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Economie

Jouahri: «Analysons ensemble nos risques»

Par L'Economiste | Edition N°:2883 Le 17/10/2008 | Partager

. Le gouverneur de Bank Al-Maghrib détaille les points de contacts avec la crise internationale. «La crise durera encore deux ou trois ans». Les grands promoteurs immobiliers sont surveillés de prèsCe n’est pas une crise qui changera le caractère d’Abdellatif Jouahri! Il est toujours aussi combatif. On dirait même que ces temps tourmentés lui donnent encore plus d’énergie, lui qui a affronté à la fin des années 70 les toutes puissantes entreprises publiques qui pompaient sans contrôle les finances de l’Etat, puis qui a dû traiter le krach des finances publiques de 1983 s’offrant au passage le luxe de faire modifier les règles d’intervention du FMI, ensuite la privatisation délicate de la BMCE avec en prime la mise sur rail de la modernisation des banques avec le GPBM, en tant que président des deux entités. Aujourd’hui contre vents et marées, ou peut-être grâce à ces vents et marées, il poursuit son rêve de faire du Maroc un hub financier régional en alignant, les unes derrière les autres, toutes les sécurités qui font du système marocain, un système petit mais fiable.- L’Economiste: Avec quel sentiment revenez-vous des réunions d’automne, du Fonds monétaire et de la Banque mondiale, à Washington?- Abdellatif Jouahri: Je reviens un peu plus confiant que je n’étais parti. Au départ, j’étais inquiet à cause de la crise financière mondiale. Nous avons maintenant un peu plus de visibilité, un peu plus de cohérence donc je suis plus confiant. Ayant assisté au Comité monétaire, j’ai pu constater que les gens parlent de la même voix. Les Américains, qui ne voulaient pas entendre parler de participations étatiques dans leurs banques, ont assoupli leur doctrine; les Européens ont un plan d’attaque commun, principalement basé sur le plan anglais. Par conséquent, les marchés ont bien réagi...

Pas de miracle
- Pendant les deux premiers jours... après la chute a recommencé.- Oui, effectivement, mais on n’est plus dans la même configuration. Il y aura encore des hauts et des bas avant que chacun reprenne ses esprits. Il ne faut pas croire que les choses vont gentiment rentrer dans l’ordre, comme par magie. Les marchés sont fébriles, nerveux... La moindre déclaration a un impact surdimensionné. Ce sera assez long, d’autant plus que nous avons une vacance au niveau du pouvoir américain. Il faut attendre les élections, puis l’installation de la nouvelle administration en janvier prochain et puis attendre qu’elle se mette au travail. Nous avons cependant noté, à Washington, qu’il y avait un certain accord entre les diverses sensibilités politiques, ce qui est bien. Je ne dis pas que je suis devenu optimiste, non, pas à ce point. Mais je suis nettement moins inquiet. Nous avons plus de transparence, de sérénité et surtout les marchés voient que les actes sont conformes aux annonces et aux décisions. C’est essentiel pour rétablir la confiance, cet élément central des marchés.- Combien de temps la crise va-t-elle durer?- C’est difficile à dire... deux-trois ans, peut-être.- Pour les secteurs financiers ou pour l’ensemble de l’économie, financière et réelle?- Les deux. La confiance revenant, il faudra redynamiser l’économie réelle. Cela prendra du temps.- Et au Maroc?- On joue à se faire peur. Je comprends qu’assaillis par toutes ces informations catastrophiques qui arrivent de toutes parts, les gens, au Maroc, se demandent s’ils ne vont pas subir la crise à leur tour. Question normale et réponse bien simple: faisons l’investigation ensemble. D’abord, nos banques sont-elles exposées à ce qui se passe sur les marchés internationaux? Vous pensez bien qu’on s’est dépêché de faire les comptes, elles et nous la Banque centrale. On a trouvé 30-34 milliards de DH, autant dire rien car cela représente 4% des actifs bancaires du pays. On ne s’est pas arrêté là. On a regardé pays par pays, correspondant par correspondant, qui était exposé. On n’a rien trouvé. J’ai même demandé aux banques de me lister, opération par opération, ce qu’elles ont fait à l’étranger. On aura ce reporting cette semaine. A priori, on ne va rien trouver, car les premiers éléments, que nous avons en main, montrent que nos banques ne sont pas exposées. Ce n’est donc pas par là que le Maroc peut être contaminé.Deuxième point de contact, les investissements en Bourse, surtout ceux des hedge funds, qui risquent de s’envoler du jour au lendemain. Avec une définition très large de l’investissement étranger, on a moins de 6% de placements étrangers dans notre Bourse. Ils peuvent partir d’un seul coup, que cela ne changerait pas la face des cours... Néanmoins, nous avons quand même une cellule de veille, car la vigilance est de mise; et cela ne date pas d’hier. Nous avons commencé il y a plus d’un an, au moment des tout premiers craquements des subprimes.- Les gens se font peur...- Ils ne devraient pas car nos fondamentaux sont bons. Regardez les résultats semestriels des entreprises cotées! Et puis le marché est acheteur...
Des exubérances irrationnelles
- Ça dépend des jours: acheteur mais parfois vendeur...- Ce n’est pas cela dont je parle. Moi, je vous parle de la situation où tout le monde vend et personne n’achète. On n’a pas ça à la Bourse de Casablanca! Maintenant, peut-être que des corrections sur certaines valeurs sont bienvenues...- Lesquelles?- Je ne vais pas vous désigner des valeurs, c’est au marché de décider. Ce que je vois c’est qu’à certains moments, on a eu des exubérances irrationnelles(1). Si effectivement elles sont en train de se corriger, je dirais tant mieux. Ceci dit, je comprends que des gens se fassent peur en regardant ce qui se passe dans le monde. Il faut leur expliquer comment ça se passe réellement au Maroc. C’est aux émetteurs, aux financiers, aux analystes de monter au créneau auprès du public et auprès de leurs clients, pour leur montrer qu’on n’est pas dans la difficulté. Les fondamentaux de nos banques sont bons, ceux de l’économie nationale aussi...- Même quand le gouvernement nous refait des déficits budgétaires, avec la caisse de compensation, l’augmentation de la masse salariale publique?- En 2007, nous avons eu un budget équilibré et même légèrement excédentaire et nos recettes font d’excellentes, je dis bien excellentes, performances. Grâce à cela nous avons pu faire face aux chocs de 2008, couvrir les dépenses de compensation, avoir une paix sociale et poursuivre notre croissance. La résilience des finances publiques a été la bienvenue dans la conjoncture actuelle: l’Etat a pu prendre à son compte des charges sans avoir à les répercuter sur les gens, dans cette période difficile.
Notre problème ce serait plutôt la surchauffe
- Il n’empêche que vous avez augmenté le taux de base...- C’est bien ce que je vous explique: non seulement nous ne sommes pas dans une période de récession, mais au contraire, on pourrait presque parler de surchauffe. Quand je vois le niveau d’utilisation des capacités de production, les tensions sur les salaires, quand je vois les difficultés que les entreprises ont à trouver des collaborateurs, à trouver des sous-traitants et des fournisseurs libres, la distribution des crédits... Vous me parlez de la crise, mais dites-moi où elle est quand les crédits augmentent de 26%...- Justement, c’est par les crédits que les Etats-Unis se sont empoisonnés!- Doucement! Nos crédits concernent l’ensemble des secteurs, trésorerie, équipement, consommation, immobilier, chez les entreprises et chez les particuliers. C’est toute notre économie qui se développe, ce n’est pas un secteur qui déséquilibre tout le reste! Et puis nous, nous n’avons pas de distinction entre banques de dépôts très surveillées et banques d’investissement, libres de faire tout ce qu’elles veulent. Aussi quand nous avons des emballements sur un secteur, la Banque centrale calme le jeu. Nous avons imposé un code de bonne conduite à nos banques quand elles ont été un peu trop tentées par l’immobilier et nous leur avons bien rappelé le risque de taux quand elles prêtent sur de longues périodes.- Même si mécaniquement, la baisse de la valeur en Bourse augmente le taux d’endettement des promoteurs immobiliers...- Même si! Nous avons un reporting serré sur les principaux groupes immobiliers du pays. Nous sommes très pro-actifs sur la sécurité financière. Nous avons un système national de notation des établissements de crédits, appuyé sur la Banque des Règlements internationaux et les ratios de Bâle II, avec une batterie de tests et de critères. Nos banques n’y coupent pas.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Le Pr. Robert J. Shiller est le père de cette célèbre expression «exubérance irrationnelle» pour désigner des comportements de marchés sans relation avec la réalité. Les lecteurs de L’Economiste connaissent bien ce chercheur américain, enseignant à Yale et qui publie au moins une fois par mois des analyses dans nos colonnes.

D’où sortent toutes ces recettes?

Le gouverneur de Bank Al-Maghrib souligne fortement les changements structurels dans l’économie nationale: «Depuis des années nous avons une croissance non agricole régulière comprise entre 5 et 6%». Il est normal que les recettes fiscales et parafiscales soient en expansion. Mais cette expansion est supérieure au taux de croissance. Il considère que la lutte contre la fraude, ajoutée à l’entrée spontanée dans l’économie transparente ont leur part dans l’accroissement des recettes fiscales.Mais Jouahri ne serait pas Jouahri si la prudence ne pointait pas son nez: «Nous avons lancé une investigation pour savoir exactement d’où vient notre performance fiscale, nous voulons voir s’il n’y a pas une fragilité cachée quelque part (...) si nous sommes devant un phénomène récurent et jusqu’à quand».


IFRS, est-ce bien raisonnable?

«C’est la grande question», dit Jouahri, qui rapporte que les IFRS furent un des principaux sujets de discussions en comités et dans les couloirs, lors de l’assemblée générale du Fonds monétaire et de la Banque mondiale à Washington, le week-end dernier. Pour faire simple, disons que les normes IFRS demandent de comptabiliser les valeurs au prix du marché, pratiquement instantanément, à la place d’un enregistrement dit «à la valeur historique», c’est-à-dire au moment de l’acquisition. La comptabilité marocaine n’admet que la valeur historique mais prévoit, sans date, de passer progressivement aux normes IFRS, normes d’inspiration anglo-saxonne qui se sont imposées dans le monde. Les grandes entreprises marocaines en contact avec l’extérieur (ONA, Maroc Telecom...) tiennent deux comptabilités, une en normes marocaines et une en normes IFRS. Aujourd’hui, on mesure les dégâts de ces normes qui ont considérablement aggravé la crise.«A Washington, tout le monde avait bien pris la mesure du problème, mais chacun avait bien conscience qu’on n’a pas d’alternative prête pour moduler les IFRS». Jouahri s’amuse en évoquant un casse-tête bien concret pour ses confrères: «à quel prix les Etats occidentaux vont-ils racheter les actifs pourris, puisqu’il n’y a plus de marché pour dire le prix?!»


Titrisation: «Ne jetez pas le bébé...»

La titrisation est le mécanisme par lequel les banques d’affaires américaines, pas surveillées, ont transformé des créances (notées n’importe comment) en produits à placer auprès du public, alors que théoriquement elles ne devaient pas accéder à l’épargne publique.Le Maroc vient de modifier sa loi sur les titrisations, jusqu’ici tellement confinées et encadrées, qu’elles n’ont pas joué le rôle qu’on attendait. Question: est-ce bien opportun d’ouvrir des possibilités nouvelles? Réponse du gouverneur: «Mais voyons, comme pour l’obscurantisme religieux, ce n’est pas l’Islam qui est en cause, c’est des musulmans». Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, s’exclame-t-il. L’outil n’est pas à condamner, c’est ce qu’en font les financiers. Il n’a pas besoin d’ajouter qu’on peut compter sur la Banque centrale pour réprimer les tentations fantaisistes...


Indécents parachutes dorés

«C’est indécent», tranche Jouahri sur les parachutes dorés. «Et en plus, cela a été un facteur de crise, car les vendeurs étaient commissionnés sur les placements de produits pourris et leur patron sur le chiffre d’affaires, c’est du pousse-au-crime». A sa connaissance, il n’y en a pas au Maroc. Il y avait eu, en particulier à l’ONA, des indemnités fortes de licenciement de cadres, cite-t-il, mais «je ne pense pas que leur dernier président ait eu droit à un parachute». Le gouverneur promet de révéler, «quand il partira en retraite», le montant de son indemnité de départ de la BMCE, au moment de la privatisation: «pas grand-chose, vous serez surpris».Plus sérieusement, il s’émeut de la facilité avec laquelle les Etats occidentaux mobilisent des sommes gigantesques pour sauver des banque fautives, alors «qu’il faut ramer pour une maigre aide au développement». «Qu’y faire? C’est immoral, mais la chute des banques, nous ferait tous souffrir dans des dégâts collatéraux incommensurables, donc on ne peut pas les lâcher».Propos recueillis par Nabil TaOUfiK et Nadia Salah

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