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Economie

Journée mondiale de la liberté de la presse
Les médias doivent “voir plus loin que le bout de leur nez”
Entretien avec le dalaï-lama

Par L'Economiste | Edition N°:1760 Le 04/05/2004 | Partager

. En cas de problème, de crise, les médias doivent montrer qu’il existe une alternative, affirme le dalaï-lama. Ils devraient donner confiance aux gens en leur montrant qu’ils peuvent changer, qu’ils peuvent mieux faire. - WAN: En quoi les médias internationaux ont-ils contribué à faire connaître la situation actuelle au Tibet? - Le dalaï-lama: Ils ont joué un rôle très important. Tout d’abord, la question tibétaine est une question morale. Deuxièmement, le Tibet était un pays totalement isolé. Le monde extérieur ne savait pratiquement rien de ce pays. Je pense que les gens savaient simplement que le Tibet est situé en haute altitude, et qu’ils le considéraient comme un pays pas très moderne. Troisièmement, les informations chinoises concernant le Tibet n’étaient pas objectives, puisqu’elles étaient motivées par des raisons politiques. Si bien que les informations qui circulent aujourd’hui librement sur le Tibet sont extrêmement utiles. - Pensez-vous que l’on ait suffisamment parlé du Tibet? - Je pense qu’il y a de plus en plus d’informations chaque année. Partout les gens entendent parler de ce pays. On constate aujourd’hui une recrudescence d’intérêt pour la paix, l’environnement, la culture et la spiritualité. En raison de ces facteurs, l’intérêt envers le Tibet se renforce. Notre culture et notre spiritualité sont précieuses dans le monde actuel. - Selon vous, quel rôle peuvent jouer les médias en faveur de la paix et de la réconciliation aujourd’hui? - Ils jouent un rôle très important. Le monde se rétrécit. Quand une chose se produit dans une partie de l’univers, elle a des répercussions sur le monde entier. Cela s’applique notamment à des domaines comme l’économie, l’environnement et la santé, ainsi qu’à des phénomènes comme le SRAS ou le sida. Un événement survient dans un endroit isolé, mais le danger se répand partout. Telle est la réalité du monde d’aujourd’hui. Les gens doivent donc savoir ce qui se passe aux quatre coins du globe. Le monde se rétrécit continuellement, et la connaissance et la conscience que nous avons les uns des autres sont donc essentielles. Le concept des droits de l’homme est également devenu universel. Ainsi que le droit de préserver sa propre culture, qui s’applique en particulier aux populations autochtones. Et puis, il y a également le droit à l’autodétermination, qui devient une valeur universelle. Dans ces circonstances, je pense, là aussi, que les médias ont un rôle majeur à jouer. Si nous examinons le système démocratique, malgré quelques imperfections, la démocratie est le meilleur système que nous connaissons. Le fait que les gens soient informés et entendent la vérité est extrêmement important. Et la presse est essentielle pour promouvoir la liberté et la démocratie. Toutefois, il y a une chose que je dis toujours quand je parle aux professionnels des médias. Les médias ont tendance à manifester beaucoup d’intérêt pour les événements négatifs, les catastrophes ou les tragédies. Ce type d’informations recueille beaucoup d’attention, alors que la valeur de la compassion humaine suscite moins d’intérêt. Si une catastrophe se produit, par exemple, à New Delhi, New York, Paris ou Moscou, on la considère immédiatement comme un événement important. Toutefois, des organisations ou des familles s’occupent chaque jour de plusieurs milliers de jeunes enfants. Des institutions ou des particuliers prennent soin des personnes âgées et malades. La compassion dans le monde rural est extrêmement active. Nous prenons toutes ces choses pour acquis, et elles ne sont donc pas importantes pour les médias. Les gens qui lisent le journal ou regardent la télévision régulièrement finissent par penser que l’humanité est mauvaise. Je pense qu’un grand nombre de personnes vivent avec l’impression que le monde va de plus en plus mal. Je ne partage pas cette idée. J’ai le sentiment qu’au cours du siècle écoulé, le monde est devenu un endroit beaucoup plus agréable à vivre. L’homme est devenu plus mûr, plus expérimenté. Mais beaucoup de gens ont l’impression contraire, en raison de la couverture des informations. - Le monde n’est-il pas devenu un endroit plus agréable à vivre en partie grâce au travail des médias, car ils ont “fait peur” aux lecteurs et aux spectateurs? - C’est vrai. Nous devons montrer qu’il y a beaucoup de choses malheureuses qui se produisent. Je pense qu’il est normal de parler des choses négatives. Mais je crois également que les professionnels des médias devraient voir plus loin que le bout de leur nez. Comme les éléphants avec leur trompe, ils devraient explorer ce qui se passe devant eux, sur le côté, mais aussi derrière eux. Ils devraient avoir les yeux partout, et offrir une information sincère et honnête. Ils ne devraient pas être influencés par des motivations politiques, ce qui signifie qu’une présentation critique des événements est absolument indispensable. En outre, il est très important d’écrire de manière équilibrée, et de faire apparaître l’aspect positif des choses. Il y a une humanité, une gentillesse et une compassion dans le monde qu’il faut souligner. En cas de problème ou de crise, les médias doivent montrer qu’il existe une alternative, une méthode, un potentiel. Ils doivent donner confiance aux gens en leur montrant qu’ils peuvent changer, qu’ils peuvent mieux faire. - Doit-on imposer des limites à la liberté de la presse? - Je pense que l’on devrait avoir l’entière liberté de rapporter fidèlement les événements. Sur un autre plan, les professionnels des médias sont un élément important de la société. L’objectif ultime des médias ne devrait pas être politique, ou financier, mais humain. Toutefois, si la liberté signifie l’absence de limites ou de principes, alors on peut se demander à quoi peut servir une telle liberté? Tous ensemble, nous devrions aspirer à un monde meilleur, un monde plus heureux, où les gens essaieraient de se montrer amicaux, compatissants et pacifiques. Je pense que les médias ont une responsabilité à ce niveau-là. Mais cela ne s’applique pas uniquement aux médias. Cela concerne chaque domaine et chaque profession: les scientifiques, les politiciens et les hommes d’affaires. Propos recueillis par la WAN

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