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Chronique Militaire

L’Egypte, ses islamistes, ses coptes, son avenir…
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3443 Le 12/01/2011 | Partager

Depuis décembre 2010, des attaques ou attentats antichrétiens ont lieu en Irak, au Nigeria, en Egypte. Ces évènements ne sont pas précisément nouveaux ayant souvent pour origine des rivalités de nature économique, comme au Nigeria. Dans ce pays, les responsabilités des troubles sont d’ailleurs à partager entre chrétiens et musulmans. En Egypte, les coptes n’hésitent pas à riposter vigoureusement contre ceux qui attentent à leur sécurité. L’Irak est un cas à part. Les chrétiens, en tant que tels, n’ont pas eu à souffrir de Saddam Hussein, lequel, sauf à la fin de son règne, se voulait laïque. La désastreuse invasion du pays par les armées américaines a changé la donne. Pour garantir leur sécurité, les membres de la petite communauté chrétienne d’Irak n’ont plus d’autre choix que l’exil.
La simultanéité des attentats antichrétiens dans ces trois pays peut frapper. L’alternative est simple: ou bien ces attaques sont une coïncidence ou elles sont parties d’un plan aux ramifications internationales. En rendre responsable la nébuleuse Al-Qaïda semble un peu simple! Au Nigeria, les querelles religieuses sont chroniques.


Une Egypte rayonnante


En Irak, on assiste probablement aux derniers sursauts d’une insurrection déclinante. En Egypte, la communauté copte, même discriminée, est un élément consistant de la nation (voir encadré), l’agresser est grave et paraît sans rapport avec les incidents survenus ailleurs.
L’Egypte, le plus grand des Etats arabes, compte 80 millions d’habitants. Ce pays est le centre historique de la culture arabe. C’est du Caire que sont parties toutes les idées et initiatives qui ont façonné le monde arabe une fois effondrés les empires coloniaux britanniques et français. C’est au Caire que sont nées les orientations politiques, parfois situées aux antipodes les unes des autres, qui ont marqué l’histoire contemporaine du Moyen-Orient.
Sous Nasser, fondateur du panarabisme, l’Egypte est radicale et militarisée. En 1956, elle s’allie avec l’Union soviétique et la géopolitique du monde méditerranéen s’en voit transformée. En 1973, c’est la guerre du Kippour. Anouar al Sadate, fort de l’incontestable succès tactique qu’a représenté le franchissement surprise par son armée du canal de Suez, a vengé l’humiliation subie en 1967 du fait de «la guerre des Si-Jours». En novembre 1977, le président égyptien se rend à Jérusalem pour y embrasser madame Golda Meir, Premier ministre d’Israël. C’est la paix! Une fois le Sinaï démilitarisé, l’Etat hébreu peut concentrer ses forces face au nord et se soucier de son économie. Isolée, la Syrie se rapproche de l’Iran. Le stratège al-Sadate a transformé les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient. L’Egypte compte plus qu’aucun autre pays arabe. Sûre d’elle, elle façonne son environnement à moins que…A moins que repliée sur elle-même, son influence soit désormais réduite à peu de chose.


Un avenir incertain


L’assassinat d’Anouar al-Sadate en 1981 et l’avènement d’Hosni Moubarak donnent le signal d’un coma politique. L’Egypte est devenue l’alliée des Etats-Unis, sa sécurité extérieure est assurée mais la situation intérieure devient préoccupante. La paix avec Israël a fait des mécontents. Si la contestation du traité est d’abord d’ordre idéologique, très vite l’opposition islamiste, Frères musulmans en tête, se manifeste.
Alors les forces égyptiennes de sécurité se déchaînent. Les assassins d’Anouar al-Sadate sont arrêtés, condamnés, exécutés. L’ennemi intérieur est pourchassé et désorganisé. Les divisions inhérentes à la société égyptienne contribuent à réduire la menace islamiste à peu de chose: un poids politique médiocre, des attentats parfois spectaculaires mais rares.
Plutôt heureux, ces résultats ont leurs contreparties: ils ouvrent la voie au radicalisme islamiste que nourrissent, de surcroît, les inégalités sociales et économiques. La politique étrangère se fige. Conduire une diplomatie dynamique pourrait s’avérer dangereux quand on est confronté à un regain de l’extrémisme. S’en prémunir suppose une organisation élaborée en matière de renseignement et donc une coopération étroite mais compromettante avec Israël et les Etats-Unis.
Dès les années 1980, l’Egypte cesse de jouer les premiers rôles. Elle se contente de contrôler ses extrémistes, ce qui satisfait les Etats-Unis et Israël, peu soucieux de devoir gérer une Egypte radicalisée. Aujourd’hui, le président Moubarak est vieux et, dit-on, malade. Son ambition de voir son fils lui succéder est contestée par l’establishment politique et militaire, opposé à cette dérive du régime nassérien. Restent pour soutenir Moubarak, les Egyptiens appointés par l’Etat. Les pauvres sont toujours aussi pauvres. Les classes moyennes aspirent au développement économique et à un système libéral, plus orienté vers l’entreprise et les affaires; elles sont exaspérées par l’immobilisme du pouvoir que l’islamisme radical ne leur paraît plus suffisant pour justifier.
C’est pourquoi l’attaque d’une église copte d’Alexandrie le 1er janvier est importante. L’échec du pouvoir est manifeste, l’islamisme radical est toujours là. Mais que les attentats se multiplient et la politique sécuritaire de Moubarak puis de son successeur, quel qu’il soit, s’en verra une fois encore confortée.
Que se passe-t-il vraiment en Egypte? Bien malin qui pourrait le dire! L’extrémisme islamiste fait toujours recette dans nombre de pays musulmans. Imaginer que l’Egypte puisse être épargnée serait déraisonnable tout comme croire que la politique sécuritaire menée depuis trente ans ait pu l’éliminer...
Elle est décidément périlleuse la période actuelle: pas de gouvernement bien établi, une succession non réglée, pas d’homme providentiel en vue, et la perspective d’un retour en force des islamistes radicaux!
Quel avenir pour l’Egypte? Trois scénarios sont imaginables. Un, l’Egypte connaît une période de luttes internes et d’instabilité, le régime ne parvient pas à neutraliser les extrémistes mais ceux-ci se révèlent incapables de prendre le pouvoir. Deux, un puissant mouvement islamiste fait table rase de l’héritage nassérien et prend sa place. Cette hypothèse n’est pas la plus probable, elle n’est pas non plus inimaginable, au moins à terme. Le troisième scénario est celui d’une transition paisible: le système actuel continue...
L’avènement d’un régime islamiste pur et dur redonnerait à l’Egypte, cette puissance arabe traditionnellement dominante, une part de son influence passée. Ces vingt et quelque dernières années, Le Caire a consacré toute son énergie à la lutte contre l’islamisme radical. Sans doute existe-t-il une dynamique interne propre à l’Egypte susceptible de la transformer. La succession de Moubarak pourrait en être l’occasion.
L’attaque contre l’église d’Alexandrie constitue un échec rare pour le régime. Si cette faille sécuritaire s’élargit, le résultat final pourrait surprendre. Tout ce qui en Egypte, dans les jours à venir, paraîtra sortir de l’ordinaire, devra être pris en considération. Parce que l’Egypte est ce qu’elle est, que son sort importe à toute une partie du monde, et qu’elle est en train de changer…


Les coptes


«Le nombre des coptes est un des secrets les mieux gardés d’Egypte: le chiffre de 6 à 10% de la population (soit de 4 à 8 millions de fidèles) est communément admis; pourtant l’Eglise copte orthodoxe avance celui de 12 millions. C’est la plus grande communauté chrétienne existant au Moyen-Orient.
Au premier siècle de notre ère, Saint Marc évangélise les coptes. Ceux-ci seraient demeurés majoritaires en Egypte jusqu’au XIVe siècle, sept cents ans après la conquête arabe. Très fiers de leur origine - le nom «copte» dériverait du grec «aiguptos», qui signifie «égyptien» -, ils se considèrent comme les descendants des pharaons et vivent d’autant plus mal de voir leur patriotisme mis en doute dans l’armée qui les écarte des postes de commandement. La Constitution étant fondée sur la Charia, la loi islamique, ils sont aussi exclus, de facto, de certaines hautes fonctions, comme la présidence de la République. Le Parlement ne compte qu’un seul copte sur 454 députés».


Source: L’Express.fr, 24 décembre 2008

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