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Politique Internationale

Juan Goytisolo: "La littérature se mange et se digère comme un hamburger"

Par L'Economiste | Edition N°:65 Le 04/02/1993 | Partager

Juan Goytisolo, une des grandes figures de la littérature espagnole, retrouve son Marrakech à chaque début d'hiver. Longtemps déjà, Goytisolo a choisi l'exil volontaire à Paris depuis la fin des années cinquante, loin de sa ville natale, Barcelone. Dans sa maison du quartier populaire Al-Kennaria, non loin de la place de Jamaâ-El Fna, Goytisolo travaille avec acharnement sur son dernier roman.

L'Economiste: La presse espagnole s'est fait écho de votre polémique avec la direction de TVE (Télévision Espagnole) à propos de la programmation de Alquibla. Que s'est-il passé au juste?

Juan Goytisolo: On a mis, l'équipe de TVE et moi. plus de deux ans pour tourner les quatre épisodes de Alquibla, ce documentaire digne de la splendeur et de la grandeur de cette civilisation qu'est l'Islam. Nous avons parcouru des milliers de km, du Maroc à l'Ouzbékistan pour montrer au téléspectateur cette civilisation et notre part d'intégration à elle.

Mais voilà que TVE le programme à une mauvaise heure d'audience et par branche de deux épisodes à chaque programmation, ce que j'ai considéré comme une atteinte à la dignité du téléspectateur.

- Vous écrivez sur les colonnes de El Pais de plus en plus d'articles sur l'exclusion et le racisme dont sont victimes les gens du Sud et, particulièrement, les Marocains en Espagne. Peut-on parler maintenant d'un racisme espagnol?

- On assiste en Espagne à un racisme anti-marocain et anti-Sud d'une sauvagerie et brutalité sans précèdent.

Je définis la société espagnole comme une société de nouveaux riches, nouveaux libres et nouveaux Européens. En ce moment, les Espagnoles sont plus européens que les Européens et, du coup, il y a une espèce de mépris et d'hostilité à tout ce que signifie Sud.

Dans les situations de crise, comme celle que nous traversons. il existe un grand sentiment d'insécurité qui cherche toujours un bouc émissaire. Il y a aussi un manque de valeurs et de références. Je dirais que la transition démocratique espagnole a apporté une série de valeurs positives qui se sont épuisées au fil des années.

Il y a aussi l'émergence d'un seul dogme, celui de l'argent, après la chute du système soviétique. Le seul dogme qui existe c'est la libre entreprise, mais la libre entreprise qui exclut des classes entières, des nations entières et des continents entiers.

- Comme intellectuel et créateur, vous vous sentez marginalisé en Espagne.

- Je ne peux pas dire que je me sens marginalisé parce que, heureusement, j'ai accès à tous les moyens de communication. Mais, bien sûr, je ne suis pas dans le courant majoritaire de la société espagnole.

- Et des intellectuels espagnols?

- A vrai dire j'ai vécu les dernières années à la marge de la vie intellectuelle espagnole. Mais c'était une décision volontaire.

- Après les grands bouleversements qu'a connus le monde ces dernières années, peut-on dire encore que l'intellectuel joue un rôle influent sur la société d'aujourd'hui?

- Avec l'empire de la dictature mondiale de la télévision, avec des sources d'informations filtrées, que peut faire "une plume"? c'est le combat entre un géant et une souris. Nous l'avons vu pendant la guerre du Golfe. Nous avons vu des images fausses d'une guerre audio-visuelle. L'effet que cherchaient les télévisions a été obtenu.

- Assistons-nous à l'éclipse de la plume?

- Il ne faut pas faire d'illusions.

- Quel avenir donc pour la création littéraire?

- Un avenir minoritaire. On parle de plus en plus de promotion éditoriale et non de produit littéraire. Ça se mange, ça se digère et ça s'évacue comme un hamburger.

Un texte littéraire existe pour être lu. Quand on me demande pourquoi j'écris alors que je n'ai pas beaucoup de lecteurs, je réponds tout simplement que j'ai des re-lecteurs. Une oeuvre littéraire se relie incessamment.

- Paul Bowles, dans une interview récente, a déclaré qu'il n'avait plus rien à dire en littérature.

- Je respecte son point de vue sans le partager. Quant à moi je continue à croire à la vitalité de la littérature.

- Quels écrivains arabes aimez-vous?

- Najib Mahfouz, bien avant qu'il ne soit un Nobel de la Littérature. Edourd Al-Kharrat, Souallah Ibrahim et Salim Barakat.

Je me méfie un peu des traductions, même si moi-même avait dirigé une collection de traduction des oeuvres arabes chez Ediciones Literarias.

- Vous lisez les auteurs marocains d'expression française?

- Je n'aime pas citer des noms. J'estime d'autre part que c'est le phénomène historique du colonialisme qui a engendré cette littérature. Il y a aussi d'autres raisons, mais je pense qu'il serait plus logique d'écrire avec la langue nationale qu'est l'arabe.

- Vous vous êtes établi à Marrakech alors que c'était plutôt Tanger qui semblait destinée à être votre second lieu de résidence après Paris.

- J'ai commencé à fréquenter régulièrement le Maroc à partir de 1965. A l'époque, je restais 1 à 2 mois à Tanger. D'ailleurs je dois à Tanger mon roman, "La reivindicacion del conde don Julian". Mais le climat de Tanger ne convenait pas à mon asthme, ni à mon désir d'apprendre l'arabe, puisque tout le monde me parlait en espagnol. Alors j'ai choisi Marrakech.

- Après avoir appris l'arabe marocain, vous sentez l'humour marrakchi?

- Assez pour saisir ses nuances et sa finesse.

Propos recueillis par Hassan ASSEBAB BOUSMAHA

1) Quelques romains de Goytisolo:

Senas de identidad: Juan sin Tierra; Reivindicaciones del conde don Julian; Makbara; La cuarentena.

2) Quelques essais:

Cronicas sarracinas; Aproximaciones a Gaudi en Capadocia.

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