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Job description : L'ingénieur maintenance, manager des process

Par L'Economiste | Edition N°:61 Le 07/01/1993 | Partager

Dans le monde industriel, les fonctions techniques sont les plus méconnues. l'ingénieur maintenance, considéré comme un expert en machines, y dépanne au besoin, avec une équipe de mécaniciens, constituée en clan. Les process de production sont devenus complexes, les pannes coûteuses. La maintenance préventive est apparue. I]ingénieur maintenance, devenu directeur, doit désormais planifier, négocier, gérer... Pour tracer son profil, l'Economiste a réuni 12 responsables, issus de différents secteurs industriels.

Il était dépanneur, il est devenu stratège. Dans les usines, les entreprises de transport, et même les grands hôtels, l'ingénieur de maintenance était un "super-pompier": il devait être disponible, au besoin, quand l'ouvrier de production et ses chefs ne pouvaient résoudre un incident technique. Même, quand ils avaient provoqué une panne en "surmenant" les machines, en les utilisant de travers. Depuis, l'Ingénieur de Maintenance a appris à s'imposer ou se venger.

Il sait prendre son temps sur une panne, un entretien, alors que - son éternel rival, l'ingénieur de production grille nerveusement quelques cigarettes, attendant que sa machine lui soit rendue.

Maintenance créative

Souvent chef de service, parfois directeur de maintenance, notre ingénieur dirige une équipe d'électriciens et mécaniciens, et dispose d'un coûteux stocks de pièces de rechange. Le technicien s'est doublé d'un gestionnaire: c'est l'idée force qui se dégage quand des responsables de maintenance, issus de secteurs divers, sont réunis pour un "job-description" de leur fonction.

A la base, la fonction est définie comme "l'action de maintenir, ou rétablir un système qui doit fonctionner dans un état normal" (M. Hachemi, 2MI). Il lui appartient de rendre les équipements disponibles, et fiables . Il doit donc assurer le process de production, de transport, de services, et pourquoi pas "allonger sa durée de vie ", ajoute M. Chérif Idrissi en charge à la RATC des bus de Casablanca, dont la durée de vie est plutôt raccourcie par les usagers. La maintenance "créative" est ici évoquée.

L'ingénieur de talent améliore désormais les machines fournies par un constructeur, qu'il Connaît, mieux que lui, à l'usage. C'est le niveau ultime de la fonction, qui, comme la médecine, avait commencé par le "curatif", puis développé le "préventif'.

Prévenir c'est gérer, dit l'adage. L'ingénieur maintenance "met en oeuvre des plans et des procédures pour arriver aux buts arrêtés" (M. Bouskid-Bull). Pas dans n'importe quelles conditions. "Dans les délais et prix minimas", renchérit M. Oubassou (Gillette Interlame).

Plus encore, il devient vendeur, prestataire de services. Il ui appartient de défendre les solutions qui lui semblent optimales. Par exemple arrêter une production, perdre de l'argent, avant d 'en arriver à des casses, issues plus coûteuses" (M. Rampini Steelcase Strafor). C'est donc une fonction complète, globale, technique managériale, qui nécessite un profil particulier.

Improviser

Etre planificateur, calculateur ne dispense pas d'une forte présence d'esprit, de beaucoup de sang-froid. Le responsable de maintenance est celui "qui sait improviser quand les installations s'arrêtent" (M. Essayouti Somaca). C'est l'homrne de la situation d'exception, du processus malade.

S'inspirant encore du médecin, il a appris à consulter, écouter, pur son diagnostic. "Le pouls de la machine, c'est le conducteur machine ", explique Essayouti. Or cet opérateur n'est pas sous les ordres de l'ingénieur maintenance, mais sous celui de la production. Iln'est pas toujours sincère, cache son jeu, dissimule la fausse manoeuvre qui a provoqué la panne. M. Balghi (Sheraton), un ancien de la marine, conseillera de "conquérir les opérateurs, être intime avec eux. Quand vous passez près d 'un conducteur machines, tapez-lui sur I 'épaule. Un de ces jours, cela vous aidera", conseille-t-il,

Homme de communication, Monsieur Maintenance écoute les hommes, mais aussi les machines, qu'il faut faire " parler ". " Devant une panne, l'historique de la machine est toujours nécessaire pour connaître les différentes causes et leurs effets " (kamal, Manatex).

Plus perfectionné qu'un dossier des " système experts " existent désormais. A l'origine, ce sont des bases de données vides. Elles sont progressivement enrichies des expériences des pannes, des incidents de fonctionnement. A la longue, le système expert apprend à diagnostiquer. Bull Maroc accède ainsi, par des lignes directes, à des bases de données, en Europe, enrichies par Inexpérience mondiale. Ces systèmes experts systématisent la démarche de I ' ingénieur maintenance.

Ils rompent définitivement avec le tâtonnement initial, des méthodes artisanales, de bricolage. La méthode semble une préoccupation majeure du responsable maintenance.
C. Perry (SGS Thomson), dont l'entreprise est rompue à toutes les innovations en matière de méthode, comme le TQM, propose une démarche, une séquence cas de panne, d'incident technique sur un équipement:

- trouver les données, dans un document, (du constructeur), un dossier,
- trier les données,
- prendre une décision de l'intervention technique,
- contrôler que les hypothèses émises sur l'origine de la panne sont justes, revenir en arrière, intervenir,
- prendre du recul, pour documenter (dossier ou système expert), ce qui serait utile si le phénomène se reproduit.

A cette approche du problème technique s'ajoutent une méthode, des précautions, dans la direction des hommes, qui, manuellement vont assurer le dépannage. C'est un arbitrage subtil. "Il faut diriger ses hommes directement sur les problèmes, ne pas tâtonner, mais ne pas déléguer aveuglément "  (M. Obassou).

L'intervention du responsable de maintenance a souvent lieu dans la panique créée par l'arrêt machine. Il lui appartient de " calmer le jeu ", de dire à des techniciens " on y va, mais pas n'importe comment ". Car, en pareille situation d'exception, l'engouement l'emporte, et cela peut aboutir à l'action désordonnée.
Aussi P. Rampini rappelle un adage, pour n'agir qu'en connaissance de cause. "Il faut faire. Si on sait faire, on fait. Si on ne sait pas, ne rien faire. Mais ne pas laisser faire ". Logique élémentaire, mais qui rappelle qu'on ne prend pas de risques avec les équipements, le capital de l'entreprise.

Il faut donc de la méthode pour agir, mais aussi une bonne connaissance des stratégies globales de l'entreprise, rappelle Zouhair El Aoufir de Royal Air Maroc. "Si la disponibilité de l'équipement - un avion par exemple - prime, il faut changer un module, en priorité, et non pas analyser la panne".

Tous ces comportements, ces réflexes, ces qualités humaines ne s'acquièrent que sur le terrain, avec le temps. Autant la formation technique satisfait les lauréats des grandes écoles, marocaines ou françaises, autant ils s'aperçoivent, avec le temps, de leurs lacunes en matière de gestion, de sciences humaines. L'intention des grandes écoles est encore de former des "experts" en machines, qui, promus, deviennent rapidement managers d'un parc de matériel, d'une équipe de techniciens, de plans, de budgets. "Il est significatif qu'une bonne partie des cadres qui suivent le cycle supérieur de gestion de I 'ISCAE sont des ingénieurs, en quête d'une formation complémentaire", affirme M. Essayouti qui, lui même, a suivi cet enseignement, à l'issue de I'EMI.

Il y a accord des participants pour reconnaître cette lacune de base et ce besoin pressant. Pour le reste, une formation générale aux matières de base mécanique (électricité, pneumatique) est toujours indispensable.
L'adaptation aux technologies spécifiques, aux processus de production propres à toute activité, a lieu après autour de ces axes. "La formation est trop axée sur le curatif; qui domine encore. Le préventif n 'a pris de l'importance que lorsqu'il a été imposé par l'impératif sécurité, comme à la RAM" (M. El Aoufir). Certains défendent quelques modules de formation en ajustage, usinage, une initiation aux travaux ouvriers, pour que l'ingénieur palpe la dimension manuelle de la fonction. D ' autres encore défendent tout au contraire le principe de la "voie royale" Maths-Sup - Maths Spé. Une formation qui développe les capacités d'analyse et de synthèse, et qui servira sur le terrain. "Quoique l'ingénieur maintenance est plus proche de la physique que des mathématiques ", rappelle M. Essayouti. La règle tolère quelques exceptions. Des techniciens promus ou des universitaires, qui parviennent à adapter leur bagage scientifique. Choukri Senhadji (Roussel Diamant) est responsable de la maintenance industrielle avec un Doctorat de Physique. Il se permet d'apporter quelques modifications aux machines, de les rendre polyvalentes pour les adapter aux séries de production, trop courtes, dans l' industrie du médicament. C ' est la maintenance créative. La référence à l'école, son label, continue, après des années, et chacun lui rend hommage. "C'est une formation Arts et Métiers qui m'a permis de m 'imposer dans la jungle des techniciens" (M. Talbi, Ciments d'Agadir). Les métiers techniques seraient donc une "jungle", où il faut introduire les jeunes recrues avec prudence. Un participant recommandera de ne pas jeter l'ingénieur débutant "dans la fosse au lions, brutalement. Une prise en charge progressive des installations et de l'équipe est nécessaire" (M. Essayouti). Surtout, il ne faut pas le "bombarder" chef ou directeur tout de suite. C'est un des cas d'insertion les plus délicats, surtout vis-à-vis des contremaîtres qui maîtrisent "sur le bout des doits" les machines. Il est recommandé à l'ingénieur nouveau de se présenter comme quelqu'un qui apporte un plus, des méthodes, et qui écoute.

Les participants

Les responsables d'entreprises, issus de différents secteurs, réunis par L'Economiste, à l'hôtel Sheraton, pour définir la fonction d'Ingénieur de Maintenance ont été:

- Ahdellah Bouskid (Bull Maroc), Directeur des Services:
- Habib Cherif Idrissi (RATC), Inspecteur et Conseiller Technique;
- Zouhair Mohamed El Aoufir (Royal Air Maroc), Chef de Service Lancement et Actions de Maintenance;
- Abdelfattah Essayouty (Somaca), Chef de Département Maintenance Etudes - Travaux neufs.;
- El Hassan Hachim. i (2MI), Responsable Maintenance;
- Abdelwahed Kamal (Manatex), Responsable Maintenance;
- Mohamed Mouti (Steelcase-Strafor), Responsable Service Maintenance;
- Paul Rampini (Steelcase-Strafor), Directeur Technique;
- Choukri Senhaji (Roussel Diamant), Responsable Maintenance Industrielle;
- Jamal Talbi (Ciments d'Agadir), Chef de Service Maintenance ;
- Oubassou Brahim ( Gillette Morocco), Chef de Service Maintenance ;
- Christophe Perry (SGS Thomson), Manager Maintenance Triac.

Khalid BELYAZID

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