrent que les autorités investissent dans l’installation des scanners dans les deux ports sensibles du pays, Tanger et Casablanca. Si leur présence ne suffit pas à traiter radicalement le problème, ces machines auront au moins un effet dissuasif, constate Abdelaziz Lahlou. Tous les points à haut risque en Europe sont aujourd’hui pourvus de ces appareils qui détectent la moindre présence humaine en captant la chaleur. En installant ces machines, on fera d’une pierre deux coups: lutter contre les clandestins et le trafic du cannabis. . Situation catastrophique Pour les fruits et légumes, c’est presque une nouveauté tant par le passé, c’est d’abord les containers de produits textiles qui représentaient la cible principale des candidats à l’immigration clandestine.Depuis Paris, Jacques-Henri Garban, délégué de l’Association française du transport routier international (AFTRI), confirme que “le problème des clandestins dans les camions persistera tant qu’il y aura des réseaux mafieux”. Lors de la visite d’Etat de Jacques Chirac en octobre dernier, Gilles de Robien, ministre français des Transports et de l’Equipement, avait insisté pour que le problème des clandestins soit inscrit à l’ordre du jour des entretiens avec son homologue marocain, Karim Ghellab. Ce problème, nuance le délégué général des logisticiens français, n’est pas maroco-marocain. Le Maroc, dit-il, “est une zone d’embarquement et un petit maillon faible de la chaîne des réseaux qui vivent du commerce des êtres humains dans le monde”. Il reste que la pression des clandestins est toujours vive avec son lot de dégâts commerciaux et marketing. “Cela fait des années que nous soulevons ce problème, malheureusement, la situation n’a pas changé d’un pouce”, tempête Abdelali Berrada, directeur général de l’Association marocaine des industries textiles et de l’habillement (AMITH). Pour lui, il ne fait aucun doute que la situation continue de se dégrader. “Le Maroc n’a pas pris les mesures qu’il faut pour diminuer ce phénomène à défaut de l’endiguer”, poursuit le DG de l’Amith. Ce sont surtout, mais pas exclusivement, les exportateurs textiles qui paient un lourd tribut à la présence de clandestins à bord de cargaisons d’articles destinés aux donneurs d’ordres européens. Les transporteurs répercutent automatiquement les coûts supplémentaires qu’ils supportent à la suite de la présence de clandestins. Outre les préjudices commerciaux qu’ils tentent plus ou moins de résoudre par divers moyens, ils redoutent surtout les conséquences sur l’image de la destination auprès de donneurs d’ordres. D’ores et déjà, certains d’entre eux ont décidé d’aller vers de terres plus “sécurisées”, confirme Abdelali Berrada. La situation est jugée “catastrophique dans les zones industrielles d’où partent les chargements du textile à l’export”. A Casablanca, les circuits se sont plus ou moins réorganisés au port et l’effet de mesures de sécurité commence à se faire sentir, analyse Mohamed Karia, président de l’IMTC. Les camions-remorques sont aujourd’hui attaqués sur la voie publique par des badauds au moindre arrêt au feu rouge. Dans les sites industriels de Rabat-Salé où se trouve une forte concentration d’entreprises exportatrices de textile, la situation est dramatique, concède un opérateur. Les entreprises s’y sont organisées en finançant un dispositif de sécurité qui, à l’évidence, n’a pas dissuadé grand monde. Pour certaines, le chargement à l’usine est devenu impossible. Le phénomène est tel que certains chefs d’entreprise parlent de zone de non-droit face aux attaques à l’arme blanche auxquelles recourent des jeunes qui cherchent à partir coûte que coûte.


L’Intifada, chaque vendredi à la zone industrielle de Salé

LE problème des clandestins a pris une telle ampleur dans la zone industrielle de Salé que les opérateurs parlent de phénomène d’Intifada chaque vendredi après-midi, le jour de chargement des articles de textile destinés à l’exportation. Les entreprises sont harcelées par des bandes de jeunes à l’intérieur de leur site de production, parfois avec des armes blanches, insiste Mohamed Rahmani, président de l’antenne régionale de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et gérant de la société Sicocentre, spécialisée dans l’habillement et produits textiles à l’export. L’Asmex régionale croule sous une avalanche de plaintes sur l’insécurité qui règne dans la zone industrielle. Son président n’a pas de mot assez dur pour qualifier l’attitude des pouvoirs publics: Au lieu de perdre du temps dans les colloques sur l’investissement, il vaudrait mieux commencer par régler ces problèmes qui enveniment la vie des entreprises. Et après que l’on ne s’étonne pas pourquoi le Maroc n’attire pas assez d’investisseurs, observe-t-il.Comme beaucoup de ses pairs, Mohamed Rahmani a dû recourir au système “D” pour se défendre. Sa firme utilise les services d’une demi-douzaine de chiens d’attaque pour dissuader les badauds. D’autres opérateurs ont été contraints à souscrire à une couverture du risque “clandestin à bord” pour l’ensemble des exportations. Même les représentations diplomatiques commencent à s’irriter. Il y a quelques mois, dans une rencontre organisée par la Chambre de commerce britannique à Casablanca, le consul général du Royaume-Uni à Casablanca avait clairement signifié au ministre du Transport et de l’Equipement les graves risques qui pesaient sur l’investissement britannique au Maroc à cause de ces problèmes d’insécurité dans la zone industrielle de Salé, où sont installées quelques entreprises textiles à capitaux anglais.Abashi SHAMAMBA

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